Edito : Alternance, pourquoi tant voulue ?

lundi 4 mars 2019 Speciales


A chaque fois qu’une élection présidentielle à l’instar de celle que vient de connaître le Sénégal le 24 février dernier se déroule en Afrique, les populations dans leur grande majorité se prononcent pour un changement à la tête de l’État. Les raisons invoquées sont multiples qui vont de la quête de l’amélioration des conditions d’existence à l’observation assidue des règles démocratiques.

Nul ne peut douter que si l’Afrique est aujourd’hui plus qu’hier présentée comme un continent d’avenir, il reste celui ou l’un de ceux qui préoccupent encore sérieusement la communauté internationale habituée à venir à son chevet au moyen d’aides publiques au développement, d’assistance sécuritaire, énergétique ou en mains d’œuvre spécialisée. Ce qui traduit une faiblesse organisationnelle criarde doublée d’un immobilisme facteur d’enchevêtrement entre éléments endogènes et exogènes. Le comble étant que c’est presque toujours la « masse » qui paie le lourd tribut.

La redondance s’impose alors comme moyen d’expression pour rappeler aux décideurs ce qu’il serait intéressant de faire au bénéfice des populations guettées par une paupérisation contrastant le plus souvent avec les richesses et potentialités de leurs pays. Surtout lorsqu’il est observé que celles-ci, les richesses, profitent non pas au grand nombre, ce qui devait avoir une incidence positive à coup sûr sur l’économie nationale, nous pensons par exemple à l’instauration d’un marché avec en amont des investissements et une production au-dessus de la moyenne, mais à une minorité qui place le plus clair du temps ses avoirs, peu importe les modalités de leur acquisition, à l’étranger où ils sommeillent dans des paradis fiscaux et autres banques dans lesquels ils meurent sans mot dire.

Toutes ces pratiques irritent au plus haut point le citoyen-contribuable qui s’élève contre le fait que le fossé entre « riches » et « pauvres » plutôt que de se rétrécir, se creuse davantage tous les ans comportant des risques d’implosion sociale que seule pourrait faire éviter l’alternance. Car, estime-t-on, pour qu’un chef d’État prenne suffisamment conscience du rôle qui est le sien quelque soit la raison invoquée pour justifier son comportement vis-à-vis de ses compatriotes, il lui faut peut-être s’appuyer sur le traitement qui a été réservé à son prédécesseur, sur sa manière de gérer la cité ou sur ce qui lui a été reproché par le citoyen. C’est, croit-on, à ce prix qu’il ne lui viendra pas à l’esprit d’en faire à sa tête et de donc se mettre plus que jamais à l’écoute des populations, s’il est véritablement démontré que ce sont elles grâce auxquelles il a accédé à la magistrature suprême.

Hymne pour une nouvelle philosophie

L’Afrique devrait pouvoir aujourd’hui sortir de l’immobilisme dans lequel elle est généralement engluée du fait de la volonté des chefs au pouvoir de « droit divin » de s’engager dans des opérations de maintien aux affaires ad vitam-aeternam, y compris en se servant outrageusement des forces de défense et de sécurité ou des institutions acquises à leur cause, négligeant alors ce que l’on qualifie de volonté populaire qui aurait constitué plutôt le socle de leur légitimité et amoindri les velléités de désobéissances civiles ou de guerres civiles hélas condamnées. L’alternance est aussi voulue et souhaitée non pas en terme d’effet de mode comme voudrait le faire entendre d’aucuns, mais pour permettre et faciliter, s’il était possible, une meilleure prise en compte des revendications populaires et donc la recherche de la satisfaction de l’intérêt général souvent reléguée au second plan au bénéfice de l’intérêt particulier.

Faut-il pour ce faire que les populations, elles-mêmes, s’impliquent davantage dans la recherche des solutions à leurs problèmes en commençant bien entendu par revendiquer avec insistance dans le respect des textes juridiques qui ne leur confèrent pas que des devoirs, mais aussi des droits qui, faute d’être exercés, finissent, comme cela est presque souvent vécu dans les tiroirs pour ne pas dire dans les poubelles de l’histoire, ouvrant la porte à l’instauration de ce qu’il est convenu d’appeler des dictatures qu’elles soient voilées ou non. « La peur du peuple est le commencement de la sagesse » devrions-nous avancer par allusion à une pensée bien connue de tous selon laquelle « la peur du gendarme est le début de la sagesse ».

C’est ici le lieu de rappeler l’importance pour ne pas dire l’intérêt de contre-pouvoirs qui devraient faire entendre raison en temps opportun aux détenteurs du pouvoir pour qu’ils aient à l’esprit de changer le fusil d’épaule lorsque ceci s’impose dans l’intérêt de la société tout entière. L’on constate en sus que nombre d’intellectuels africains ne sont pas pris en compte dans l’élaboration des politiques sociales, dire que ce sont eux qui, les mieux placés, s’intéressent chaque jour aux questions de développement à proprement parler du simple fait qu’ils constituent pour la plupart les générations de chercheurs dont les pays ont un réel besoin.

Plus préoccupant, le fait que beaucoup parmi eux meurent sans que la société n’ait profité de la quintessence de leurs réflexions et de leurs recherches parce que tenus éloignés des pôles de décision par des politiciens parfois très peu inspirés. Faut-il revenir quoiqu’en la réactualisant à la formule de Platon voulant que les philosophes gouvernent la cité ? Problématique qui mériterait qu’on s’y penche de nos jours face à des sociétés de plus en plus scélérates et en décrépitude dans lesquelles la morale devrait reprendre la place qui devait être la sienne. Mais faut-il que les populations comprennent qu’elles ont leur destin en mains pour imposer l’alternance et pousser à l’instauration de sociétés démocratiques dans lesquelles elles auraient leur mot à dire et seraient écoutées par ceux qu’elles auraient cette fois-ci choisis. Agir contrairement les condamnerait à la forfaiture devant laquelle elles n’auraient que leurs yeux pour pleurer.


Douguenzolou

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