Atoz, le « Grand maître » nous a quittés

samedi 7 juillet 2018 Culture & people


Nous sommes souvent avares de compliments à l’endroit de personnalités qui ont positivement marqué leur temps. Aujourd’hui, les langues semblent se délier, reconnaissant, alors que ceux qui émettent ces divers avis ont passé parfois de longues heures à pourfendre l’illustre disparu, pour lui reconnaître quelque mérite. Nous, nous savions l’homme affable et détenteur d’une connaissance remarquable au point que nous avions accepté de l’appeler « grand maître » comme du reste il nous le demandait non sans insister.

« Grand maître », Atoz méritait en effet ce dénominatif. Puisqu’appartenant, comme il avait coutume de le dire à qui voulait l’entendre, aux premières générations d’intellectuels africains, ceux des années d’après les indépendances, il avait vu « ceux de la nouvelle génération débarquer en petite culotte ». Ce qui signifiait qu’il les avait vu défiler les uns après les autres, ceux qui aujourd’hui forcent le respect non pas par leur carrure physique, mais par leur savoir qu’ils distillent pour bon nombre dans les différentes institutions scolaires et universitaires que comptent le pays, point n’est besoin de les citer, limitons- nous à leur devancière l’Université Omar Bongo où l’illustre disparu a des années durant inculqué la connaissance à des générations entières de jeunes pas seulement Gabonais. C’est dire de quel apport il a été dans le domaine de la transmission de la connaissance, ce qui chez les autres peuples lui mériterait reconnaissance. Atoz était de ceux qui n’hésitaient pas à répondre à une discussion, à un débat, à un échange, animé qu’il était du désir d’édifier jusqu’au commun des mortels sur les réalités qui sont les siennes et qu’il lui imposait à la limite de connaître pour se faire une idée de ce qu’elles constituent aux fins de façonner son jugement et de grandir dans un contexte de mondialisation que l’un des pères de la négritude Léopold- Sédar Senghor qualifiait de « rendez- vous du donner et du recevoir ».

Nous nous souviendrons toujours de ses incursions dans des débats alors qu’il n’était pas du tout invité quand il pensait que le bon sens l’y appelait dans le but de recadrer les esprits parfois désorientés par la bombance, l’inactivité intellectuelle et morale, les principaux freins à l’évolution de sociétés comme la nôtre. Pour ce faire, il sacrifiait de son précieux temps parfois pour, comme à l’époque de Socrate, procéder à sa manière à une sorte de maïeutique. Atoz, accoucheur d’esprits, l’on pouvait avancer tel propos au vu de ce que l’intellectuel combattu par bien d’autres universitaires, nous n’aurons pas de honte à l’affirmer pour l’avoir longtemps côtoyé et accepté logiquement, la tristesse qui se lit sur de nombreux visages, mais surtout les témoignages qui l’accompagnent prouvant que chacun parmi ceux que nous dévisageons gardera à jamais une idée forte de l’homme. Pourquoi ? Là est toute la question si l’on s’en tient au fait que la société est beaucoup plus aujourd’hui composée d’hypocrites que de gens « réels », c’est- à dire de gens pour qui la vérité, la justesse et l’honnêteté restent et demeurent mères des lois.

Ce libre penseur a édifié plus d’un sur l’histoire véritable de son pays, le Gabon, mais aussi l’Afrique, car il était détenteur d’une connaissance encyclopédique reçue de ses maîtres tant Africains qu’Occidentaux qui éprouvaient toujours du plaisir à l’écouter. N’était- il pas à l’aise de nous parler des histoires de la colonisation et de la décolonisation ? Ne pourfendait- il pas l’oppression, la malice, la haine, l’ostracisme et bien d’autres faiblesses pullulant dans nos sociétés ? Quel langage parlait- il si ce n’est celui de la vérité, car il n’hésitait pas à faire face à l’adversité quand il savait la raison que René Descartes, avait- il coutume de rappeler à ses interlocuteurs, disait « la chose du monde la mieux partagée » ? En somme, Atoz était de ses hommes qui avaient accepté de vivre en tenant compte de leur époque, ne se gargarisant pas souvent de superlatifs comme le font bien d’autres par les temps qui courent. Il n’était pas rare de se demander à qui « l’on avait affaire » tant l’homme paraissait abordable au premier contact comme s’il n’avait rien à cacher à autrui qui se confondait, allions- nous dire, à « un autre moi- même » pour reprendre l’homme de lettres.

Avons-nous mesuré quelle perte l’Afrique vient à nouveau de connaître, elle, qui continue de sombrer dans les abîmes de l’histoire et marque le pas devant les défis qui se présentent à elle et qui se résument en un seul terme « développement ». Pour la petite histoire, alors qu’un soir nous dinions avec lui à son domicile, l’intellectuel nous apprenait qu’il comptait publier des ouvrages, mais qu’il n’en avait pas les moyens. L’on pouvait ne pas le croire à première vue, mais avec un peu de recul, il nous était plausible de comprendre de quoi il voulait nous parler de manière sibylline, lui, qui savait si bien allié humour et réalité, ce qui est loin d’être l’apanage de bien de gens parmi nous. Combien au moment où nous constatons cette immense perte ont pris le temps de s’inspirer de « l’honnête homme » qu’il était pour que le Gabon et l’Afrique ne perdent pas totalement les vertus qu’il a cru essaimer ?


Dounguenzolou

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