CAN 2017 : Une bouffée d’oxygène pour le pouvoir ?

mardi 10 janvier 2017 Politique


Prévue du 14 janvier au 5 février, la CAN Total Gabon 2017, dont le coup d’envoi sera donné samedi apparaît désormais comme un moment de soulagement pour le pouvoir, traqué sans relâche par la "malédiction électorale" depuis le terme du scrutin présidentiel du 27 août dernier. Car le sport étant un facteur de cohésion des peuples, les autorités gouvernementales espèrent au moins que les clivages politiques, hérités de la dernière présidentielle, se dissiperont dans la liesse et la passion populaires des stades. D’où la colère de l’opposition appelant au boycott de la compétition qui risque de servir de caution à la réélection d’Ali Bongo Ondimba.

S’évader des frustrations et autres tensions post-électorales persistantes. Voilà désormais ce qu’espère le pouvoir en tenant coûte-que-coûte à l’organisation par le Gabon de la 31ème édition de la Coupe d’Afrique des Nations. Rien de plus normal quand on sait la capacité du football à transcender les clivages divisionnistes pour fédérer les peuples autour d’idéaux communs : la fête, la passion et la joie du jeu sur le terrain. L’exemple s’est déjà produit au stade de l’Amitié sino-gabonaise, lors de la CAN que le pays avait co-organisé avec la république sœur de Guinée Equatoriale en 2012. L’équipe nationale, les Panthères, même si elle n’avait pas franchi le fameux signe indien des quarts de finales, avait réussi néanmoins à souder un peuple en liesse jusqu’à son élimination par les Aigles du Mali.

Et en voulant donc cette évasion populaire par la magie du football, pour les autorités gabonaises, la CAN devient non plus un simple défi d’organisation, afin de mettre en avant les capacités organisationnelles des grands événements par le Gabon, mais également et surtout un facteur d’oubli. L’oubli du scénario post-présidentiel dont l’opposition, peine à faire table-rase. Pour le pouvoir, il est donc clair que la CAN permettra au pays de passer très vite à autre chose que le conflit post-électoral permanent.

Et c’est sans doute pour avoir compris cet enjeu de l’événement pour le pouvoir que l’opposition regroupée autour de Jean Ping, ayant encore en travers de la gorge la réélection d’Ali Bongo, se mobilise pour faire échec au bon déroulement de la compétition. L’objectif est de présenter le Gabon comme un pays où les frustrations et les contestations post-électorales sont loin d’avoir dit leur dernier mot, au cas où la communauté internationale l’aurait oublié. C’est un boycott qui participe plus des besoins de communication de l’opposition, qui tente de montrer une autre image du Gabon que celle qui est véhiculée actuellement par le Gouvernement. Et le choix de la date du 14 janvier pour la prestation du serment de Jean Ping comme président du Gabon n’est autre chose que la confirmation de cette stratégie de communication.

On comprend donc que si la CAN apparaît comme une bouffée d’oxygène pour le pouvoir, cette oxygénation du pouvoir risque d’être compromise par les partisans de l’ancien président de la commission de l’union africaine. Globalement c’est la CAN de l’inconnue.


Charles Nestor NKANY

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