Edito : « NTCHE NGANI »*

lundi 5 novembre 2018 Speciales


Les jeunes des générations 70- 80 se souviennent, s’ils n’étaient pas distraits, de l’opus de Pierre-Claver Akendengué « Ntche Ngani » qui avait fait couler beaucoup d’encre et de salive à l’idée, comme nombre de politiciens de l’époque l’avaient traduit, non sans comprendre la quintessence du discours livré par le musicologue, comme une volonté d’afficher sa xénophobie et d’attiser celle-ci dans l’esprit de ses compatriotes vis-à-vis de la première institution du pays. Il n’en n’était rien lorsque l’on s’explique simplement qu’il s’agissait pour cet esprit futuriste d’inviter ses sœurs et frères à ne pas considérer le Gabon comme autre chose que chez eux. Ce qui revient à dire qu’ils devraient penser qu’ils n’ont pas de patrie de rechange.

Le pillage des ressources nationales, leur spoliation, l’exportation de nos richesses vers d’autres cieux, la haine de son prochain, la précarité dans laquelle nous le plaçons, son éloignement voulu des pôles de décisions, sa vulnérabilité face à un environnement en perpétuelle mutation, œuvre de « patriotes », uniquement guidés par l’appât du gain, l’individualisme et la boulimie, sont-ils de nature à développer le discours rassembleur que tiennent nombre de nos politiciens ? Ou simplement propres à nous faire croire pour le déplorer que soit nous, soit les auteurs de tels actes vivons comme des « étrangers » dans notre propre pays avec tout ce que cela a d’insinuations ?

Faire de la politique, à quoi cela rime-t-il pourrait-on se demander s’il s’agit pour ceux qui ont les rênes du pouvoir de s’appuyer sur les idées développées par les Borgia et vulgarisées dans le best-seller de Nicolas Machiavel « le Prince », au lieu de s’asseoir sur une philosophie en tant que manière d’être et de la pratiquer telle qu’héritée d’Aristote. En d’autres termes, le pouvoir doit-il être simplement conçu comme un objet dont l’usage s’explique par la confiscation des libertés, l’appauvrissement et l’avilissement du prochain ou comme une recherche effrénée visant la satisfaction des besoins élémentaires d’autrui ?

« Il n’y a pas de bon pays pour les pauvres ! »

Est-il normal que, malgré le fait que l’on dise appartenir à un pays, l’on donne l’impression de ne pas en être ressortissant ? N’est-ce pas fort d’un tel constat que Pierre-Claver Akendengué s’était fendu en deux, défendant ses origines et vilipendant ceux chez qui il ne trouvait aucune excuse de laisser le plus grand nombre sur le carreau, s’interrogeant à l’occasion s’ils étaient comme ces derniers réellement issus du même bled ? Même son « sa gunu, sa gunu » n’a apparemment rien pu faire pour tordre le cou à leurs desseins machiavéliques. Pourquoi, diantre ont-ils conçu le monde sur la base de divisions qui n’ont pour seule explication que l’appartenance à des obédiences ou des familles ?

Alors qu’ils sont les premiers à avoir recours aux autres lorsque la détresse frappe à leur porte comme s’ils étaient les seuls à l’entendre cogner ? Cependant, le grand monde, celui que l’on désigne par l’expression « citoyen lambda » est celui qui est soumis à un traitement à la limite de l’acceptable, obligé qu’il est tous les instants de sa vie à se poser la question de savoir de quoi demain sera fait et s’interrogeant sur sa raison d’exister. Réduit qu’il est au silence, il semble cruellement manquer d’avocat quand bien même il croit savoir pour l’avoir toujours appris qu’il évolue dans un environnement où prédomine le droit au sens où l’entendait Jean-Jacques Rousseau dans « Le Contrat social ».


Dounguenzolou

* « NTCHE NGANI » entendez-par là la terre d’autrui, par extension le pays d’autrui en langue omiénè (Ndlr : une langue essentiellement parlée dans l’Estuaire, le Moyen Ogooué et l’Ogooué Maritime).

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