Edito : LA POLITIQUE COMME ART DE S’ENGRAISSER

lundi 4 novembre 2019 Speciales


Sous d’autres cieux bien connus, les hommes politiques sont tenus de faire une déclaration de leur patrimoine au moment où ils accèdent à de hautes fonctions. Chez nous, à entendre le ministre en charge de la bonne gouvernance, Maître Nkéa Ndzigue, les responsables sont également tenus de le faire, sauf que cela ne transparait pas vraiment. En effet, ici, plus qu’ailleurs, l’homme politique, même le « plus chétif » au moment de prendre ses fonctions, donne l’air d’être « repu » quelques temps seulement après et mène un train de vie insolent. Certains compatriotes qui les accusent de mettre la main dans les caisses publiques n’ont peut- être pas totalement tort tout comme ils peuvent avoir tort d’avoir raison !

Faire de la politique sous nos cieux est assimilé à « aller à la soupe », c’est- à- dire répondre à l’invitation des tenants du pouvoir pour s’en mettre plein les poches, y compris au détriment du contribuable ou du pays. Cela a été maintes fois démontré par les différents procès dont sont victimes de hautes personnalités quoique la plupart d’entre elles soient en rupture de banc et n’ont pas daigné garder le mutisme, ruant dans les brancards et considérant, comme l’affirmait en son temps le maréchal Mobutu Sese Seko, que celui qui leur a arraché le bifteck de la bouche est un homme à abattre.

Combien le Gabon ne compte-t-il pas d’aigris qui s’étaient jetés en politique pour paraître dans toute l’acception du verbe ? Ils sont pour beaucoup encore vus du côté de « l’opposition » dès qu’ils ont perdu quelques poils au lieu d’aller sagement méditer sur leurs errances supposées ou réelles. Ruminant leur colère en sourdine pour les plus lâches ou multipliant des conférences de presse pour justifier leur position actuelle pour les plus courageux. Devrait- on tous leur accorder une oreille attentive après avoir même observé qu’ils étaient éloignés au meilleur des cas, très éloignés au pire des cas, de ceux qu’ils tentent de rallier à leur cause ? Que peuvent cacher toutes les trahisons venant d’hommes qui ont, semble-t-il, juré de veiller à ce que la volonté populaire soit à jamais appliquée ?

Au Gabon, la transhumance n’est plus un secret pour personne car elle est vieille comme le temps. Tout le problème est de lui trouver une explication allant au-delà des justifications apportées par ceux qui se distinguent des autres par cette pratique qui laisse entrevoir un manque de principe se résumant à la satisfaction des plaisirs charnels et non idéels, car les idées, ce n’est pas cela qui importe le plus souvent quoiqu’elles servent souvent de paravent pour justifier une prise de position au demeurant illusoire. C’est quoi pour beaucoup l’ « Éveille- toi Gabon » de l’Hymne national « la Concorde » ? De la poudre aux yeux puisqu’eux ne rêvent que de se satisfaire en choisissant le tremplin le plus sûr de leur avis, « la politique ». Rouler carrosse, accumuler des fortunes, être à l’abri du besoin, avoir de l’ascendant sur ses concitoyens à qui l’on impose bon gré malgré ses vues, se placer, comme on a coutume de le dire, sous un parapluie, voilà ce qui le plus importe à nombre d’entre nos politiciens en dépit du discours qu’ils tiennent souvent pour la circonstance.

Plaidoyer pour un changement de mentalité

Et c’est cela qui explique en partie le malaise ressenti par leurs compatriotes résignés ou décidant de faire entendre leur voix par n’importe quel moyen. Tant pis pour la fracture sociale que cette attitude engendre, pourvu que l’on soit aux affaires et que l’on n’ait de comptes à ne rendre à personne. Qu’est- ce que par exemple un ministre sous d’autres cieux, ceux que l’on dit civilisés ? Un humble serviteur qui est susceptible d’être épinglé chaque fois que son rendement ou son comportement sont l’un ou l’autre remis en cause. A ce titre, il doit veiller à montrer patte blanche pour ne pas que la loi qui ne disculpe personne ne le rattrape. Des Latins, nous apprenons d’ailleurs que dura lex sed lex, entendez « la loi est dure, mais c’est la loi ».

Ici, on peut du jour au lendemain remplir ses valises de billets de banque, avoir un compte en banque exceptionnellement garni, posséder des châteaux à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, entretenir des milliers de maîtresses, jouir de l’impunité selon son bon vouloir, tout cela sans que même la conscience ne nous rappelle ce pourquoi nous sommes appelés dirigeants parfois pompeusement. Les hommes politiques, même ceux se réclamant de l’opposition et qui disent avoir le mérite de ne pas gérer, ne doivent pas se départir de l’idée selon laquelle ils sont ceux sur qui devraient s’appuyer leurs compatriotes pour soigner leur conception de la chose publique, de la « res publica », ce pourquoi ils doivent se présenter comme des exemples à suivre. Ne pas daigner le faire, c’est laisser libre cours au libertinage qui conduit souvent à des dérives regrettables. Le « faites ce que je vous demande de faire, mais ne faites pas ce que je fais » que l’on a souvent attribué aux hommes d’église ne devrait pas guider le cheminement politique de tout individu puisque de lui peuvent découler de nombreuses faiblesses qui, si elles ne sont pas réparées à temps surtout de manière appropriée, peuvent menacer le politique de manque de considération vis- à- vis des gouvernés. D’aucuns que nous n’avons pas droit de citer parce qu’ils n’on visiblement pas l’heur de plaire en ont fait les frais au point qu’ils ont été pour beaucoup jetés dans les poubelles de l’histoire quand ils n’en sont pas simplement sortis par la plus petite des portes.


Michaël Moukouangui Moukala

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