Edito : « Et si le Gabon refusait le développement ! »

lundi 24 décembre 2018 Speciales


Une chose est d’élever la jeunesse, une autre est de l’éduquer. Donner à manger par exemple ne suffit pas pour que l’on affirme urbi et orbi que l’on a assumé une œuvre éducatrice qui relève, elle, des mœurs, bonnes mœurs s’entend, de la bonne conduite des moins âgés par les aînés qui devraient logiquement avoir de l’ascendant sur eux. Quelle société n’a pas été bâtie sur les espérances placée en la jeunesse pour que la nôtre soit presque laissée à « l’abandon » ? Sait-on que les valeurs empruntées aux autres pour ne pas être toutes adaptées à notre environnement, ne méritent pas d’y être introduites et que fait-on pour que cela se réalise ? En d’autres termes, quels garde-fous mettons-nous pour y parvenir ?

Quand l’écrivain et homme politique français Alain Peyrefitte écrivait « Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera », ce n’était pas seulement pour mettre en avant l’exploitation et la mise en valeur des richesses du sol et du sous-sol et l’usage qui pouvait en être fait, mais aussi vanter le mérite du peuple chinois qui, comme son voisin japonais pour ne prendre que cet exemple en Asie, a su préserver sa culture et l’imposer à autrui. Pourquoi un pays comme le Gabon négligerait-il la « gabonitude » et la « gabonité » si pour paraphraser Léopold Sédar Senghor, il faut définir le premier des termes comme l’ensemble des valeurs culturelles du Gabon et le second comme la manière de vivre ces valeurs ? Quand on sait les deux pays suscités cités parmi ceux qui sont aujourd’hui regardés comme des modèles de développement ?

Les latins avaient-ils tort de recommander à l’Homme de se connaître soi-même à travers la fameuse formule : « homo cognosco te ipsum », pour ne pas affronter l’adversité la fleur au fusil ? Mais plutôt participer au « rendez-vous du donner et du recevoir » avec force arguments. C’est dire que tout être humain doit commencer par se connaître pour oser affronter autrui avec assurance. Pour ce faire, il se doit de travailler à l’affirmation de soi. Or, c’est visiblement le contraire chez nous où le constat est que la jeunesse qui croit évoluer au rythme de la société, société occidentale s’entend, perd, comme on le dit, les pédales, s’illustrant beaucoup plus par des actes blâmables que par ceux qui valorisent l’homme. Banditisme, alcoolisme, mimétisme, manque de civisme, irrespect, suivisme, vol, viol, gangstérisme deviennent de plus en plus son lot quotidien devant des aînés à la limite désintéressés, démotivés et parfois las.

Comment entrevoir un avenir meilleur quand ceux qui sont sensés impulser la dynamique hésitent ou tournent carrément le dos à s’impliquer dans les missions qui sont fondamentalement les leurs ? Dire que les États sont en compétition à travers leur jeunesse qu’ils s’emploient du mieux qu’ils peuvent à instruire et moraliser pour en faire des cadres imbus de patriotisme qui sauront se servir des legs des anciens et tailler à leur pays un statut reconnu à l’échelle internationale. Ainsi, pourraient-ils être sûrs de dominer sur les plans politique, économique, culturel et sportif, et oui, sportif, car, sait-on par exemple qu’aux Etats-Unis, les champions proviennent pour la plupart des grandes écoles et universités ?

« Comme on fait son lit, on se couche ! »

Ce qui démontre que l’on est au pays de l’oncle Sam très certainement soucieux du « mens sana in corpore sano », de donc veiller à ce qu’à l’intérieur d’un corps sain sommeille une âme sainte. Or, l’on semble constater le contraire chez nous où la jeunesse que l’ancien président Omar Bongo Ondimba qualifiait de sacrée est presque vouée aux gémonies, délaissée qu’elle semble être, même si l’on affirme dans les milieux les plus huppés qu’on lui prépare un avenir radieux. Du coup, observe-t-on des déviances dans les comportements qui vont de la débauche à la déperdition dans les études dans un pays où l’on clame pourtant haut et fort que l’on a l’un des taux de scolarité les plus élevés du continent. A cette allure qui laisse les jeunes presque face à leur destin, les parents, enseignants et autorités ayant dans la plupart des cas démissionnés, que penser de « l’avenir en confiance » et des lendemains ? Surtout devant le quotidien fait de paupérisation aussi bien au niveau financier, matériel qu’intellectuel de ceux qui sont sensés jouer le rôle de locomotive…

Le risque est qu’alors que les autres pays amorcent le développement en mettant au-devant de la scène l’homme, le citoyen, pour corroborer l’idée du scientifique américain « il n’est de richesse que d’homme », travaillant à la socialisation de l’être qui passe par une valorisation de son statut, l’on en est encore ici à se complaire des ratés dans l’éducation du Gabonais de demain qui parfois, parce qu’il manque de repères et d’idéal, se lance dans les travers les plus décevants au point de se constituer, à notre grande déception, loque, ne manifestant que très peu d’intérêt pour le respect du drapeau, malgré la réinstauration de l’instruction civique dans les établissements où ceux qui sont chargés de l’enseigner ne brillent pas par des comportements « haut de gamme ». Il y a des moments où l’on est tenté de paraphraser l’écrivaine camerounaise Calixte Beyala en nous exclamant : « Et si le Gabon refusait le développement ! »


Dounguenzolou

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