Édito : A quoi sert de se mentir à soi-même ?

lundi 3 juin 2019 Speciales


« Lorsque l’on entend parler du Gabon et de Libreville, sa capitale, on a l’impression qu’il représente le paradis sur terre, mais quand on y arrive, on se rend très vite compte qu’il est un pays comme les autres, c’est-à-dire avec ses forces et faiblesses », voici en substance ce que l’on a souvent entendu de la bouche de frères Africains ayant choisi de venir s’installer dans notre pays pour y rester et obtenir la nationalité ou pour y faire fortune, profitant du climat social qui y prévaut, climat résultant d’une sorte de deal passé entre les différentes populations pour ne pas que, comme les autres à travers de nombreuses régions du continent, elles ne se livrent à des actes de génocide, ne se regardent en chiens de faïence ou ne s’affrontent simplement pour une raison ou pour une autre. La question que nous nous posons devant les affirmations de ces frères Africains est bien celle de savoir s’il y a du vrai ou du faux dans ce qu’ils avancent ou s’il y a matière à les contredire.

Tenir le discours certes flatteur selon lequel le Gabon figure sur la liste des pays africains nantis n’est pas faux. En dépit d’un territoire pas très immense, ce qui pourrait aux yeux de certains spécialistes constituer un atout, comparativement à d’autres États dont l’immensité constitue un réel problème, nous pensons à la République démocratique du Congo, au Soudan et à l’Algérie, ce pays d’Afrique centrale regorge de presque toutes les richesses au point de nous faire dire comme avant nous l’ancien président guinéen, Ahmed Sekou Touré, qu’il est un scandale géologique. En effet, en dehors du fait qu’il y coule du pétrole à flots, le manganèse, le bois, l’or quoiqu’encore artisanalement, nous rassure-t-on, et bien d’autres ressources sont depuis exploitées, faisant logiquement de lui, l’un des pays qui engrange d’énormes bénéfices du fait de sa rente.

Les Produits national brut (PNB) et Produit intérieur brut (PIB) n’y sont que très flatteurs et les crises ne mettent pas de temps à être résorbées, ce qui atteste de la bonne santé de son économie d’un point de vue global. Sans être spécialiste des questions économiques, l’endettement, quoiqu’il ait la possibilité de rembourser, ne devait pas atteindre le niveau actuel, encore fallait-il que l’argent obtenu auprès des banques et autres bailleurs de fonds aille à ce pourquoi il devait être normalement destiné pour que les populations bénéficient des retombées positives de son utilisation. En citant au hasard le cas des routes pour lesquelles beaucoup de sous ont été engloutis depuis le magistère d’Omar Bongo Ondimba, nous sommes au regret de constater que le compte est loin d’être bon au point que nous sommes en droit de nous demander qu’a- t- on fait de l’essentiel de l’argent emprunté à la Banque africaine de développement (BAD), à la Banque mondiale (BM) ou au Fonds monétaire international (FMI) ?

Et pourquoi, s’il est avéré que ces sommes ont pris la destination des poches de particuliers, ces derniers ne sont-ils pas inquiétés ? De telles questions revêtent un caractère impérieux si tant est que ces comportements aient pu être à l’origine des dysfonctionnements observés dans la gouvernance de la chose publique avec ceci de particulier qu’ils affectent sérieusement le bien-être des habitants dont la plupart croupissent dans une misère accablante renforcée par la précarité qui les guette en s’accentuant d’années en années. Cela s’observe à l’œil nu comme l’on a coutume de dire, ce qui ajoute au pessimisme affiché par bien de Gabonais qui ne supportent que très mal et à juste titre souvent qu’on leur tienne un discours rassurant du genre « demain sera meilleur qu’aujourd’hui ».

Favoriser l’émergence a un prix !

Puisqu’en jetant un regard dans le rapport McKinsey, ils se convainquent de la cuisante réalité qui démontre que malgré son statut de pays à revenu intermédiaire obtenu sans doute en raison de ses richesses, le Gabon reste un espace de pauvreté quasi- généralisée qui accumule des retards dans de nombreux domaines porteurs tels les services presque tous aux mains de sujets étrangers. Dire que ceux-ci constituent une véritable source de devises sous d’autres cieux en dehors du fait d’être une niche d’emplois durables qu’aurait bien du mal à menacer la conjoncture économique. Revenons à ce fameux rapport McKinsey auquel nous venons de faire allusion pour avancer qu’il constitue plus qu’un guide, une confirmation de ce que se disent et que vivent d’ailleurs les Gabonais les plus nombreux, à savoir qu’il manque d’habitat décent, que le chômage est galopant, que le coût de la vie grimpe de jour en jour davantage, et que pour toutes ces raisons par ricochet, le pays éprouverait beaucoup de mal à constituer un marché.

Jusqu’ici, le chef de l’État Ali Bongo Ondimba, lui-même, a émis le vœu de voir les gouvernements qui se succèdent, tenter de réaliser son projet de société « l’Avenir en confiance » sur la base duquel il a obtenu la confiance, dixit, de la majorité de ses compatriotes, sans qu’il n’ait apparemment été suivi jusqu’alors, d’où les populations attendent toujours ce jour meilleur qui répondrait à son mot suivant « je ne serais heureux que lorsque chaque Gabonais sera heureux ». Y a-t-il eu de véritables sondages sur la problématique des conditions de vie des populations ? Si oui, qu’ont-ils révélé pour que l’on s’entête à rester muet sur la résolution des difficultés qui assaillent le citoyen au quotidien ? Comment interpréter l’attitude du gouvernant qui s’empresse de venir face aux populations annoncer une amélioration de leurs conditions de vie, alors que celles-ci continuent de croupir dans la misère la plus abjecte ?

S’il est des autorités auxquelles la hiérarchie a consenti de confier quelques responsabilités, pourquoi ne choisissent-elles pas de démissionner quand elles se savent incapables de répondre favorablement aux attentes de plus en plus nombreuses des Gabonais plutôt que des rester à leur poste tout en se sachant défaillantes ? N’y voient-elles pas une façon de ne pas favoriser l’émergence, alors que le temps, « notre pire ennemi », continue de défiler inexorablement sous nos pieds sans que l’on ne puisse imaginer de quoi demain sera fait ? Alors question : A quoi sert de se mentir à soi-même ?


Dounguenzolou

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