Edito : Journée citoyenne, quel écho ?

lundi 6 mars 2017 Speciales


Le Gouvernement gabonais a, depuis l’arrivée d’Ali Bongo Ondimba au pouvoir en 2009, décrété une journée citoyenne au cours de laquelle chaque Gabonais devait se signaler par ce que les scouts nomment une « B.A », entendez bonne action dans le sens de la préservation de l’environnement par ces temps où l’on annonce que la planète est plus que jamais menacée par l’action humaine. Bonne initiative, qui ne donne cependant pas lieu à un véritable engouement tant de la part des administrés que des dirigeants.

Il faut très certainement aller chercher la raison dans le fait culturel, car toutes les nations où les valeurs héritées des ancêtres ont été fidèlement reprises après eux par les jeunes générations à l’instar du Japon et de la Chine, émergent logiquement tant les actions qu’elles posent reposent sur un substrat. C’est dire que les générations montantes trouvent toute faite une infrastructure, des matériaux dont elles n’ont plus qu’à se servir pour bâtir leur environnement en le modélisant et adaptant au contexte. Au Gabon, les années d’avant les indépendances et un peu après, des enseignements étaient dispensés dans les établissements scolaires, enseignements qui portaient sur les règles d’hygiène, le travail manuel, la morale, que sais-je… aux fins de préparer l’esprit des apprenants à une meilleure prise en compte des phénomènes tournant autour de ces questions. Là, était formé le citoyen de demain à qui l’on inculquait des notions vitales et essentielles pour sa vie et celle de la communauté.

Mais, aujourd’hui, c’est à peine si l’on se soucie de former l’Homme, l’accent étant plutôt mis sur l’enrichissement indépendamment de la procédure adoptée. Comment voulez-vous qu’un enfant qui manque de repères soit performant quand on sait l’importance de la référence dans le cheminement d’un être humain ? La journée citoyenne résonne chez beaucoup de Gabonais comme un air suranné parce qu’elle ne repose pas sur des fondements solides. D’aucuns en parlent même pour en rire, car, estiment-ils, elle est décrétée à des fins autres qu’environnementales, s’appuyant sur le fait qu’au lieu qu’une autorité vienne depuis chez elle prête pour manifester son attachement aux principes de ladite journée, elle en soit à attendre l’apparition d’une chaîne de télévision pour vite se muer en travailleur volontaire, à la surprise générale.

Donner du sens à la sensibilisation véritable

A partir d’un tel constat, on peut se poser la question de savoir quelle image ladite autorité renvoie à ceux qui sont sensés l’accompagner. Cela démontre à suffisance
les limites dans la gestion de l’évènement comme pour dire qu’une journée de ce genre ne se décrète pas, mais doit faire en amont l’objet d’une sensibilisation efficace. A l’époque, quand l’Education populaire jouait encore pleinement son rôle, il lui revenait d’accomplir cette mission patriotique et pleine de vertu. Ses sports télévisés, ses affiches et ses émissions radio suffisaient à convaincre plus d’un de la nécessité d’adhérer à une politique publique. Or, de nos jours, semble-t-il, ses missions sont dévoyées non pas qu’il manque des cerveaux pour les entretenir, mais souvent parce que les autorités gouvernementales n’accordent que très peu de crédit à ce secteur pourtant vital.

Il est sans doute temps que l’on revienne à nos anciennes amours et que tout ce qui renvoie aux valeurs républicaines ait une place de choix dans nos agissements quotidiens. Sinon, comment se frayer un chemin dans un monde globalisé et être digne de respect ? Nous voulons par là signifier qu’une journée citoyenne doit être d’abord affaire d’intériorité parce que le citoyen doit être touché psychologiquement, avant que d’être la résultante d’un arrêté ou d’un décret. Même s’il est fondé d’avancer que tout est politique, il est également vrai de reconnaître que tout acte qui ne prend pas en compte la dimension humaine, le façonnement de l’être, n’aura que très peu d’effet sur ce dernier. Or, croyons- nous savoir, c’est l’effet contraire qui est recherché.


Dounguenzolou

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