Edito : DEVANT NOS RESPONSABILITÉS

lundi 27 janvier 2020 Speciales


Comment lutter contre le « brain drain », ce fameux système de captation des ressources humaines issues de pays étrangers utilisé couramment par les Anglo- saxons suivis par les Francophones aux fins de les rendre utiles à leurs pays et en tirer le maximum de profit, quitte à leur accorder sans conditions la nationalité ? Voici une question qui ne cesse de nous préoccuper aujourd’hui plus qu’hier au vu de l’état de sous- développement auquel font face jusqu’à ce jour nos pays qui ne nous laisse pas croire, qu’en dépit des messages rassurants distillés par les gouvernants, une lueur d’espoir pointe à l’horizon, ce d’autant plus que nous assistons en dehors du retard observé du point de vue des infrastructures, à une spoliation à la vitesse grand « V » de nos États par des « soi- disant » nationaux. Les Occidentaux qui ont l’art de vite comprendre les choses et d’adopter des politiques avant-gardistes savent que l’homme est le capital le plus précieux, ce pourquoi ils se battent autant que faire se peut pour lui assurer le confort nécessaire devant le dissuader de quitter son territoire qu’il devrait être convaincu de servir corps et âme. Tout le contraire de l’hémisphère sud qui, comme l’affirmait l’historien, « vit décidemment les moments passés en Europe » et semble pour cela s’enliser dans une paupérisation ambiante qui, si elle perdure, le menace d’extinction.

Non pas que les pays de cette partie du monde soient appelés, si cela perdurait, à disparaitre, mais simplement qu’ils devraient être menacés de dégringolade qui viendrait confirmer le propos de René Dumont, à savoir « l’Afrique noire est mal partie ». Que serait le continent qui au XXIème siècle n’éprouverait pas le besoin de comprendre qu’est- ce qui est à l’origine de son retard ? Qu’adviendrait- il d’un pays qui, alors que bien d’autres se battent pour épouser l’air du temps, en offrant à leurs populations le minimum vital, laisse volontairement le gros de ses troupes broyer du noir ? Est- il juste de croire dans ces conditions à la fatalité ?

Les réponses à ces questions, les pays de l’hémisphère nord s’emploient à les apporter au quotidien, ce qui leur confère le qualificatif de nations développées. Celles dans lesquelles l’on travaille à donner satisfaction et permettre aux populations de s’exprimer de jour en jour davantage, alors que certaines auraient couru sous d’autres cieux le risque de n’être que l’ombre d’elles- mêmes. A tous les niveaux, sommes- nous parfois au regret de constater quand nous ne pouvons être qu’admiratifs, de nombreux Africains ayant pris la route de l’Europe ou d’autres nations développées ou y ayant vu le jour, se comportent plutôt bien par rapport à nombre de leurs frères sur le continent. Serait- ce une fatalité ? On a envie de répondre que oui, alors qu’il faudrait peut- être prendre le problème de manière assez nuancée.

Des exemples parlants

Cheick Modibo Diarra, le nom de l’astrophysicien devrait être connu de la plupart des Africains, tant le technicien de la NASA, puissante agence spatiale américaine, Premier ministre devenu dans un certain gouvernement malien, a fait la démonstration du « génie africain » à travers le monde. Comme lui, d’autres Africains ont fait entendre la voix du continent sur la scène internationale, qui par leur érudition, qui par leur qualités, qui par leur savoir- faire, qui par leur faculté à s’adapter à des contextes diamétralement opposés à ceux qu’ils ont connus ou que connaissent les populations vivant sur leur terre d’origine ou dont sont originaires leurs parents.

En France, un certain ingénieur du nom de Koffi Yamgnane avait défrayé la chronique lorsqu’il fut élu Maire d’une des villes de l’Hexagone dans laquelle il s’était positivement illustré. Que dire d’historiens dont le Professeur Elikia Mbokolo et feu Ibrahima Baba Kaké qui ont contribué à perpétuer la « mémoire d’un continent » sur l’une des plus célèbres radios du monde, « Radio France International » (RFI) ? Dans le domaine sportif par exemple, plus n’est besoin de relater l’admiration et le respect qu’ont les Français pour Kylian Mbappé, les Italiens pour Mario Balotteli ou les Belges pour Romelu Lukaku. On a envie de se demander que serait devenu, pour ne citer que cet exemple qui honore parmi tant d’autres les footballeurs gabonais en particulier, les sportifs en général, Pierre-Emerick Aubameyang s’il n’avait pas eu pour théâtre d’opération initial la France, l’Allemagne et aujourd’hui l’Angleterre ?

La question des paradigmes

C’est, croit-on, parce que l’environnement s’y prête que nombre de gens dotés d’un minimum de capacités ont des facilités à éclore. Et lorsque nous parlons d’environnement, nous prenons le mot sous toutes ses acceptions en commençant par la psychologique, car qu’est- ce qu’un être évolué s’il ne vit pas en harmonie avec sa conscience et s’il n’est pas traité de la manière la meilleure qui soit ? C’est, peut- on affirmer, parce que l’essentiel des nations du nord a compris qu’il faut d’abord placer l’homme dans des conditions acceptables et lui faire confiance que ce dernier a tendance à le leur rendre, comme qui dirait, au centuple. Contrairement à la plupart des pays de l’hémisphère sud qui continuent de croire qu’en marginalisant la majorité de leurs populations au profit d’un groupuscule d’individus, peut- être pas rentables dans le fond pour la société, ils assurent à la classe dominante sa pérennité et perpétue la « race supérieure », oubliant ou feignant d’ignorer que c’est la quête permanente de l’équilibre social, de la justice et de l’équité qui fait un grand État. Puisqu’elle constitue l’une des voies les plus sures pour éviter la fracture, les incompréhensions, les divisions, le désordre, pour ne pas parler des crises.

La balle dans notre camp

Chez les autres, en France par exemple, un ancien président dont nous taisons le nom pour des raisons de convenance personnelle, avait lancé le concept « d’immigration choisie » comme pour signifier en substance à la suite de Jacques Foccart que la France ne devait pas prendre toute la misère du monde…En d’autres termes, il est clair que pour ces hommes politiques français, il ne servait à rien, mais alors strictement à rien, que leur pays reçoive en masse des « bras cassés » pour évoquer le cas de ces personnes invalides ou incultes dont il se passerait volontiers pour privilégier la venue sur son sol d’immigrés porteurs de valeur- ajoutée sur lesquels il compterait pour mieux affronter les innombrables défis de l’heure. Cette vision devrait pousser l’Afrique à se ressaisir et à soigner ses populations en leur garantissant un meilleur système sanitaire, une éducation satisfaisante, un emploi dans la mesure de ses moyens, un toit, en somme de bonnes conditions d’existence qui les épargneraient d’aller chercher au prix de leur vie parfois refuge ailleurs.

Comment admettre que certains pays dont le revenu par tête d’habitant est similaire quand il n’est pas supérieur à celui de certains pays de l’hémisphère nord, ne puissent pas assurer le minimum vital à leurs citoyens ? Alors qu’il s’y trouve des gens insolemment « riches » qui ne sont pas capables d’expliquer logiquement la provenance de leur fortune, sauf à narguer leurs compatriotes à qui ils se plaisent, pour ceux qui accordent encore le minimum de crédit à leurs propos, à raconter que c’est le fruit de leurs efforts.

La loi des pesanteurs

Pendant ce temps, la majeure partie de la population qui croupit dans un dénuement indescriptible vit, comme le diraient les économistes, en dessous du seuil de pauvreté et multiplie des nuits cauchemardesques qui se traduisent par un dégoût de vivre dans un monde essentiellement marqué par l’injustice et la marginalisation qui poussent certains d’entre eux envisager d’autres comportements pour se tirer d’affaire. Souvent difficile dans un contexte où cela relève en vérité d’un parcours du combattant qui s’avère parfois suicidaire. Si les Camara Laye avaient fui leur pays, la Guinée, pour échapper à la « dictature » d’Ahmed Sekou Touré, d’autres Africains quittent aujourd’hui le leur parce que las de subir la maltraitance. A ceux- là, on fait croire en l’existence d’un eldorado loin de chez eux quand bien même, il leur est sans cesse servi des propos du genre « on n’a pas de pays de rechange ». Si l’argent que l’on prend chez soi est maintenu dans des banques étrangères, dans quelle mesure peut- il servir au développement de l’Afrique ? Si notre continent se vide de ses têtes pensantes qui exportent leurs connaissances et leur génie, que deviendra l’Afrique dans un contexte de mondialisation ? Si, alors que l’on déclare les puissances européennes en train de connaitre un phénomène de vieillissement de populations, celles- ci nous prenaient comme elles savent le faire nos bras valides comme au bon vieux temps de la traite négrière, comment envisagerions- nous notre développement ? N’y- a- t- il par urgence à revoir nos politiques et nos mentalités, cela allant de pair, pour les adapter au siècle que nous traversons et être sûr de vivre paisiblement les soubresauts de l’histoire ?


Dounguenzolou

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