Edito : Réduire une équipe, pour tenir les engagements ?

lundi 17 juin 2019 Speciales


L’on sait que le Gabon a comme par le passé sollicité l’intervention du Fonds Monétaire International (FMI) pour l’aider à restructurer la gestion de ses finances publiques. La pilule de l’organisation de Breton Wood, difficile à avaler, est celle qui fait aujourd’hui encore souffrir les Gabonais selon la version officielle, l’institution imposant souvent aux pays qui la sollicitent lorsqu’ils se sentent dépassés par les évènements, d’adopter des mesures « impopulaires » du type de celles changeant en le durcissant le quotidien des populations et présentées comme solutions aux problèmes obérant le développement. La réduction de la taille des gouvernements du reste pléthoriques composés pour la plupart du temps dans le souci de satisfaire ceux avec qui l’on a signé des pactes constituant l’une des exigences des bailleurs de fonds. Ainsi, l’équipe dirigée aujourd’hui par Julien Nkoghe Bekalé est-elle passée de 36 à 29 membres, vœu depuis des lustres de la grande majorité des Gabonais qui n’ont toujours pas compris à quoi cela sert à un pays d’à peine deux millions d’habitants, d’avoir une équipe gouvernementale de taille renforcée.

Certes la majorité des Gabonais interrogée a accueilli avec réelle satisfaction la réduction tant attendue du nombre des membres du gouvernement, mais il n’en demeure pas moins que les populations que l’on retrouve beaucoup plus dans les quartiers populaires que dans les zones huppées continuent d’émettre un doute, dirait-on, méthodique face à la conviction profonde animant leurs dirigeants de travailler à l’amélioration de leurs conditions d’existence, tant elles persistent et signent que des phénomènes comme la corruption, la gabegie, et autres seraient visiblement loin de s’estomper dans un environnement où l’impunité demeure d’actualité du fait des multiples collusions tissées entre ceux qui les pratiquent, collusions qui font que nombre d’entre eux restent libres de leur mouvement, alors que l’on s’attend dans la plèbe informée par le biais des réseaux sociaux quand cela n’émane plus de la rumeur comme d’habitude, à ce qu’ils rendent compte.

Osons compter sur la volonté affichée du Président de la République Ali Bongo Ondimba si l’on s’en tient du moins à son discours du samedi 8 juin 2019. Qu’à cela ne tienne, le nouveau gouvernement gabonais doit faire face à deux exigences majeures, la première étant celle d’obéir aux prescriptions du FMI pour que le Gabon continue d’être déclaré éligible auprès des institutions financières internationales, la seconde se situant au niveau de la préservation de la quiétude sociale, ce qui passe par l’assainissement des conditions d’existence des Gabonais qu’un récent rapport McKinsey qui ne vient qu’enfoncer une porte ouverte déclare vivre pour la plupart en deçà du seuil de pauvreté, tout le monde ou presque étant convaincu que la paupérisation des populations s’accélère dans un pays à revenu intermédiaire dont le statut devait être susceptible de transformer le niveau de vie du citoyen de manière, allions-nous dire, qualitative. 36- 29= 7, la nouvelle équipe Nkoghe Bekalé comporte donc sept membres de moins que la précédente, ce qui devrait constituer une économie substantielle, de même que le fait d’avoir supprimé de nombreux postes de Ministres d’État, en plus de la suppression de celui de Vice-président de la République qui devrait, lui aussi, permettre à l’État d’engranger quelques revenus, si tant est que l’argent naguère destiné à ces hauts fonctionnaires n’ira plus à la satisfaction d’activités ludiques en dehors d’être détourné, mais sera destiné au Trésor public pour qu’il soit investi utilement dans des opérations visant l’assainissement des conditions existentielles.

Allons dans les détails !

Au nombre de ces opérations, la construction de logements décents pour les populations, d’écoles et lycées pour accueillir de manière satisfaisante nos enfants et faciliter le travail aux personnels enseignants, de routes carrossables pour permettre une bonne circulation des personnes et des biens en toute saison et pourquoi pas booster la production paysanne, l’approvisionnement en médicaments des hôpitaux pour que les malades puissent être correctement pris en charge quand bien même l’on sait la Caisse Nationale d’Assurance Maladie et de Garantie Sociale (CNAMGS) déjà présente sur l’ensemble du territoire national pour régler les questions afférentes au coût prohibitif des soins de santé et des prises en charge médicales, l’obtention de la confiance des investisseurs parmi lesquels les propriétaires et responsables de sociétés et d’entreprises appelés à employer davantage de main d’œuvre qu’ils ne le font actuellement. Bref, l’actuel gouvernement ne semble pas avoir, à ce qui se dit, d’état de grâce, les Gabonais ayant trop attendu de leurs dirigeants qu’ils mettent concrètement en musique l’ambitieux projet de société « l’Avenir en confiance » sur la base duquel Ali Bongo Ondimba qui déclare : « je ne serais heureux que lorsque chaque Gabonais sera heureux » a été porté à la tête du Gabon à l’issue de la présidentielle d’août 2016.

Il n’est visiblement plus temps de discourir, la réalité appelant des actes forts et concrets pour faire oublier les lenteurs avec lesquelles se sont opérées les mutations sollicitées et promises quand elles ont pu l’être. Faire de la politique politicienne, c’est bien, être technocrate aussi, mais cela suffit-il à régler la lancinante question du panier de la ménagère pour cadrer avec la pensée profonde du citoyen lambda ? En d’autres termes, l’échec du nouveau gouvernement devrait-il lui être pardonné quand on sait que des moments d’embellie sont entrevus à l’horizon s’ils ne sont déjà perceptibles au point de donner des gages de garantie ?

C’est ici que doit être interrogée au premier chef la gouvernance qui, plus que d’autres pratiques, devrait être de nature à rassurer en même temps qu’elle devrait constituer un atout non-négligeable à l’accomplissement de projets porteurs et futuristes pour un pays qui rêve d’émergence à l’horizon 2025, une échéance déjà perceptible si l’on tient compte du fait que les années, comme l’eau sous le pont, coulent de manière torrentielle, finissant par représenter notre pire ennemi comme l’aurait affirmé l’homme de lettres. La nouvelle équipe qui visiblement trahi quelques éléments du deal des accords d’Angondjé est, peut-on dire, salutaire, puisqu’elle a le mérite de rassembler des femmes et des hommes qui pourraient donner quelques assurances s’ils ne se laissent pas happer, avouons-le, par le syndrome de la mauvaise foi, de l’incompétence ou encore de l’apatridie.


Dounguenzolou

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