Edito : Attentes citoyennes après le dernier Conseil des Ministres

lundi 25 juin 2018 Speciales


Depuis l’arrivée au pouvoir d’Ali Bongo Ondimba qui a fait appel à de nombreux compatriotes en qui il a fait confiance, tout en leur confiant de nobles et exaltantes missions, nous allions dire les exposant à un véritable challenge, en promettant qu’avec eux le pays allait à l’horizon 2025 atteindre l’Émergence, la dynamique gouvernementale semble plombée, semant le doute dans les esprits des uns et des autres des citoyens, en dépit des nombreux changements intervenus à la Primature d’où devrait logiquement partir l’élan, et provoquant des grincements de dents ci et là. Et pourtant, se rend-on compte, ce ne sont pas les moyens qui manquent pour faire du Gabon un pays tourné vers le développement. Le dernier conseil des ministres de jeudi dernier est venu ajouter aux interrogations jusqu’ici entretenues sur la volonté des gouvernants et surtout parfois leur capacité à remplir convenablement leur mission consistant à matérialiser l’idée du président de la République gabonaise : « Je ne serai heureux que lorsque chaque Gabonais sera heureux ».

Curiosité parmi les curiosités, alors que l’on dit le Gabon faible démographiquement et doté d’une manne exceptionnelle, le pays continue de voir, selon les organismes de notation internationaux, son indice de développement humain, IDH, tutoyer celui des pays les moins avancés, PMA. D’où le questionnement qui consiste à se demander s’il s’agit pour expliquer ce phénomène d’aller chercher dans les problèmes conjoncturels ou structurels relevant en grande partie de la gouvernance et des habitudes, ce que l’on désigne si souvent par « us et coutume ». En quoi, le tout dernier conseil des ministres, en dépit des décisions adoptées, va-t-il venir changer les choses au point de booster l’économie que de nombreuses langues disent aujourd’hui exsangue ?

Que de mesures à portée significative sur un plan général, mais dont on se demande quelle en sera la portée sur le train de vie véritable de l’État en tant que celui-ci représente comme traditionnellement le territoire, les institutions, mais aussi et surtout les populations, celles-là qui doivent être, dans les sociétés normées, les plus grandes ou si l’on veut les principales bénéficiaires des mesures prises par les gouvernants, investis d’un certain pouvoir par ces dernières, leurs mandants, pour remplir des missions communautaires et non individuelles !

Les populations avec lesquelles nous échangeons au quotidien donnent malheureusement l’impression de n’être que très peu satisfaites par les politiques adoptées en leur faveur quand bien même le discours tenu sans cesse par leurs dirigeants est qu’ils sont aux affaires par leur volonté pour contribuer à la mise sur pied des conditions leur permettant dans des délais raisonnables d’améliorer leurs conditions de vie. Cela suppose qu’un peu partout pour ne pas dire partout sur l’étendue du territoire national, des politiques effectives soient menées dans le sens de l’adduction d’eau, de l’électrification des villes et villages, de l’habitat, de l’éducation, de l’emploi, de la santé, en un mot de tout ce qui touche à la qualité de la vie.

Du fossé entre la théorie et la pratique

Combien de fois n’a-t-on pas entendu le conseil des ministres quelque soit la période, faste ou défavorable, évoquer et soutenir l’idée d’une préoccupation accrue des autorités en faveur du bien- être des Gabonais sous couvert de l’État, personne morale les représentant, sans que ceux-ci ne soient concrètement les bénéficiaires des améliorations annoncées des politiques budgétaires comme c’est le cas aujourd’hui ? Où l’on nous annonce des prévisions révisées du cadre macro-économique qui affichent des opérations budgétaires et de trésorerie équilibrées en ressources et charges, représentant un montant de 99,5 milliards de Francs CFA. Que signifie pour le citoyen lambda réduire les effectifs des cabinets du Président de la République, du Premier ministre, des Ministres ou du Secrétaire général du gouvernement si en amont, il ne lui est pas présenté, lui qui a l’esprit de critique et dont les propos concourent à alimenter la rumeur, quels sont les effectifs desdits cabinets et combien leur réduction va rapporter en terme d’économie au pays ?

Pour lui permettre, puisque nous sommes dit-on en démocratie, d’évaluer l’engagement pris par l’État vis-à-vis de lui et au-delà la bonne foi des autorités taxées si souvent de passer maîtres dans l’art de divertir. Combien de fois en effet, le président de la République, lui-même, n’a-t-il pas reconnu qu’il y avait énormément du retard à l’allumage depuis qu’il a annoncé urbi et orbi l’adoption de mesures dont le but est d’assurer la relance de l’économie nationale et le développement du Gabon, élément déterminant du mieux-être de ses habitants, si tant est que c’est réellement cela qui constitue la principale motivation des gouvernants ?

Comment satisfaire des attentes aussi importantes ?

Certes, il est louable de constater que le budget a été révisé à la hausse, mais faut-il encore que l’on s’interroge sur ce que représente cette hausse au vu des engagements de l’État et qu’est-il capable de faire avec l’excédent annoncé quand on sait ses précédents avec les bailleurs de fonds internationaux, les entreprises sollicitées pour des travaux au plan national ! Sait-on ou devrait-on se rappeler que la route constitue toujours l’une des préoccupations majeures si l’on ne s’en tient qu’aux difficultés rencontrées jusqu’ici sur la Nationale 1 où les automobilistes sont obligés de slalomer à longueur de journée à leurs risques et périls, mais aussi à ceux de tous les autres usagers que sont par exemple les voyageurs ? N’évoquons pas l’éternel panier de la ménagère qui ne cesse de prendre un coup, en attestent les récentes augmentations des prix de denrées de première nécessité sur nos marchés qu’accompagnent, un malheur n’arrivant jamais seul, celles du prix du carburant à la pompe et du gaz butane !

Se profilent à l’horizon d’autres augmentations suivies d’une restriction de la masse salariale consécutive à un audit sans doute commandé par le Fonds monétaire international, FMI. Tout comme d’ailleurs la réduction de la taille du gouvernement, celle des effectifs des cabinets et autres institutions. Que dire, pour rester dans la même logique, des dénonciations prévues des contrats de contractuels ayant plus de 60 ans et de tous les agents de l’État maintenus en activité ayant plus de 60 ans ? Est- on sûr que toutes ces mesures seront appliquées de si tôt quand on sait les règles même tacites qui régissent le fonctionnement de notre administration ?

Le gouvernement attendu plus que jamais sur le terrain du concret !

Osons croire qu’une fois de plus, il ne s’agira pas d’un simple effet d’annonce comme nous avons depuis déjà été habitués, coutume face à laquelle nous sommes dans l’obligation de rester cois si l’on ne se résigne pas tout simplement ! Les différentes mesures annoncées ne viennent-elles pas comme beaucoup d’autres avant elles dans le but d’étouffer certaines velléités et donner l’impression qu’il reste dans la préoccupation des gouvernants l’idée de réduire le train de vie de l’État pour répondre à des exigences et attentes sociales de plus en plus croissantes, vu que les questions relatives à l’habitat, à la santé, à l’éducation, à l’emploi et à bien d’autres pans liés au développement socio-économique pourtant promis n’ayant pas encore été satisfaites en dépit des différentes embellies connues par le pays qui ne cesse cependant d’enregistrer des milliardaires sur le dos de l’État, nous en voulons pour preuve la traque assidue menée contre les personnalités jugées indélicates qui ont fait fortune illicitement alors qu’elles étaient aux affaires à la faveur de l’opération « Mamba » ?

Les décotes, venons-y. De quoi s’agit-il concrètement, car des économistes approchés éprouvent le plus grand mal à justifier concrètement cette mesure. Car, ne sachant pas véritablement qu’elles en seront les incidences sur l’économie nationale et l’amélioration du train de vie des populations qui n’ont pas tort d’en demander davantage. L’application d’une décote de 15% de traitement de l’ensemble des institutionnels et autres autorités administratives, de 10% sur les rémunérations des cabinets, de 5% sur les autres fonctions administratives, à quoi cela rime-t-il se demande l’Homme de la rue pour ne pas dire le citoyen qui a droit à l’information, à l’information juste et crédible pour se savoir respecté ?

En définitive…

Tout ceci pose une fois de plus le sempiternel problème de la communication politique qui repose avant toute autre chose sur la crédibilité, l’offre ne venant que loin derrière surtout dans un contexte où en réalité, les populations qui donnent l’impression d’être sans cesse flouées manifestent leur mécontentement, quelque soit la sourde oreille des autorités, face à ce qu’elles considèrent comme une forfaiture. Acculées, semble-t-il, par les bailleurs de fonds internationaux et les opinions nationales et internationales qui ne voient pas d’un bon œil les options prises par les autorités, celles-ci se doivent pour redorer peut-on dire leur blason, de parler le langage franc et le faire suivre d’actes concrets pour que la rupture observée entre elles et le peuple ne se creuse davantage et qu’au-delà la planète soit convaincue par ces temps de mondialisation qu’il y a ici aussi, une farouche détermination de tutoyer les sommets à l’instar des puissances émergentes du sud-ouest asiatique, les dragons, qui ont l’avantage de ne pas discourir à longueur de journée, mais de s’exprimer en optant pour le silence.

Dans un contexte défavorable marqué par la multiplication de mesures ne favorisant pas la quiétude chez les populations, faut-il croire que les nouvelles annonces gouvernementales, surtout si elles ne sont pas immédiatement, comme on a cru l’entendre, suivies de faits, peuvent être de nature à apaiser les tensions de plus en plus perceptibles ? Comment le gouvernement pense-t-il contenter des Gabonais qui croulent chaque jour sous le faix de la pauvreté rampante, des Gabonais dont bon nombre sont menacés de licenciement, pour ceux qui ont encore la grâce de travailler, dans les sociétés qui ferment, faute de moyens pour faire face à la « crise » ou ceux qui de l’autre côté attendent toujours que les promesses des gouvernants soient traduites dans les faits ?


Dounguenzolou

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