Baccalauréat 2017 : Que-vaut-il réellement ?

mardi 1er août 2017 Société & environnement


Après la grève des enseignants qui a paralysé pendant plus de cinq mois le secteur de l’éducation, le gouvernement gabonais a tenu malgré tout à maintenir l’organisation des examens de fin d’année, dont le premier tour du baccalauréat a été proclamé samedi 29 juillet dernier. Dans la foulée, des voix s’élèvent pour regretter le manque de crédibilité d’un diplôme qui devient de moins en moins crédible, à mesure que les années scolaires frôlent les années blanches, avec un régime de cours axé sur le rafistolage permanent.

Que vaut encore le bac gabonais ? Au moment où les élèves "chanceux" cassent depuis samedi dernier, les bouteilles de champagne, Regab et autre vin moelleux dans le délire de leur joie pour avoir, selon leurs propres termes, "validé" leur bac, la question a tout le mérite d’être posée. Et au-delà de la session de 2017, c’est toute la valeur même du bac gabonais qui est remise en cause depuis quelques années déjà. Car à voir le niveau intellectuel du flot des bacheliers que les lycées et collèges déversent chaque année au supérieur, on peut déjà s’inquiéter de ce que sera le Gabon de demain dans une dizaine d’années.

Puisque que ce soit dans les instituts et universités publiques ou dans les écoles privées, tout le monde, du moins les responsables pédagogiques et les enseignants sont d’un avis presque unanime que le niveau des apprenants a considérablement chuté. Les causes du phénomène sont multiples, et la tâche pour le gouvernement doit être celle de couper le mal à la racine pour redonner au diplôme gabonais tout son respect d’antan. Oui, on parle du diplôme gabonais, parce que le bac n’est que la partie visible de l’iceberg. BTS, Licence, Master, et même le doctorat, aucun de ces diplômes au Gabon n’est épargné par le discrédit qui a atteint l’école gabonaise. Et ce ne sont plus les parents d’élèves pour la plupart complices du phénomène de « saute-mouton » de leurs enfants à travers le trafic des bulletins, qui sont les seuls responsables de la dégringolade du niveau intellectuel de leurs enfants.

Les enseignants tout comme le gouvernement sont aussi responsables d’un malaise profond dont les tentacules sont en train de menacer l’avenir d’un pays tout entier. Puisque nos médecins, nos magistrats, les enseignants de nos enfants, nos comptables, nos contrôleurs d’impôts de demain, ne viendront pas de nulle part, mais de cet afflux interrompu des nouveaux bacheliers que le secondaire déverse chaque année dans nos facultés de médecine, dans nos universités, dans nos écoles spécialisées etc.

Une école à repenser

Quand une année scolaire, prévue pour neuf mois en perd plus de cinq dans la grève, combien de temps reste-il encore à un élève pour bien apprendre et assimiler l’ensemble des disciplines inscrites au programme de son niveau ? Au fond, l’école gabonaise telle qu’elle a cours en ce moment ne sert plus qu’à enseigner l’automatisation des savoirs par les apprenants qui n’ont plus de choix que de mémoriser les cours pour le simple besoin des examens. Les examens passés, posez-leur encore une question deux ou trois semaines après sur tel ou tel cours, vous aurez alors la surprise de votre vie !

C’est dire que la réussite d’un examen au lieu de privilégier la quantité des admis devrait plutôt mettre l’accent sur la rigueur et la qualité. A quoi sert-il à un chef d’établissement de vouloir à tout prix faire un 100% en faisant passer tous les élèves de toutes ses Terminales, alors qu’ils n’ont pas tous le niveaux requis pour aller au supérieur ? Au fond, c’est une école gabonaise en perte de vitesse qu’il va falloir repenser en totalité, car à cette allure, on risque bientôt de se retrouver avec une pléiade de diplômés analphabètes. Ce qui serait fatalement préjudiciable pour l’avenir du pays dont on dit qu’il dépendra de la jeunesse.


Charles Nestor NKANY

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