Edito : La fête pour les uns, pas pour les autres !

lundi 23 décembre 2019 Speciales


Elle est, pourrait-on affirmer, loin l’époque où les Gabonais donnaient une signification particulière aux fêtes, surtout celles de Noel et du 1er janvier encore appelée « jour de l’an ». L’engouement qui précédait ces événements en général heureux au vu de ce qu’ils peuvent revêtir comme symboles a, semble-t-il, laissé la place à une sorte de mélancolie, causée par l’impossibilité de nombre d’entre eux à festoyer dignement avec leur famille ou avec des collègues, amis et connaissances. Et pour cause, ils seraient pendant ces jours pourtant chargés de sens, privés de ce qui peut les amener à exulter.

Naguère, les populations gabonaises manifestaient une réelle joie à l’approche des fêtes de fin d’année, à savoir celle qui commémore la naissance de l’enfant Jésus et celle marquant la rupture d’avec l’année précédente que l’on voulait voir disparaître avec son lot d’inconvénients. Non pas qu’elle ne fut que mauvaise au point d’affliger certaines âmes pour ne pas dire la majeure partie des citoyens, mais parce que justement les désagréments avaient souvent pris le dessus sur le plaisir. Raison pour laquelle, de l’avis général, il fallait tourner la page.

Les citoyens, notamment, attendaient des dirigeants qu’en dehors des assurances, ils soient capables de vite passer de la parole aux actes. En somme qu’ils se lancent dans la praxis afin de remplacer le spleen par l’idéal. La joie était partagée, nous souvenons- nous, puisque tout le monde percevait son salaire avant même les fêtes et pouvait comme ses concitoyens préparer l’événement en toute sérénité. Il n’y avait pas que les plus nantis qui pouvaient profiter de ces instants particuliers, les quartiers vivant à la même heure que la présidence de la République qu’illuminaient de gigantesques feux d’artifice à faire pâlir d’envie les esprits les plus faibles et intéressés. Qu’est- ce à dire ?
Que, eux aussi, connaissaient une animation des grands jours avec la contribution et la prestation des orchestres ou des groupes socio- culturels que comptait la ville où que l’on soit sur le territoire national.
A la vérité, aujourd’hui n’est plus comme hier quand on sait les populations en train de se morfondre pour la plupart dans leurs pénates, attendant impatiemment que ces journées du 25 décembre et du 1er janvier passent pour vaquer à leurs occupations puisqu’elles semblent ne pas se sentir concernées, si ce n’est virtuellement, par ces « folles journées » auxquelles elles auraient pourtant été associées de manière équitable s’entend, étant établi qu’elles ne peuvent pas toutes « manger à la table du roi ».

Créer les conditions d’un rapprochement

La fête, voilà un mot, pour ainsi dire, qui avait une résonance particulière aux oreilles des Gabonais quand on se souvient qu’ils observaient parfois de longs jours d’inactivité qui obéraient certes les capacités du pays à asseoir son développement, car plusieurs jours sans activités pour les entreprises, pour ne prendre que ce cas, étaient lourds de conséquences, sachant que 24 heures seulement de repos ne se rattrapent jamais quoiqu’on dise et que toutes les sociétés développées ne sacrifieront pas pour aussi longtemps le travail pour la jouissance, rien que la jouissance ; de longs jours d’inactivité, avons- nous dit, qui servaient cependant à quelque chose.
Pas uniquement à faire la fête, mais aussi à se sentir proche des autres et à ne point stigmatiser le comportement des dirigeants souvent accusés d’installer sciemment et volontairement la fracture sociale pour en quelque sorte vassaliser les populations dont ils se servent comme marche- pieds.

Que peut en effet procurer comme vision dans un environnement où chacun, quel que soit le petit laps de temps, est comme forcé d’oublier ou de refouler ce qui lui fait le plus mal : la précarité, les mauvaises conditions de vie et de travail à l’origine de la plupart des mouvements sociaux ? Même si quelques temps après, il replonge naturellement dans « son monde » fait d’injustice, d’ostracisme, de paupérisation, dire qu’il vit dans un « paradis terrestre » au sens où Dieu aura doté son pays de tout ce qu’il faut pour qu’il se développe et fasse bénéficier à tous ses ressortissants et non seulement à une minorité de l’exploitation de ses énormes ressources, malheureusement périssables, qui menacent à moyen ou long terme de tarir avec les conséquences que l’on peut imaginer.

Quelle place pour le partage ?

Il n’y a qu’à se souvenir de ce qu’ est aujourd’hui de la ville de Mounana et de ses populations qui, en dehors d’être menacées par les effets de la radioactivité, n’ont pas osé imaginer l’avenir en pensant par exemple, comme on le dit pour l’après- pétrole, à l’après- uranium. La fête, puisque c’est elle qui nous conduit à ce développement, nous devons l’avoir, avons- nous envie de dire, en partage en offrant à temps à chacun la possibilité de la vivre de façon agréable pour que personne n’ait rien à regretter, c’est aussi cela le partage si cher à Ali Bongo Ondimba, le président de la République gabonaise, qui en fait son cheval de bataille, lui, qui a si sagement avancé qu’il ne sera heureux que lorsque chaque Gabonais sera heureux. Les moments festifs, eu égard au fait que le gouvernement peine jusqu’ici à mettre en musique « l’Avenir en confiance », son projet de société, peuvent être mis à profit pour faire oublier, ne serait- ce qu’un temps, la triste et morne réalité dans laquelle le gros de la population plonge l’essentiel des jours de l’année.

Cela peut avoir l’air de divertir, mais pris à sa juste valeur, il peut y avoir comme affichée une volonté de montrer à quel point l’on a de la considération pour tous les Gabonais qui n’auraient plus logiquement à réfléchir sur le comment vous le rendre. Ce que nous disons de la fête et pas de n’importe laquelle, car il s’agit, rappelons- nous, de Noel et du 1er janvier, peut être valable pour d’autres événements, mais nous nous sommes volontairement arrêtés sur ces deux, circonstance oblige.


Dounguenzolou

Répondre à cet article

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom

Articles relatifs