Edito : Quid de la solidarité gouvernementale ?

mardi 2 mai 2017 Speciales


Il se passe vraiment sous nos cieux des choses à la limite terrifiantes. A l’instar du fossé existant entre les paroles trop nombreuses et les actes ! Ce n’est un secret pour personne : depuis Omar Bongo Ondimba, la sempiternelle question de la « solidarité gouvernementale » est brandie comme un épouvantail. Mais, force est de constater que, si durant le magistère du deuxième président de la République gabonaise, les écueils ont plutôt, allions-nous dire, été bien dissimulés, depuis 2009, les divisions existant entre membres du gouvernement, fussent-ils du même bord politique, du parti au pouvoir quoiqu’ils se réclament de la majorité le plus souvent, est effarante. De quoi affirmer qu’il y a encore intérêt à ce que l’on explique à tous les ministres ce que recouvre la fameuse notion.

Tous ceux qui comme nous ont suivi lors de l’Emission « Le Ndzimba », le ministre de l’Education nationale, Florentin Moussavou, si leurs sens fonctionnent encore normalement, ont dû à l’analyse comprendre qu’il y a comme quelque chose qui ne tourne pas rond ici. Car, le membre du gouvernement est rendu responsable de trop de choses qui ne lui incombent pas à lui seul. Si les politiques du secteur dont il a la charge sont en vérité de son ressort, à lui en premier, reconnaissons que le recrutement et la finance, relève, eux, des ministères de la Fonction Publique, du Budget, de l’Economie, voire de la Prospective, si la machine de l’Etat est bien huilée.

Pourquoi, lorsque l’on évoque par exemple des questions aussi sensibles que celles du recrutement, des postes budgétaires à pourvoir, des projections au sujet des formations à venir, ne se réfère-t-on pas aux autres départements suscités ? Et pourtant, tout le monde sait par expérience que tout fonctionnaire est par définition agent de l’Etat et qu’il est donc recruté par le Ministère de la Fonction Publique, que son ministère de tutelle, le ministère de l’éducation nationale, s’engage à l’utiliser en faisant parvenir au département recruteur tous les éléments afférents à son statut, que l’économie et le budget doivent tout mettre en œuvre pour décaisser le « pognon » nécessaire à sa prise en charge et que la planification doit veiller, comme partout ailleurs, à ce que le recrutement se fasse en termes de besoins aussi bien humains que financiers.

Pourquoi alors donner l’impression qu’un seul doit rendre compte ?

Tout ceci pour dire que les questions souvent posées à Florentin Moussavou sont parfois déplacées et que s’il y répond, c’est par politesse, couvrant à l’occasion certains de ses collègues sur lesquels il aurait pu renvoyer bonnement la responsabilité. Ce que d’autres n’auraient pas fait. Cela nous donne par moment l’impression qu’au sein du Gouvernement existe des clans et des coutumes consistant à faire valoir une sorte de préséance en matière d’estime et d’engagement face au Gabonais.

En quoi la construction de salles de classe, pour ne citer que cet exemple, ne devrait-elle être que l’affaire du Ministre de l’Education nationale qui, nous le savons, ne peut rester silencieux devant la raréfaction du nombre d’écoles, de collèges et de lycées sur toute l’étendue du territoire national, au point de ne pas le signaler, appuyé qu’il est par les rapports des partenaires sociaux, syndicats de l’éducation nationale et associations des parents d’élèves, avec lesquels il travaille assez régulièrement, à qui de droit. A moins, dirait-on, qu’on lui demande, lui-même, de s’investir en lieu et place de l’Etat, dans la réalisation d’une telle tâche. Le comble chez nous, c’est que ce qu’il endure, et là Fridolin Mvé Messa, le Secrétaire général du Syndicat de l’Education nationale, Sena, l’aura reconnu lors du face- à- face avec son ministre de tutelle, date de bien longtemps, car ce n’est pas sous Florentin Moussavou que le problème des salles de classe pour reprendre cet exemple s’est posé avec acuité.

Non pas que nous voulions entièrement le disculper, mais vu la manière avec laquelle on l’accule et celle à l’opposé avec laquelle il se défend, on est en droit de s’interroger sur le niveau de ses responsabilités, n’en déplaise ! Histoire de dire que lorsque l’on accepte d’entrer au Gouvernement, c’est que l’on sait d’avance ce qui nous attend et que l’on est prêt chacun à son stade de responsabilité de jouer sa partition en harmonie avec ses collègues auxquels on est tenu de prêter main forte pour la réussite du projet commun visant, selon les propres termes du chef de l’Etat, la satisfaction du plus grand nombre, sinon de tous. Ne pas admettre cette logique devrait nous pousser à rendre, comme on le voit ailleurs, notre tablier.

Que dire du mutisme de la hiérarchie ?

Nous n’avons parlé ici que des Ministres, mais nul n’ignore que ces derniers ont à leur tête un chef, le Premier-ministre, qui, lui, est chargé de mettre en musique, aidé qu’il est par ses collaborateurs, le projet de société sur la base duquel le peuple a accordé sa confiance au Président de la République et par voie de conséquence de suivre au quotidien l’action gouvernementale aux fins de la recadrer à tout moment. Quelle est son degré d’engagement, avons-nous envie de nous demander, lorsqu’il s’aperçoit que quelques uns d’entre eux, au nom d’une raison parfois inavouée, ne s’implique que très peu ou pas du tout dans l’accomplissement des missions qui sont les leurs, quand on sait qu’ici, pas comme chez les autres, le ministre est loin de ressembler au « serviteur de l’église », prêt à se priver pour servir autrui au sens de son compatriote ?
Et quand le Président de la République, himself, est convaincu de la persistance de grains de sable dans l’engrenage émergent, pourquoi n’en fait-il pas cas, surtout à temps, avant que d’essuyer les quolibets des populations qui se lassent bien vite d’être continuellement abusées ? Pendant combien de temps va-t-on continuer à réaliser qu’un certain laisser-aller s’est définitivement installé au sein du gouvernement où des membres semblent n’avoir de compte à rendre à personne, même plus à ceux à qui ils doivent logiquement leur présence en son sein ? Nous posons ces questions non pas en néophytes, mais en tant qu’observateurs avertis de la vie politique, en tant que citoyens devant lesquels chaque membre du Gouvernement devrait rendre compte de son action. Sinon, à quoi servirait-il d’avoir instauré la démocratie comme système de gouvernance ? Ces questions, d’autres pourvus d’un peu de bon sens, encore que celui-ci est, selon René Descartes, la chose du monde la mieux partagée, se la posent en silence peut-être.


Dounguenzolou

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