Edito : « Pour l’Afrique j’accuse »

lundi 10 juin 2019 Speciales


Qu’il nous soit permis de reprendre à notre compte cette phrase de l’agronome et africaniste René Dumont, également auteur de l’œuvre à polémique « l’Afrique noire est mal partie ». Certes, les mobiles l’ayant conduit à la rédaction de celle-ci n’ont fondamentalement rien à avoir avec les idées qui nous habitent aujourd’hui si l’on se situe dans les contextes de temps et d’espace, même s’ils sont susceptibles de susciter notre réflexion du moment, guidée, elle, par l’observation et le constat constituant le point de départ d’un raisonnement scientifique. C’est que sur le petit écran l’autre jour, la presse comme à ses habitudes projetait des images d’une rencontre entre autorités gabonaises en charge de la santé et une équipe de chercheurs hexagonaux conduite par une dame, venue entretenir ses interlocuteurs sur de nouvelles trouvailles visant à éradiquer deux maux menaçant terriblement les populations du sud du Sahara : le VIH et la Drépanocytose.

Ayant pris la mesure de l’évènement, nous nous sommes interrogés sur l’opportunité d’une telle démarche au-delà du fait qu’elle représente, à n’en point douter, une invite en même temps qu’une incitation en direction du Gabon pour qu’il soit, à l’instar d’autres pays africains, preneur une fois les thérapies évoquées mises sur le marché. Notre question est celle de savoir s’il faut en rester là, l’Afrique aspirant à devenir un continent tourné vers l’avenir ? Problématique majeure : l’Afrique du financement délections souvent truquées doit-elle en plein XXIème siècle continuer de demeurer cette terre infantile où rien ne pousse ? Si en effet, les autres continents affirment de jour en jour davantage leur avance sur elle, c’est bien sûr parce qu’ils se donnent les moyens de leur politique.

La formation des Hommes est prise très au sérieux et un environnement propice à leur éclosion leur est offert. Qu’est-ce qu’évoquer le financement de la recherche devant un Africain ? En d’autres termes, l’habitant de notre continent a-t-il saisi la sensibilité du sujet ou est-il suffisamment sensible aux questions touchant à la recherche ? Dans la plupart des cas, la réponse pourrait être : non ! Quoiqu’il y ait ci et là de nombreux instituts et centres qui ne le sont que de nom, parce que manquant cruellement de tout : Hommes ; financements et matériel. Nous laissant avancer qu’il n’est peut-être pas encore temps pour l’Afrique de prendre au sérieux, elle-même, l’éradication des maux dont elle souffre. Et pourtant, c’est cette même Afrique qui finance à coût de milliards de francs, ses élections, y compris avec la complicité des puissances planétaires et des organismes financiers internationaux, non pas qu’il faille reléguer au second plan la vie institutionnelle d’un pays ou d’un autre, mais simplement pour faire remarquer la disponibilité qui est celle des gouvernements à se mobiliser lorsqu’il s’agit de préparer des scrutins qui finissent malheureusement par créer plus de problèmes qu’il n’en règlent, alors que la vie des citoyens ne s’en trouve pas améliorée.

Cela devrait inciter à l’adoption de nouveaux comportements privilégiant le renforcement des politiques de recherche dans tous les domaines. Ce qui aurait pour avantage de faire reculer la pauvreté en commençant par accorder la primeur à la santé des populations qui, parce qu’elles se porteront mieux, seraient capables d’entreprendre et de faire profiter la communauté des retombées de leurs actions. Financer la recherche, même si l’on affirme à juste titre que cela coûte cher, est nécessaire à tout pays qui ambitionne d’entrer dans le concert des nations par la grande porte. Un chercheur dévoué peut-il lui seul y parvenir ? L’égyptologue sénégalais Cheick Anta Diop du fond de sa tombe devait être questionné sur le sujet tout comme Donatien Mavoungou qui depuis des années travaille sur l’IM28 au Gabon dont le laboratoire jouxtant l’ancien hôpital « Jeanne Ebori » n’a pu résister à la furie de ses adversaires, alors que ses travaux font l’objet d’une reconnaissance par la communauté scientifique mondiale et son collègue le Professeur Alain Ondo qui développe à l’endroit des enfants et en particulier de ceux souffrant de drépanocytose, des soins de qualité dans son institut universitaire « Jean-François Ondo », situé en plein cœur de la cité Damas à Libreville.

Dire qu’en visitant le Centre National de Recherche Scientifique et Technologique (CENAREST), en dehors de quelques structures comme le Centre International de Recherches Scientifiques (CIRMF) de Franceville et l’Institut de Pharmacopée et de Médecine Traditionnelle (IPHAMETRA), nous étions, il y a encore quelques temps ahuris de constater qu’il manquait même des éprouvettes dans certains laboratoires. Comment intéresser la jeunesse pour ne pas dire les Gabonais aux métiers de la recherche expérimentale car c’est celle-ci qui fait le plus défaut ? A ce rythme, les intelligences formées qui savent qu’elles ne sauraient trouver une oreille attentive et un cadre adéquat de travail sous les tropiques éliront domicile ailleurs avec pour conséquence de retarder le développement de leur continent qui demeurerait pour cela entièrement dépendant de l’extérieur. Les deux exemples que nous avons cités, à savoir le CIRMF et l’IPHAMETRA supporteraient-ils le poids des ans s’ils ne subissaient pas une cure de jouvence ou n’étaient pas adaptés aux évolutions technologiques ?

C’est dire qu’une chose est de les avoir implantés, une autre est de suivre leur évolution pour qu’ils ne tombent pas dans les oubliettes en n’étant plus capables de répondre efficacement à leurs missions parce que manquant de financements et d’hommes capables de leur donner une visibilité pour qu’on leur accorde la notoriété qu’ils doivent avoir. Nous ne voulons pas, qu’on nous le pardonne, être mauvaise langue, mais songeons à rappeler tout simplement aux dirigeants qu’il est plus que temps que nous sortions du discours démagogique pour nous singulariser par l’action si nous tenons à ce que l’émergence que nous appelons tous de nos vœux soit une réalité, le plus tôt serait le mieux. Certains pays en Afrique, dont le Gabon, en ont les moyens, ils ne pourraient donc pas être pardonnés d’avoir laissé un pan important de leur développement leur échapper par négligence ou mauvaise foi.


Dounguenzolou

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