Deuil : Le mort, un autre toi !

mardi 20 juin 2017 Culture & people


« Le respect du mort », c’est-à-dire de la personne décédée, cette notion semble au fil des jours, perdre de sa substance quand bien même l’on sait cette valeur inscrite parmi les fondements de notre existence d’Africain. Ces temps derniers, les habitués de veillées mortuaires au cours desquelles se déroule chez nous la palabre, instant qui permet de situer les responsabilités des uns et des autres dans le décès du disparu ou de conclure qu’il est mort de mort naturelle, les habitués des veillées mortuaires, disais-je, se rendent de plus en plus compte que les personnes présentes sont préoccupées par autre chose.

« Ô tempora Ô mores » auraient dit les latins, comme quoi « Oh temps, Oh mœurs ! ». L’Africain par essence Homme communautaire se retrouve aujourd’hui en train d’expérimenter, si ce n’est carrément déjà en train de vivre l’isolationnisme qui consiste à ne considérer que ce qui lui est propre, traitant autrui avec négligence ou très peu de considération. Cette attitude, on la retrouve de plus en plus dans les veillées mortuaires organisées ci et là dans nos villes et villages.

C’est que l’on constate que certaines personnes, parents, amis et connaissances du défunt, plutôt que de se montrer un tant soi peu préoccupés par l’évènement, se servent de celui-ci pour se livrer à des libations et passer la nuit à la belle étoile, pendant que d’autres s’en vont tranquillement occuper les bars et autres bistrots avoisinants et s’enivrer de boissons jusqu’à l’aube. Conséquence : ceux d’entre eux dont on voulait et pourtant obtenir des avis ou des conseils ne sont hélas plus capables de rien.

A-t-on véritablement le souci de celui qui nous a quittés ? N’a-t-on pas de souvenirs de ce dernier, de bons souvenirs surtout qui puissent nous empêcher de nous comporter de la sorte ? Pourquoi nous conduire ainsi quand on sait l’évènement passager puisque ne durant que quelques temps, l’espace d’une nuit avant la mise en terre ? Le décès en Afrique n’est jamais vécu comme un évènement heureux, à moins qu’on nous apporte la preuve du contraire, car il est toujours l’occasion de revisiter la vie du disparu.

Certes Birago Diop, animiste parmi les animistes, nous apprend dans son poème « Souffles » que les morts ne sont pas morts, qu’ils sont dans le vent qui souffle, dans l’eau qui dort…, mais de là à ne pas reconnaître que le décès de quelqu’un, surtout d’un proche affecte un temps les esprits à l’idée qu’on ne le reverra plus serait parler faux. Et ce ne sont pas les Africains qui nous démentiront. D’où, nous sommes tentés de leur demander de vivre cette période de deuil en usant de tout ce que leur culture a bien pu leur apporter.

Mais, il faut cependant reconnaitre pour l’admettre que nos sociétés qui sont en transition sont frappées d’hybridité et que c’est sans doute ceci qui cause cela. Cela ne nous empêche pas de nous ressaisir et de remettre en scelle nos valeurs cardinales basées sur le partage, la solidarité, le communautarisme, la compassion et bien d’autres encore ! En Afrique, il est connu que l’on n’accepte pas de rire du malheur d’autrui, car celui- ci par extension est le vôtre.

Qu’est-ce qui peut donc expliquer que cette vision du monde pour ainsi l’appeler tende à disparaître de nos jours ? Le modernisme ? L’égoïsme ? La négligence ? Le désintéressement ? Quoi alors ? Quel que soit l’hypothèse retenue, il y a que nous devons faire un effort de respecter les morts, si l’on considère que nous aussi allons connaître le triste sort de l’humanité, peu importe la durée de notre séjour sur terre. Voici qui nous enseigne humblement que personne n’est immortel.


Dounguenzolou

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