Cinéma/FESPACO : Et si l’on repensait le festival ?

mercredi 27 février 2019 Culture & people


Cinquante ans, c’est désormais l’âge du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), évènement majeur de manifestation de la culture africaine mettant en scelle les différents talents dont regorge le continent en matière cinématographique. D’aucuns, Dieu seul sait s’ils ne sont pas nombreux, y voient encore un simple rendez-vous, une rencontre ludique, au cours duquel ou de laquelle sont projetés des films, courts et longs métrages, dans le but de distraire les férus du cinéma, alors qu’il ou elle devrait au-delà représenter une magnification des idéaux et valeurs des peuples africains comme pensé par ceux qui en font une lecture au second degré, ainsi qu’une peinture grandeur nature de la société dite moderne avec ses vices et travers tous secteurs d’activité confondus qui appellent une correction après qu’ils aient été regardés comme s’ils existaient dans un miroir exposé à la vue de tous.

Il s’agit ici de réfléchir, ce qui constitue une nouveauté depuis sa création en 1969, sur la mémoire en tant que construction des valeurs régissant le fonctionnement de nos sociétés. Qu’avancer à titre d’exemple au sujet de la transcription filmique de l’œuvre cinématographique de Sembène Ousmane (le Mandat, Véhi Ciosane, Xala…) si ce n’est qu’elle est une représentation fidèle du vécu quotidien en dehors de constituer un témoignage vivifiant de l’Africaine et de l’Africain de l’époque du cinéaste qui renvoie à des principes vitaux propres à inciter à la réflexion et la prise de décision sur l’aménagement de son comportement face parfois à l’adversité des circonstances ou à la dureté de l’existence. Le thème très évocateur « Mémoire et avenir du cinéma africain » nous fait dire que la mémoire revêt en effet ce qu’il y a d’histoire, mais aussi tous les mouvements connus par l’Afrique depuis qu’elle existe et non pas seulement, comme se contente de le croire d’aucuns, depuis que nos pays ont acquis leur indépendance.

L’Afrique pour être présente dans le concert des continents doit devoir se repenser pour qu’il lui soit facile de réfléchir à l’adoption d’un modèle de développement qui parte de ses propres exigences si elle tient à figurer honorablement au rendez-vous du donner et du recevoir auquel l’invitait et l’incitait d’ailleurs Léopold-Sédar Senghor. Le cinéma est une forme d’expression qui traduit la vie d’un peuple ou de populations, sa ou leur culture, ce qu’il ou qu’elles ont en commun et qui fait leur unité dans la différence. Découvrir l’autre pour avoir envie de se connaître, tel devait être le regard que l’on devait porter sur le septième art qui, nous le voyons de plus en plus à travers la projection de certaines séries, est galvaudé ne reposant que sur son aspect purement ludique et distractif au détriment de celui privilégiant la connaissance de nos sociétés de leurs origines à nos jours avec ce qu’elles comportent de bon et de moins bon.

Car c’est à ce prix que l’on pourrait songer à l’amélioration de nos coutumes en choisissant lesquelles peuvent résister au temps et lesquelles il faut nécessairement abroger pour garantir l’équilibre social tant recherché. Le cinéma, avons-nous envie de dire, doit constituer un grand moment d’enseignement plaçant l’Africain face à lui-même pour ne pas dire face à ses responsabilités devant l’histoire ; ce d’autant plus que contrairement à un discours sans cesse tenu, il ressort que des évènements tels la colonisation sont le fait des seuls colonisateurs, oubliant qu’en Afrique, l’esclavage a bel et bien existé et qu’il mérite d’être connu de tous sous cette forme pour qu’il serve utilement le changement et la considération de l’un par l’autre, d’un groupe par un autre, d’un peuple par un autre. De même que le cinéma doit être une occasion pour les populations d’envisager l’avenir sous de meilleurs auspices.

Le Fespaco 2019 devait donc être perçu non pas comme un anniversaire festif, mais comme celui ouvrant la voie à une appréciation juste et dépassionnée de la trajectoire parcourue par les Africains à travers les œuvres de l’esprit symbolisés ici par le cinéma

Rwanda, invité d’honneur, plus qu’un symbole !

Tout le monde sait la réalité de ce pays des grands lacs réputé pour ses génocides, disons-le comme ça, puisqu’il n’y a pas que 1994 qu’il faille considérer, eu égard à l’histoire. En effet, les velléités d’extermination des batutsis par les bahutus et vice-versa ne datent pas que de cette année-là comme voudraient le faire croire quelques esprits obtus, mais constituent bien au-delà des évènements historiques vieux comme le temps. Si certains ont donné plus que d’autres lieu à des films, d’autres ont volontairement été passés sous silence au point d’être ignorés du grand public, cependant ils continuent d’alimenter la mémoire collective entretenus qu’ils sont parfois par des Rwandais eux-mêmes ou des étrangers pour la plupart ressortissants d’anciennes puissances tutélaires.

L’on voit donc qu’il y a intérêt à faire preuve de sociologie pour admettre qu’il faut encore assez de temps pour conduire ces populations vers l’entente peut-être pas totale, mais relative afin qu’ensemble elles poursuivent l’œuvre d’harmonisation de leurs points de vue et de construction d’une entité nationale forte susceptible de ne pas saper la volonté de développement insufflée par l’actuel président de la République Paul Kagamé qui conduit sereinement le pays sur la voie de l’émergence. Ce qui mérite d’être souligné en même temps qu’il convient de rappeler à ce dernier que s’il met l’accent sur le développement économique, il faut qu’il le mette également sur le triple facteur socio-politico-culturel et il est bien des aspects à explorer pour que cela soit du domaine du possible. Le cinéma, contrairement à ce qu’il semble, pourrait constituer un argument de conscientisation des consciences.

Ce d’autant plus qu’il est inimaginable d’envisager comme proposé un moment par l’Organisation des Nations-Unies (ONU) et certains géo stratèges la création d’un hutuland et d’un tutsiland. C’est donc dire que le cinéma peut et doit servir d’argument de lutte contre toutes les formes de violence afin d’humaniser les sociétés dans lesquelles il devrait être conçu comme le socle supplémentaire sur lequel l’on devrait bâtir la paix, la véritable cette fois. En fait, que gagne-t-on à se combattre ou se haïr ? Telle semble être la grande question que pose le thème central retenu pour le 50ème anniversaire du Fespaco qui est le reflet d’une pensée tournée résolument vers l’unification des « Afriques », une des exigences, à en croire des historiens et futuristes avisés, de cette nouvelle ère d’après la guerre froide qui voit désormais les Etats-Unis faire des pieds et des mains pour leur « survie », conscients qu’ils sont de l’éveil de la Chine et des dragons du sud- est asiatique.

C’est pourquoi, à notre humble avis, le 50ème anniversaire du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou doit constituer un nouveau départ partant d’une méditation profonde sur le devenir du continent, y compris à travers le septième art.


Dounguenzolou

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