Edito : Communication et grandeur des nations

lundi 25 février 2019 Speciales


Nous allons ici expliquer la Communication à la fois sous le prisme des moyens de diffusion que sur celui des usages qui en sont faits dans les sociétés africaines à la lumière de quelques exemples pris ci et là à travers les continents : les Amériques, l’Europe, l’Afrique, l’Asie et l’Océanie dont les pays se sont tous dotés d’outils (radios, télévisions, agences…) de souveraineté dans le double but d’informer comme il se doit leurs populations et de porter de manière confortable leurs voix et opinions à l’extérieur de façon à ce qu’elles soient considérées comme prépondérantes et donc susceptibles d’être prises en compte partout où elles sont reçues. C’est là une des formes de la domination culturelle les plus usitées de nos jours.

Lorsqu’il nous arrive de suivre les programmes de Radio France internationale (RFI), quelque chose semble passer inaperçue, il s’agit de l’évocation de la dimension manipulaire de la radio dite du monde : « RFI, la radio mondiale » ou « sept milliards de voisins ». A première vue, ces deux insinuations apparaissent comme de simples slogans conçus sans arrière-pensées, alors qu’à y voir de très près, elles afficheraient une volonté de la France de se présenter au monde à l’image d’une nation mue par des élans civilisateurs comme l’indique le fameux coq gaulois traduisant le pays qui apporte la civilisation au reste du monde, l’éveillant en lui indiquant la levée du jour. C’est de bonne guerre si l’on tient compte du fait que l’Hexagone s’est doté pour ce faire des moyens de sa politique.

Pourquoi s’inspirant d’un tel projet, puisque c’en est un, les Africains que nous sommes n’arrivons pas à prendre à notre compte cette philosophie, mais préférons adopter plus d’un demi-siècle après avoir acquis pour la plupart nos indépendances le profil bas et considérer que la meilleure information au sens de la vraie information nous parviendrait toujours du nord, dire que depuis les années 80, l’Organisation des Nations- Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (UNESCO) s’est battue pour que les pays de l’hémisphère sud comprennent l’utilité qu’il y a de se prendre en charge du point de vue de la communication en instaurant le Nouvel Ordre Mondial de l’Information et de la Communication (NOMIC), à travers lequel l’Afrique devait être amenée à réfléchir sur une conception de l’information et de la communication qui constituerait un contre poids à la méthode plus souvent caricaturale sous laquelle leur continent était présenté par les médias occidentaux.

Cela exige bien entendu qu’ils mettent la main à la poche en formant non seulement des âmes et dotant leurs pays d’instruments fiables capables de concurrencer ceux des pays du nord, mais aussi en respectant les principes fondamentaux voulant que l’information soit conçue comme un droit et réponde de ce fait au texte de la déclaration universelle des droits de l’Homme. C’est donc dire que quelque soit la forme que devraient prendre les entreprises de presse sur le continent, elles ne devraient pas se voir imposer des vues autres que journalistiques par exemple pour gagner en crédibilité vis-à-vis de ceux à qui leurs services sont destinés. Or, que voit- on ?

Confusion de genres

S’il est plausible d’admettre que des médias tels Radio France Internationale (RFI), Voix de l’Amérique (VOA), British Broadcoasting Corporation (BBC), Deutsche Welle (DW), Radio Japon (NHK) et bien d’autres pour ne prendre que ces exemples très parlants informant le monde grâce aux dispositifs impressionnants qu’ils ont tous mis sur le terrain, dispositif humain, financier et technologique, ils ne se sont que très rarement départis des notions cardinales qui veulent que l’information ne soit livrée que lorsqu’elle est vérifiée et que soit partout respectée la clause de conscience qui permet à un journaliste de dénoncer la violation par son employeur de ses convictions souvent liées au respect des règles déontologiques et éthiques, d’où il se voit dans l’obligation de démissionner.

Ce qui logiquement fait naître la considération et oblige les gouvernants à se méfier de la définition qu’ils peuvent être amenés à donner à la communication médiatique et à ceux qui sont par ricochet chargés de la porter. Sous les tropiques, à la vérité, ceci a encore du mal à être conçu de la sorte, car l’on est presque souvent face à une centralisation du pouvoir, le pouvoir dictant sa loi et utilisant à ses fins les moyens et les acteurs de la communication. D’ailleurs, la plupart des Hommes des médias comme on a coutume de les nommer ne sont-ils pas des agents publics avec tout ce que cela a d’insinuations ? A ce rythme, peut-on penser construire une communication compétitive à même de s’opposer à celle qui nous est proposée par les pays de l’hémisphère nord autrement qu’en se coalisant et respectant les règles fondamentales et universelles régissant la pratique quotidienne du journalisme ?

Cette question nous renvoie directement à la gestion qui a été celle de l’Agence panafricaine de presse, PANA, et d’AFRICA N°I, deux médias nés dans les années 80 et qui ont tous montré leurs limites à cause de la ligne qui leur avait été assignée. L’on sait que l’agence dont le siège est à Dakar au Sénégal est le fruit de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) et que la radio africaine est, quant à elle, le produit de la coopération franco-gabonaise qui cachent tous deux des visions politiques imprimées par leurs créateurs qui n’ont eu de cesse d’agir sur la conscience des professionnels, les recadrant quand besoin se faisait sentir et les interpellant à tout moment sur les risques qu’ils encouraient de se mettre au travers des idées reçues. Voici l’une des raisons fondamentales qui expliquent la faiblesse de ces médias et ne leur permettent pas de jouer pleinement leur rôle dans un monde en pleine mutation où les défis de plus en plus nombreux sont multiformes.

Quand la gouvernance des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Allemagne ou du Japon est frontalement attaquée pour ne pas dire remise en cause par des médias nés de la mobilisation de l’argent du contribuable outre- atlantique par exemple, ceux de chez nous font dans la propagande et la complaisance, feignant d’ignorer que de leur implication et leur rendu dépendrait nécessairement et étroitement la direction que devraient prendre les évènements. A chacun d’en faire bonne lecture !


Dounguenzolou

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