Edito : Incompréhensible sacerdoce

lundi 12 mars 2018 Speciales


Il a fallu aux syndicats de l’enseignement supérieur, SNEC et FRAPPE, recourir à l’arbitrage du ministre de l’Enseignement supérieur, Guy-Bertrand Mapangou, pour décider de la suspension du mouvement de grève au cours duquel ils demandaient la tête du recteur de l’Université Omar Bongo, le Professeur Marc-Louis Ropivia, qui a, alors qu’il n’était pas encore promu à ses hautes fonctions, passé le plus clair de son temps à faire des remarques sur le mode de gestion de l’institution dont il a depuis quelques années la charge, peut-être parce qu’il ne savait pas encore grand-chose sur son fonctionnement sur le double plan administratif et financier. Ce n’est en effet qu’arrivé aux commandes de ce « navire » qu’il apprend à ses dépens parfois la dure réalité du maniement du gouvernail.

Réclamer la démission du recteur, tout le monde aurait pu le faire, qu’il soit enseignant ou étudiant, mais encore faut-il comprendre qu’est-ce qui se passe dans la tête de ce dernier lorsque l’on sait qu’il est soumis à toutes formes de pressions académiques et budgétaires, sans compter que sur un plan purement administratif, il doit répondre devant la hiérarchie de la gestion de l’institution avec ce que cela comporte de non-dits. En effet, le recteur nommé en Conseil des Ministres ne fait pas les choses comme il le pense ou le pensait forcément, si l’on tient compte du fait qu’en dehors de sa stature d’intellectuel, il devient de facto acteur politique. Faut-il qu’il capitule face à n’importe quelle revendication ou doit-il se justifier chaque fois qu’on lui demande des comptes ? Oui et non. Oui, parce qu’il est insensé de ne pas instruire les collaborateurs sur le fonctionnement de l’université tout comme il n’est pas normal de ne pas vouloir donner des explications à des étudiants désireux pour éviter toute forme d’interprétation, non parce que tous les faits et gestes pour ne pas dire tous les actes que pose le recteur ont une connotation qui va souvent au-delà du caractère académique, eu égard au statut qui est le sien.

Quoi qu’il en soit, l’on se rend vite compte, lorsque l’on est propulsé à ce rang, que l’on n’est plus le même et qu’au contact des réalités, l’on se doit d’adopter un comportement en conformité avec celui que nous recommande ceux grâce à qui nous devons cette ascension sociale. Comme le prêtre qui sort du séminaire pour être ordonné, moment pendant lequel il signe les trois vœux dont celui de pauvreté et de chasteté, le recteur se doit de ne pas trahir le « secret » sur la base d’un document ou d’un accord tacite passé avec l’autorité de tutelle. Ainsi par exemple, si le ministre l’enjoint de poser des actes contre son gré, il ne lui est pas permis de décider le contraire, sauf s’il veut précipiter son départ de son poste. Vu sous cet angle, on est en droit de se demander s’il a réellement les mains libres comme le croient ses collaborateurs, prompts à le critiquer et si ces derniers peuvent donner des gages quant à leur capacité de braver l’autorité une fois promu à ces fonctions. Ceci pour dire simplement qu’il n’est pas facile d’être à la place de l’autre.

Songeons à l’avenir…

Certes, le rêve est permis, mais entre le rêve et la réalité sauf en cas du rêve prémonitoire, il y a souvent un fossé. Ce que subit aujourd’hui le Professeur Marc-Louis Ropivia, plusieurs autres parmi ses devanciers l’ont subi et pourtant, les choses semblent demeurer en l’état. Ce qui nous pousse à déduire que ce sont les adeptes de l’Ecole de Palo Alto qui ont peut-être raison, eux, qui pensent qu’il ne faut pas rechercher le mal dans l’individu, mais dans la société et que c’est celle-ci qui mérite d’être auscultée afin qu’il lui soit apporter les remèdes nécessaires à son bon fonctionnement. Dans une société où chacun est tenté de sauver sa peau comme on dit et où l’équilibre d’un élément conditionne celui de beaucoup d’autres, que croyez- vous qu’un recteur peut ? Cela ne signifie pas cependant qu’il doit se conformer à toutes les recommandations d’où qu’elles viennent. Après tout, que fait-il de son libre-arbitre, si jamais il en a encore un ?

Il est des tâches qui incombent au seul recteur ou à lui d’abord avant que d’ensuite être l’affaire de ses collaborateurs ou même de la hiérarchie, il en est également qui ne dépendent pas totalement de lui dans la gestion de l’institution au quotidien, mais qui requièrent malheureusement son arbitrage, ce pourquoi son ombre plane sur certains actes et décisions. Tous ceux des syndicalistes qui condamnent aujourd’hui Marc-Louis Ropivia ne sont-ils pas sensés le savoir ? Et que peuvent- ils s’il leur était donné d’accéder aux fonctions de recteur ? Les solutions aux problèmes de l’université gabonaise sont très certainement à aller chercher ailleurs que dans une guerre entre collègues, pourvu que chacun parle le vrai langage et adopte l’attitude, la vraie, qui le rapproche de la vérité, une vérité qu’il faut nécessairement voir en face, histoire de dire qu’il faut éviter de jouer les autruches.

Car, c’est ensemble que les universitaires bâtiront la « nouvelle université gabonaise », loin du divertissement dans lequel les confinent les politiques qui n’ont que tout à gagner de leurs divisions. Quelle université voulons-nous au XXIème siècle sur un plan strictement académique ? De quoi voulons-nous qu’elle dispose ? Qui voulons-nous à sa tête ? Comment entendons-nous la gérer au mieux pour que les enfants qui en sortent soient dignes de leurs prédécesseurs ? Quelle lutte commune devons-nous mener pour l’amélioration de nos conditions de vie et de travail ? Parce que les deux vont ensemble. Et contre qui devons-nous nous liguer pour que toutes ces questions trouvent des réponses appropriées ? Voici ce qui à nos yeux paraitrait essentiel à l’heure qu’il est si nous ne voulons pas que l’on déshabille saint Marc pour habiller saint… Amen !


Dounguenzolou

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