Edito : Alternance et développement !

lundi 16 juillet 2018 Speciales


En dehors de certains pays où les coups d’Etat ont souvent été utilisés comme mode d’obtention du pouvoir, ce qui ne les prédispose pas à une gestion orthodoxe, la plupart de ceux qui ont réussi le pari de se développer, peu importe le continent dans lequel ils se trouvent, sont ceux qui ont connu une alternance. Qu’est-ce à dire ? Que celle-ci ne doit pas être perçue comme une simple action de remplacement d’un régime par un autre, mais plutôt comme une interrogation apportée par des citoyens sur la manière de faire du précédent et bien entendu une invite adressée au successeur pour qu’il capitalise les forces de son devancier et s’engage à ne pas répéter ses faiblesses. D’où nous pouvons déduire qu’alternance et développement sont étroitement liés pourvu que l’on sache comment créer la relation entre les deux.

Aux Etats-Unis d’Amérique, le chef de l’Exécutif qui est aujourd’hui Donald Trump a été élu comme tous ses prédécesseurs dont le dernier en date fut Barack Hussein Obama pour un mandat de quatre ans, renouvelable selon la Constitution américaine une fois. Ce qui est clair dans l’esprit de tous et ne saurait souffrir d’aucune contradiction. En France, son homologue Emmanuel Macron qui a succédé à François Hollande qui a jugé inutile de se représenter et donc tenter de briguer un second mandat à l’Elysée, va y demeurer cinq ans et ne pourra prétendre y rester que le temps de deux mandats s’il y a succès lors de la prochaine présidentielle. Cela est aussi clair que l’eau de roche et l’on voit mal un Français ramant à contre-courant de cette disposition sacro-sainte. Ces deux exemples révélateurs d’un état d’esprit parmi tant d’autres, nous les prenons pour étayer notre raisonnement qui repose sur le rapport étroit qui peut exister entre l’alternance et le développement.

Dans un premier temps, il faut comprendre qu’il est difficile à un homme normalement constitué de garder le pouvoir très longtemps en raison des exigences qu’il comporte et de l’usure qu’il entraine inéluctablement. Les lourdes missions qui sont celles d’un homme d’Etat lui imposant d’énormes sacrifices et privations qui se répercutent sur son état aussi bien physique que moral. Dans un second temps, celui qui travaille sous une forme de pression, « le temps étant son pire ennemi » a à cœur de tenter de marquer d’une empreinte indélébile son passage aux affaires de tel sorte qu’il puisse, s’il le désire, obtenir la confiance du peuple qui serait tenté de le réélire dans le premier cas de figure ou que celui-ci, le cas contraire, garde de lui toute son existence l’image d’un patriote travailleur et dévoué à la cause de la communauté. Or, que constatons-nous sous plusieurs cieux ?

Du fossé entre les principes et la réalité

Qu’ils sont encore nombreux, les gouvernants qui sont obnubilés par l’idée de demeurer au pouvoir toute une vie quitte à ce qu’ils jouent avec les textes indéfiniment et passent outre la volonté de leurs compatriotes. En dépit de ce qu’il est aujourd’hui beaucoup plus qu’hier difficile du point de vue conjoncturel de ne pas se remettre en cause et du fait que toutes les nations aspirent plus ou moins à la démocratie au sens où Abraham Lincoln la définissait comme « le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple ». Ci et là, l’on dénonce une complicité internationale avérée ou non entre les pays de l’Hémisphère Nord et ceux du Sud.

D’aucuns allant jusqu’à prendre l’exemple de ce fameux sommet de la Baule convoqué en son temps par l’ancien président français François Mitterrand, sommet au cours duquel il ne s’était pourtant pas empêché de conditionner l’aide publique au développement à l’ouverture démocratique dans tous les Etats « sous la coupole » de la France. Et ces derniers de conclure qu’en dehors de quelques cas, la majorité des Etats du continent anciennement colonisés par l’Hexagone continuent de s’illustrer par une négligence des mesures démocratiques sans offusquer les anciens maîtres qui affirment au contraire leur soutien audits Etats au nom, avancent-ils, du respect des institutions et/ ou du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat qui a depuis acquis son indépendance.

Le risque numéro un est que « ce que peuple veut, Dieu le veut » ne soit qu’un vulgaire slogan prononcé pour orner la littérature politique qui finit par être surannée et a du mal à convaincre de nombreuses personnes. Conséquence : contrairement à l’idée émise lors du premier sommet « Afrique/ USA » sous l’ère Obama, selon laquelle l’Afrique n’avait pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes, la personnalisation du pouvoir s’accompagne de nombreux déboires affaiblissant l’Etat et le prédisposant à des lendemains loin d’être flatteurs. Difficile de ne pas y voir la multiplication des conditions de déliquescence de celui-ci.


Dounguenzolou

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