Edito : Pour ma part …

lundi 15 avril 2019 Speciales


Comme bien d’autres téléspectateurs que l’avenir de nos enfants intéresse, j’ai suivi la semaine écoulée le débat télévisé entre ministre de l’Éducation nationale gabonais, syndicalistes, parents d’élèves, enseignants et apprenants sur la loi concernant les critères d’attribution des bourses, allocation pourtant conçue comme un motif d’encouragement et d’aide aux plus faibles pour minimiser la fracture sociale, loi apparemment prise unilatéralement par l’autorité ministérielle. D’où la querelle qui s’est installée à son sujet, des enfants scolarisés ayant visiblement fait preuve de maturité et non guidés par des Organisations syndicales comme avancé par le patron de l’Éducation nationale, ayant opté pour se faire entendre en prenant pacifiquement la rue comme en Algérie et au Soudan, bravant le traitement parfois inhumain à eux infligé par certains soldats « sans culture politique » pendant que de là où ils se trouvaient, de nombreux citoyens commentaient en les boudant des mesures qualifiées de scélérates.

Sans avoir pris connaissance de l’esprit des états généraux élaborés par les partenaires de l’Éducation à l’époque où Séraphin Moundounga assumait les fonctions de ministre de l’Éducation nationale, je crois que l’exposé fait par les débatteurs du soir de l’émission m’a suffisamment édifié pour que je sois capable aujourd’hui d’apporter mon jugement afin, contrairement à ceux qui ruent sur les brancards, que j’ose m’investir dans la proposition de solutions à une question plus qu’épineuse qui ne mérite pas que l’on jette davantage de l’huile sur le feu, mais que l’on joue plutôt les sapeurs pompiers avant que les flammes n’aient totalement consumé l’édifice.

On nous apprend que pour qu’un texte fasse l’objet d’une loi, il faut qu’au préalable il ait suivi un cheminement : proposé par le gouvernement dans le cas d’espèce, il doit ensuite être envoyé à l’Assemblée nationale puis au Sénat pour appréciation pour qu’il soit voté et inscrit sur la liste des moutures venant enrichir le paysage législatif. Avant qu’il ne soit exécutoire suite à la prise d’une loi dite d’application. J’ose croire que toutes ces étapes ont été franchies pour que le ministre de l’Éducation nationale se permette d’informer tous les Gabonais sur notamment la disposition selon laquelle un élève pour qu’il ait désormais accès à la bourse d’études devrait remplir les conditions suivantes : d’abord être âgé de 19 ans maximum lorsqu’il passe le Baccalauréat, ensuite obtenir une moyenne de 12/ 20 lors du passage de l’examen.

Selon les propos du Ministre de l’Éducation nationale qui n’a pas été contredit sur le plateau par ses interlocuteurs, cela est écrit noir sur blanc dans les états généraux de l’Éducation datant de 2011. La question que je me pose est celle de savoir pourquoi avoir laissé s’écouler autant de temps avant que de rendre cette mesure exécutoire ? Je ne manque pas également de m’interroger sur le fait qu’il soit nécessaire dans le contexte actuel de brandir cette « menace ». Eu égard au fait que trop de « difficultés » engendrant des insuffisances n’ont pas jusqu’ici permis au gouvernement de répondre favorablement aux exigences d’une école élitiste en commençant par construire plus d’établissements permettant de fourrer dans une classe pas plus de 35 têtes pour que l’on n’ait pas à adopter des mesures cavalières du genre celle qui fait transformer des écoles primaires en lycées.

Quid également des curricula quand on sait l’Institut pédagogique national (I.P.N), principal concepteur des programmes scolaires, miné par des maux se traduisant par une réelle inefficacité à assumer ses missions régaliennes ?

Autres préalables à « l’école des champions » souhaitée

Que dire de leur nombre ou encore et surtout des conditions de vie et de travail des enseignants tant décriées, ceux-là même à qui l’on demande tous les jours de se surpasser sans qu’il n’y ait des mesures d’accompagnement adéquates ? Mais en fait qu’est-ce qui a empêché les décideurs d’engager pour éviter d’être systématiquement contredits une étude sur l’échec scolaire, la déperdition ou les orientations pour être sûrs d’avoir une cartographie grandeur nature des raisons qui conduisent au retard observé chez bon nombre d’apprenants dans nos lycées et collèges, sans compter qu’une autre étude de terrain rondement menée par des sociologues et des psychologues pouvait renseigner sur les conditions dans lesquelles vivent la plupart des enfants en âge scolaire pour mieux cerner la réalité.

*
En somme, le gouvernement a- t- il pensé en amont régler les préalables avant qu’en aval, il ne vienne bonnement réclamer une « école des champions » ? Il ne faut pas à notre humble avis « mettre la charrue avant les bœufs » comme avancé par un interlocuteur du ministre le jour du débat que les Gabonais ont suivi, je le crois, avec passion étant donné qu’ils sont tous impliqués par ce qui touche à l’avenir de leur progéniture pour ne pas dire de leur pays. S’est-on un instant interrogé sur ce qui est fait des budgets alloués à l’Éducation, budget d’investissement et de fonctionnement, avant que de venir nous saupoudrer les yeux avec des théories certes révolutionnaires, mais qui n’auraient eu droit de citer, nous en conviendrons tous, que si les petits plats avaient au préalable été mis dans les grands, c’est-à-dire si une certaine logique avait prévalu à l’élaboration d’un projet dont la finalité serait l’École performante à laquelle semble aujourd’hui faire allusion le gouvernement de la République à travers le département de l’Éducation nationale ?

Ceci ne prouve-t-il pas à suffisance que ledit département a fait fi du terrain, lui préférant les bureaux cossus à partir desquels il prend des mesures impopulaires ? Et même si, n’aurait-il pas été raisonnable qu’il invitât autour de la table ceux qu’il appelle pourtant pompeusement partenaires comme il a fini par y revenir dans la journée du 14 avril 2019 pour éviter de les irriter et de mettre dans la rue des élèves de plus en plus conscients qui mesurent à quel point ils ne constituent plus la « jeunesse sacrée » à laquelle feu Omar Bongo Ondimba faisait allusion ? Inviter le bon sens et le pragmatisme D’aucuns avancent que la situation socio-économico-politique du pays gouverne à la prise de telles décisions visant à détourner l’attention des Gabonais de problèmes saillants qui affectent leur quotidien au nombre desquels le chômage, l’insolvabilité, l’oisiveté, la gouvernance, la démocratie avec son pendant l’alternance au pouvoir.

Si cela s’avérait vrai, le moment était-il bien choisi pour adopter une telle mesure ? Je crois qu’au contraire cela comportait la faiblesse de pousser les citoyens à aller fouiller dans les poubelles pour chacun en ressortir ce qu’il aurait trouvé et l’étaler dans la rue avec ce qu’il y a de risques de dysfonctionnements dans la marche de la République. Je crois humblement que les autorités auraient beaucoup à gagner en associant davantage les représentants des cellules sociales aux décisions qu’elles seront désormais amenées à prendre si tant est que celles-ci impliquent la société tout entière, le ministère est bienheureusement allé dans ce sens « vaut mieux tard que jamais ».

Ces derniers auraient comme moi envisager qu’alors que l’on entend de plus en plus dire que l’État veut réaliser des économies, ce pourquoi il est avec frénésie en quête de niches financières, n’aurait-il pas été plus facile qu’il s’attaquât de manière responsable aux gros salaires en y opérant des coupes sombres ou claires, selon les besoins, ou à son train de vie, combattant ardemment au passage la fuite des capitaux dont se rendent responsables des autorités gabonaises à en croire des rapports non démentis nous parvenant, au lieu de s’en prendre aux vulnérables apprenants dont la majorité est issue de familles modestes que n’épargne pas du tout la basse conjoncture puisque de l’avis du président de la République lui- même, les gouvernements qui se suivent se ressemblent, peinant tous à traduire dans les faits le projet de société « l’Avenir en confiance » sur la base duquel Ali Bongo Ondimba a été élu ?

En ce qui concerne les états généraux de l’Éducation querellés, fallait- il aujourd’hui, alors que beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, s’y conformer même s’il est admis que les hommes passent, l’administration, elle, demeure, ou au contraire s’en servir certes comme support de travail, mais engager une nouvelle réflexion associant tous ceux que la question intéresse pour donner au moins l’impression d’une adaptation à la nouvelle donne, d’une volonté et d’un travail en adéquation avec les réelles pesanteurs du moment. Après tout qui aurait intérêt à ce que l’arène s’embrase ?


Dounguenzolou

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