Edito : PLAIDOYER POUR UNE VALORISATION DE L’AGRICULTURE

samedi 27 avril 2019 Speciales


Expression très souvent usitée dans les pays de l’hémisphère sud, « l’autosuffisance alimentaire » semble le plus souvent être conçue comme le fait pour eux de produire abondamment sans se soucier des facteurs qualité et quantité. En effet, cette expression voudrait à nos yeux signifier que des moyens tant humains que financiers et matériels ont été mobilisés pour d’abord satisfaire la consommation locale, avant que d’ensuite exporter le surplus en direction de l’extérieur où les produits doivent défier la concurrence et être appréciés sur le marché pour que cela puisse rapporter non seulement aux commerçants, mais aussi aux différentes filières impliquées dans la commercialisation. Que faut- il grosso- modo à un État qui se respecte pour qu’il arrive à satisfaire la consommation alimentaire de ses populations ?

Au sortir de la colonisation et avec l’avènement des indépendances, l’agriculture africaine était essentiellement une activité de subsistance qui se pratiquait pour la satisfaction des besoins des foyers et des villages, le troc qui était en vigueur permettant aux différentes composantes sociales d’échanger les produits des plantations, de la pêche et de la chasse.

Avec l’évolution, de nouvelles pratiques sont venues influencer les habitudes en ce sens qu’elles ont introduit au sein des villages et des villes, de nombreux ruraux migrant par le procédé de l’exode rural, le commerce moderne manifeste dans l’échange d’un produit contre de l’argent. Aussi bien les villages que les villes ont connu un développement lié aux nouvelles technologies, ce qui les prédispose aujourd’hui plus qu’hier à muer en « cités modernes ».

Mais alors qu’outre- Atlantique, les décideurs ont opté pour la mécanisation, histoire de nourrir toute la population en proposant à chaque composante ses goûts, l’Afrique est le plus souvent restée une terre sur laquelle se pratique une agriculture industrielle basée sur la production de l’arachide ou du palmier à huile par exemple, se tournant vers l’extérieur pour l’importation d’aliments de base tels le riz, la banane, le tubercule de manioc, le taro, l’igname et autres n’étant qu’insuffisamment exploités lorsque l’on tient en effet compte de l’évolution démographique et des mentalités. D’où la principale difficulté qu’éprouve le plus grand nombre de pays africains pour répondre avec à- propos à la problématique de l’autosuffisance alimentaire. Il est curieux de constater que même là où les terres sont dites fertiles et que cela est démontré par les agronomes, ceux- là à qui l’on doit nécessairement se référer quand il s’agit d’évoquer ou de réfléchir sur les politiques agricoles, les gouvernements peinent quand ils ne se montrent pas simplement négligents, à asseoir des schémas porteurs susceptibles de conduire leur pays vers l’autosuffisance alimentaire qui, parce qu’elle est finalement perçue comme une chimère, est attendue par les populations comme les chrétiens disent attendre le retour du Christ.

Conséquence : ces affirmations reflétant la réalité, cas exceptionnel sous nos cieux, faisant état de dépenses publiques colossales se chiffrant parfois à plusieurs centaines de milliards annuels qui masquent selon certaines indiscrétions la collusion entre les spécialistes de l’import- export et les gouvernants qui prennent sans être visibles une part active dans cette activité plutôt lucrative.

Nécessaire mise au point de politiques incitatives

Dommage que ce soit encore les pays qui paient le lourd tribut de ces pratiques peu orthodoxes, les ministres par exemple étant interdits de commercer, parce qu’ils doivent souvent subventionner. Il est des endroits où des cultures vivrières ont par le passé été introduites dans les activités agricoles avant d’être arrêtées sans que les populations n’aient aucune explication, dire qu’elles sont nombreuses à avoir bénéficié d’une formation pour poursuivre l’œuvre « d’étrangers venus nous apporter leur force de travail ». Comment imaginer l’autosuffisance alimentaire quand la production reste cantonnée sur d’autres produits que les vivriers ? Comment également assurer sereinement le développement quand l’on fait fi des principes internationalement reconnus qui veulent que l’industrialisation d’un pays commence par celle du secteur agricole, les matières premières n’intervenant en réalité qu’au stade de la rente ?

L’agriculture est pourtant un secteur d’employabilité des jeunes, encore faut- il qu’elle réponde aux standards actuels, un moyen de fixation des populations qu’elle s’assigne pour mission principale de nourrir en dehors du fait qu’elle est une véritable niche d’entrées de devises. Elle demande du travail et de la patience « tu mangeras ton pain à la sueur de ton front », mais ce n’est pas pour cette raison qu’elle doit être assimilée aux douze travaux d’Hercule et qu’elle doit pour cela être reléguée au second rang loin derrière les cultures de rente non- renouvelables qui nous attirent trop de convoitises, cultivent les conflits, la néo- colonisation et exposent, comme c’est le cas des matières premières tels l’uranium, pourquoi pas les populations aux radiations. Non pas qu’il faille par pure objectivité économique abandonner le commerce de nos matières premières qui participent du renflouement des caisses publiques et de la vitalité de nombre d’États sur le continent, mais des économies seraient nécessaires si l’on se mettait à fond et concrètement dans l’adoption de politiques agricoles bien pensées, celles qui ne se font pas dans un esprit fantaisiste, mais demandent que l’on soit profondément convaincu par les actes que l’on pose. Ce ne sont pas les exemples de réussite qui manquent pour amener les uns et les autres marcher sur la bonne voie.

L’Afrique recèle d’États dans lesquels les gouvernants ont pris sur eux l’engagement de faciliter aux populations l’accès à la nourriture de qualité et en quantité sachant de quel apport elle est pour elles et par ricochet pour le pays qui sort grandi du fait simplement de posséder une main d’œuvre bien portante et utile prête à relever les défis de la modernité partout où elle est sollicitée et à répondre, mondialisation oblige, au « rendez- vous du donner et du recevoir ». Il faut aux autres s’imprégner humblement de ce qui s’y fait pour, eux- aussi, être cités en exemple et voir l’indice de développement humain (IDH) croître, « l’homme étant la mesure de toute chose ».


Dounguenzolou

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