Bien-être : Épousons l’air du temps !

lundi 25 février 2019 Société & environnement


A quoi sert-il à un pays de se proclamer en voie de développement si les fruits supposés de la croissance qu’il semble affiché ne vont pas en grande partie à la satisfaction des ménages ? S’il est des questions qui révoltent souvent sous d’autres cieux, celles concernant le bien-être pour ne pas dire le niveau de vie des populations passent avant toutes les autres. Que l’on se situe sous le prisme de la santé, de l’éducation, de l’emploi, de l’habitat ou du social, l’indice, sauf cas de crise, doit être en perpétuelle amélioration concrètement et non virtuellement. C’est-à-dire qu’au lieu de discourir à longueur de journée, les politiques devaient s’investir efficacement dans l’art de joindre l’acte à la parole pour que leur crédibilité ne souffre d’aucune contestation, mais se trouve chaque jour que Dieu fait vantée. En France par les temps qui courent, Emmanuel Macron, acculé par ses compatriotes, a fini, peut-on dire, par céder à leur principale revendication qui est celle d’ouvrir des négociations sur l’avenir de la République. Ce qui devrait, à notre humble avis, inspirer plus d’un décideur sur notre continent, l’Afrique, en proie à une mal-gouvernance criarde.

Pourquoi s’entêter à faire croire à des personnes que l’on sait pourtant sensées que l’on agit en respect de leurs souhaits et de l’amélioration de leurs conditions d’existence quand elles mêmes sont convaincues que rien ou pas grand-chose n’est réalisé en leur faveur ? « Le Gabon est une maison de verre où l’on voit de l’extérieur ce qui se passe à l’intérieur et vice-versa » disait en substance feu Omar Bongo Ondimba comme pour signifier qu’il ne sert à rien de mentir à longueur de temps puisque « le peuple, auquel l’on ment, est un œil ouvert » pour reprendre l’expression du musicologue gabonais Pierre-Claver Akendengué que Mackjoss avait soutenu en chantant « muru tabe », entendez « la tête du mouton », allusion aux yeux de la bête qui ne se referment jamais même après qu’elle soit morte.

Il peut certes donner l’impression de ne rien voir alors qu’il sait tout ou presque tout ce qui se trame dans la cité et n’observe le mutisme que parce qu’il ne tient pas à ce que le vivre-ensemble soit entamé et qu’une crise de nature à perturber, surtout durablement, l’équilibre socio politique ne survienne. Car, contrairement à ce que l’on croit, la paix, c’est d’abord les populations qui la cultivent avant que les politiques ne se targuent de venir l’entretenir du fait de l’auto- imputation dont sont presque toujours teintés leurs discours. Au Gabon par exemple, les années 90, pleines d’enseignements, ont démontré que quiconque ose affronter le peuple se met en péril. D’ailleurs, l’ancien président Omar Bongo Ondimba qui l’avait appris à ses dépens s’était empressé d’organiser la conférence nationale dont certains regrettent encore aujourd’hui qu’elle n’ait pas été souveraine, arguant qu’elle aurait permis au pays de mettre fin à un système qu’ils pensaient désuet et faciliter l’accès à un autre modèle de société peut-être, celui-là, plus proche du citoyen que tout autre.

Autre fait et non des moindres, la justesse avec laquelle il engagea une grande tournée d’explication à travers les neuf provinces dénommée « tournée républicaine » pour inviter les populations à regarder dans la même direction que lui et faciliter l’instauration d’une nouvelle Constitution et ne donc pas donner l’impression qu’il marchait unilatéralement sur la précédente au point de se foutre de la loi fondamentale. Tout ceci lui a valu un plébiscite quoique l’on dise et une certaine considération. Il faisait là de la realpolitik, puisqu’il épousait bien qu’à son profit l’air du temps contre lequel sa volonté aurait assurément été vaine et susceptible d’à nouveau conduire une bonne frange de Gabonais dans la rue.

Avait-il intérêt à ce que cela en soit ainsi ?

Cette leçon, s’il faut ainsi l’appeler, de l’histoire devait encore aujourd’hui servir si l’on tient compte du fait que les mouvements sociaux sont légion et que la gouvernance est sans cesse dénoncée peut-être pas violemment d’aucuns craignant d’être gazés ou tués suite à une manifestation fut-elle légitime. Observons une région du globe avant et après la tempête : des populations vaquant normalement à leurs occupations avant qu’elles ne soient surprises par le phénomène naturel suite auquel elles sont dans l’obligation de réfléchir à l’avenir. Une question effleure alors notre esprit, celles-ci, c’est-à-dire ces populations, n’auraient-elles pas pu puisque dotées d’intelligence surfer sur la prévention ? Au Cameroun très proche, encore que des explications plausibles soient apportées au comportement des populations de la région de Buea au pied du mont Cameroun, ces dernières n’ont pour la plupart pas obtempéré à l’idée des autorités centrales de Yaoundé de les déloger ou d’encourager des départs volontaires, arguant qu’elles se satisfassent de vivre sur des terres plutôt fertiles participant à l’amélioration des productions. Ce qui vaut pour elles doit-il forcément valoir pour d’autres communautés humaines ?

Comme on le voit, dans tous les cas s’invite la raison qui place fatalement chacun devant ses responsabilités. Il est, devons-nous admettre, des lois immuables contre lesquelles l’on ne saurait aller sans y laisser des plumes, à nous alors de savoir en disposer s’il est dans notre logique de vouloir éviter le pire qui n’avertit pas souvent mais finit malheureusement par s’imposer à nous. « La terre tourne… » avancent à la suite de Galilée les populations nzébi du sud du Gabon qui veulent par là déduire que rien ne saurait demeurer éternellement en l’état, les changements que connaît le monde étant dans la plupart des cas prévisibles et devant pour cela amener les communautés à les intégrer dans leur agenda pour ne pas qu’elles donnent l’impression qu’elles soient surprises le jour J. Cela est source de sagesse.

Une sagesse qui peut se résumer à la question de savoir si en maintenant la majeure partie d’une société dans la précarité aujourd’hui, l’on peut en « tirer profit » ou si cela constitue la meilleure manière de la soulever contre soi avec les risques que cela comporte à court, moyen et/ou long terme. Invite à s’interroger sur la légende et représentation bien connue de l’îlot de richesse dans un océan de pauvreté. Le monde évolue dans le sens des aiguilles d’une montre, laissons-nous aller si nous tenons à ce que la montre ne se détériore pas. Ceux qui « ont intérêt » à créer la guerre, la famine et la pauvreté n’observent-ils pas ce que cela a pour conséquences entre autres quand on sait par exemple que la plupart des migrations résultent du traitement avilissant subi par bon nombre d’entre nous ?


Dounguenzolou

Répondre à cet article

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom

Articles relatifs