Edito : Adéquation formation-emploi, quelle trajectoire ?

mardi 12 mars 2019 Speciales


L’on pourrait être tenté d’avancer au vu de ce qui se passe en réalité qu’au Gabon, l’Office National de l’Emploi (ONE) n’est pas au bout de ses peines. A en croire une bonne frange de ceux qui y déposent un dossier, ce n’est certainement pas la faute de l’institution si celle-ci éprouve beaucoup de mal à caser de nombreux jeunes qui, faute le plus souvent de trouver chaussure à leur pointure, optent pour décliner les offres.

A qui la faute ?

Telle est la question qu’il faudrait se poser quand on sait que les autorités gabonaises ont depuis annoncé des mesures salvatrices au nombre desquelles celle concernant l’implantation dans certaines provinces d’écoles formant dans des métiers aux alentours des lieux où se trouve le potentiel industriel et où se présentent logiquement des opportunités susceptibles de régler les questions de formation-emploi en dehors d’offrir aux jeunes la possibilité d’éviter l’exode rural dans certains cas. Non pas qu’il faille absolument rejeter les formations générales jusqu’ici essentiellement dispensées dans nos universités et grandes écoles puisqu’elles sont souvent nécessaires à la recherche, condition sine-qua-non du développement, mais il nous parait ici utile d’ouvrir le débat sur l’opportunité pour ce pays de s’engager sur la voie de la professionnalisation en introduisant dans les programmes de formation un nombre acceptable de métiers répondant non seulement aux difficultés auxquelles fait face une bonne partie de la population jeune en âge de travailler, mais ayant aussi l’avantage de fixer des populations parmi lesquelles les autochtones comme cela est perceptible dans tous les grands foyers industriels au monde.

Il n’est pas inutile de rappeler que certaines démarches dont on s’interroge sur les fins ont été entreprises pour, avait-on avancé, résorber le chômage d’une partie de la main d’œuvre active visiblement déboussolée et permettre à une bonne frange de la jeunesse de trouver des repères sachant que le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin. Comble est plutôt de constater que dans la plupart des cas, l’on a eu du mal à aller jusqu’au bout de sa logique. Pour preuve, lancée il y a de cela quelques années, l’opération « un jeune, un métier » a plutôt fait l’effet d’un miroir aux alouettes puisqu’à dire vrai, très peu de bénéficiaires témoignent de son efficacité ou de sa rentabilité, alors qu’on la présentait comme l’une parmi celles qui étaient préconisées pour régler la question épineuse du chômage des jeunes. Depuis également sont nés ci et là des instituts et autres écoles de formation technique dont les différentes cuvées éprouvent un mal fou à se frayer un chemin dans le monde très serré et par moments « opaque » du travail, faute de structures pour les accueillir ou d’accoutumance des populations avec les métiers proposés.

Nécessité de revoir la copie

Il faut logiquement organiser une réflexion en profondeur sur la question, surtout par ces temps où le plus grand pourvoyeur d’emploi, la Fonction publique, devient de plus en plus sélective en dehors du fait qu’elle ne peut plus se permettre de recruter à tout- va, d’ailleurs n’annonce-t-on pas déjà l’éventualité d’un dégraissage des effectifs à hauteur de 10% ? Du jamais vu dans l’histoire d’un pays bien portant économiquement comme le laissent croire ses autorités qui tiennent un discours plutôt rassurant sur les perspectives d’avenir, alors que l’on sait pour l’avoir vérifié que le Gabon à l’instar de nombre d’autres États de la sous-région d’Afrique centrale traverse une période assez tumultueuse qui demande que l’on se concentre sur l’essentiel et travaille davantage avec abnégation et patriotisme pour que les vieux démons qui ont par exemple pour nom corruption et détournement cèdent la place à des habitudes plus orthodoxes.

Si les gouvernants sont vraiment convaincus par leur leitmotiv qui est l’auto-employabilité de la jeunesse, ils devraient pouvoir comprendre qu’il suppose la mise en place d’un tissu économique viable avec des opportunités d’affaires bien définies. Et cela est du devoir de l’État de non seulement encourager par la formation, mais aussi accompagner les futurs prétendants vers l’accomplissement de leur rêve. Le fonds des générations futures annoncé par feu Omar Bongo Ondimba aurait permis, s’il avait été effectif, de résoudre en partie cette « énigme ». Comment y arriver s’il n’est pas opéré une véritable mue sur le plan comportemental, le premier qui devrait être visité lorsqu’il s’agit dans le cas d’espèce d’envisager dans la sérénité s’entend une marche soutenue vers le développement que les populations n’ont que trop attendu sans rien voir poindre à l’horizon ? Si la situation se dégradait ou perdurait, ne faut-il pas que l’on s’interroge sur les conséquences qui peuvent en découler ? Où va-t-on par exemple mettre ces jeunes gens désœuvrés ? Quelles structures seront capables de les accueillir ? Comment pourrons-nous procéder pour les intéresser à autre chose que ce qui relevait de leur choix premier ? En d’autres termes, le pays pourrait-il les récupérer et rentabiliser leur éventuel apport ?

Prendre le taureau par les cornes

Nous connaissons, il ne faut pas être démographes et/ ou économistes pour le confirmer, qu’il est plus difficile au géant Nigéria, à la Tunisie, disons à tous les pays surpeuplés, d’asseoir durablement des politiques d’emploi maîtrisées, les États moins peuplés et pourvus en matières premières doivent-ils se retrouver dans la même situation ? Qu’est-ce qui est à l’origine des problèmes auxquels ils sont alors confrontés ? Cette dernière question parmi tant d’autres devrait être posée par les gouvernants qui devaient faire intervenir dans la quête de réponses à la problématique des âmes autres que politiciennes, des scientifiques, universitaires et chercheurs par exemple, ainsi que des représentants de la société civile et des syndicats qui, eux aussi, sont avec les populations face aux réalités quotidiennes, obligés qu’ils sont de se battre sur le terrain de la revendication et de la dénonciation pour amener et guider les dirigeants sur ce qu’ils considèrent être la voie à suivre.

Dommage qu’ils ne soient que très peu écoutés le plus souvent en dehors du fait que leurs manifestations soient pour certaines interdites ou mâtées donnant l’impression qu’elles ne sont pas la bienvenue quoiqu’elles répondent à un réel besoin de réajustement des politiques publiques et de la morale collective. Nous osons croire que ces quelques mots, plutôt que de donner l’impression d’être des mots de trop, seront médités avec le sérieux qu’ils imposent pour que demain soit un jour nouveau. La paix et la quiétude sociale en dépendent quoique l’on veuille !


Dounguenzolou

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