Cure d’austérité : La thérapie de choc et ses limites

lundi 9 juillet 2018 Politique


C’est du moins ce qu’on peut dire des mesures brutales prises par le gouvernement en vue de la réduction d’un train de vie de l’Etat, jugé trop dispendieux, alors que les caisses du trésor public, elles ne pèsent plus grand-chose, sinon rien du tout. Car au-delà du plan d’austérité présenté comme salvateur pour relancer l’économie, plusieurs zones d’ombre subsistent encore, notamment sur les causes réelles de cet état d’asphyxie criarde du pays, en dépit de l’exploitation de ressources diverses.

Comme dans une sorte de fuite en avant, et sans parvenir à clarifier préalablement les causes réelles de la banqueroute économique actuelle du pays, le gouvernement a adopté, en guise de solution expresse, une cure d’austérité dont les victimes expiatoires ne sont autres que les simples fonctionnaires lambda. Eux qui, malgré des salaires classés parmi les meilleurs en zone FCFA, ne parviennent pas à joindre les deux bouts dans un pays où le coût de la vie est hors de portée. Puisque le Gabon, selon les différentes enquêtes, trône tristement parmi les premiers pays les plus cher du contient. Une cherté de la vie symbolisée par la seule capitale Libreville où le coût du loyer vertigineux illustre fort bien l’échec monumental de la politique du logement social. Non sans compter les transports urbains qui restent un véritable casse-tête pour les populations.

La liste des difficultés quotidiennes est loin d’être close. Ce qui signifie que même avec un salaire de 650 mille FCFA, il est impossible de tenir le coup, contrairement à ce que pense le gouvernement qui a indiqué que les rémunérations se situant au niveau ou en dessous de 650 mille ne seront pas touchées par les décotes allant de 5 à 15% pour certains fonctionnaires et autres responsables d’institutions. Au fond, le gouvernement est habitué à ses décisions à l’emporte-pièce, souvent sans aucune étude préalable, l’objectif étant de marquer les esprits pour essayer de se donner un certain populisme inexistant ou presque.

Nécessité de redresser l’économie

Pourtant, avec plus de 52% du budget de l’Etat engloutis chaque mois par la masse salariale, tout le monde est aujourd’hui d’avis qu’il va falloir redresser la barre d’une économie qui n’a fait que dégringoler ces dernières années. Et cela à cause des mauvais choix, mais surtout d’une gouvernance décriée par l’opposition comme la plus désastreuse que le pays ait jamais connue. La création d’agences qui ont supplanté partout les ministères techniques comme l’agence nationale des grands travaux, l’AGNT dont le résultat n’est autre que la multiplication sur le terrain des éléphants blancs, l’organisation, en l’espace de 5 ans, de deux coupes d’Afrique qui ont saigné le pays à coup de centaines de milliards, la corruption ambiante, les recrutements massifs dans l’armée qui a ont explosé les effectifs de la fonction publique, etc.

Voilà qui fait dire à l’opposition radicale que « le pouvoir trompe volontairement le peuple en masquant la vérité derrière des projets dont la réalisation est plus qu’hypothétique, et des mesures populistes prises à la va-vite ». Mieux, Jean Gaspard Ntoutoum Ayi, le commissaire aux comptes de l’Union nationale s’interroge sur la destination prise par les 11.900 milliards de FCFA qui constituaient le budget de l’Etat entre 2010 et 2014.

L’impact électoral

Difficile de prévoir les répercussions d’une telle cure d’austérité sur le résultat des législatives à l’horizon. Surtout dans un scrutin assez ouvert et plein d’incertitude. Mais toujours est-il qu’avec la brutalité de ces décisions dont les souffre-douleurs restent les Gabonais moyens, lesquels pâtissent déjà de la flambée du niveau de vie, la tentation de voter contre le pouvoir reste assez forte. Et l’opposition qui exploite déjà l’argumentaire à souhait risque d’être le principal bénéficiaire de ce dividende anti-austérité. C’est dire que l’austérité économique pourrait se transformer en déroute électorale, surtout s’i l y a un remake de la dynamique de 2016.


Leno KOLEBA

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