Edito : Sport et cohésion sociale

lundi 8 juillet 2019 Speciales


Nombreuses sont encore aujourd’hui les personnes à ne voir dans le sport que sa couverture ludique, dire que la pratique d’une de ses activités revêt énormément de sens sur tous les plans. D’abord, parce qu’elles peuvent contribuer à assurer la bonne santé, ensuite parce que, comme toutes les autres activités, elles peuvent s’inscrire dans celles qui rapportent d’un point de vue économique certes, mais aussi politico-social. C’est ce dernier aspect qui nous intéresse présentement à la faveur du déroulement en Égypte depuis le 21 juin dernier de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN).

Sur les différents stades accueillant les rencontres entrant dans le cadre de cette compétition que devait initialement abriter le Cameroun, de nouveaux venus parmi lesquels ceux qui n’avaient jamais figurer parmi les Nations qualifiées pour la disputer. Le Burundi et Madagascar que l’on avait classé logiquement au rang des petits poucets venant simplement pour acquérir une expérience et tenter de la capitaliser pour, comme le pays organisateur l’Égypte, le Cameroun, le Ghana, la République démocratique du Congo (RDC), l’Algérie, le Maroc et la Tunisie pour ne citer que ceux-là espérer se qualifier très souvent à une phase finale de la CAN. Avaient-ils tort ceux qui pensaient ainsi ?

On pourrait visiblement répondre non puisque ni l’une, ni l’autre des deux équipes ne nous a permis de prédire facilement le sort qui devait lui être réservé vu que sur le terrain, leurs athlètes se sont plutôt bien comportés, allant même par moments jusqu’à mettre sérieusement en difficulté ceux des sélections que l’on présentait comme favorites de la compétition. On se souviendra même de la défaite (2/0) infligée par Madagascar aux « Super Eagles » nigérians qui ont eu peut-être tort de sous-estimer l’adversaire si celui-ci ne s’est purement et simplement pas montré au dessus de lui pour une soirée, les 90 minutes qu’ont duré la rencontre. Les images rapportées par les médias malgaches et nigérians pour ne pas dire par les médias dans leur ensemble nous ont montré des scènes de liesse populaire d’un côté et de grande tristesse de l’autre.

C’est que les habitants de la grande île au contraire des nigérians ont communié pour fêter la victoire des leurs pendant qu’à Abuja et dans le reste du Nigéria, l’atmosphère était à la méditation et au deuil. Une victoire ou une défaite qui affecte positivement ou négativement la conscience collective, voilà qui nous conduit à déduire que le sport en général, le football en particulier, loin de constituer ce que sont habitués à nous présenter les vingt deux acteurs, vainqueurs ou perdants qui s’embrassent et se congratulent une fois le coup de sifflet final donné et qui se résume par l’expression fair play, est affaire d’orgueil et de nationalisme, deux valeurs qui commencent par la préparation qui est certes l’affaire des compétiteurs, mais est au-delà affaire d’État.

Lors d’un séjour en Occident dans un pays dont nous taisons le nom pour des raisons de convenance personnelle, de nombreux citoyens ne savaient pas où situer par exemple certains pays africains, alors qu’il suffisait de prononcer le nom de certains autres pour qu’ils se souviennent de leur existence comme par enchantement en se rappelant les avoir vu ou avoir vu leur sélection participer à une Coupe du monde de football ou avoir vu leurs athlètes remporter des compétitions d’athlétisme ou encore d’autres. Sur le coup, les ressortissants de ces pays qui se trouvaient avec nous dans ces États où l’on séjournait étaient pris en considération. Comment à partir d’un fait qui semble être banal ne pas considérer le sport comme un facteur de vulgarisation participant à la vision que les uns ont des autres ?

Facteur de cohésion sociale

Puisque nous évoquions deux cas de nouveaux arrivants dans la CAN, le Burundi et Madagascar, penchons-nous sur ces deux « spécimen » en rappelant que ce sont tous deux des pays confrontés à des remouds sociaux qui ont une répercussion sur la vie politique. Le temps de la Coupe d’Afrique fait oublier aux populations la situation qu’ils traversent tout en raffermissant la solidarité entre tous les citoyens, ce qui profite, vous vous en doutez, aux politiques qui essaient de mettre à profit ce mois passé par les athlètes sur les terrains pour tenter par tous les moyens de régler ce qui ne l’est pas encore. Quitte à ce qu’ils procèdent par la suite par auto-imputation, peu importe, l’essentiel étant de proposer aux populations quelque chose de meilleur que ce qui a précédé et qui créait la polémique. L’on n’imagine pas souvent le regard que l’on peut avoir de notre pays quand on le sait inventif et travailleur.

Le sport fait partie des éléments sur lesquels on s’appuie souvent pour juger de la volonté d’un État d’accroître ses performances puisqu’il traduit le degré de sérieux avec lequel les actions sont préparées et le niveau d’engagement de ses autorités même si cela n’apparait que très superficiellement dans l’esprit de bien d’entre elles.
Les « Lions indomptables » version 2017 décriés lors de leur départ par la majorité des Camerounais n’avaient-ils pas réussi à se réconcilier avec leurs compatriotes qui ne vendaient pas cher leur peau et ne les avaient-ils pas poussés à reconsidérer leur position vis-à-vis d’eux et par ricochet vis-à-vis de tous les autres de leurs concitoyens ? Et quel fut le mot du président Paul Biya : « nous les avons mis dans la sauce ! » comme pour marquer la supériorité du Cameroun sur toutes les autres Nations ayant participé à la compétition et subtilement inviter les Camerounais à cultiver la solidarité et l’effort pour faire de leur pays un pays enviable.

Les « Éléphants » de Côte-d’Ivoire ont par moments connu les mêmes soubresauts que la société tout entière à cause d’un discours d’exclusion développé par le principe « d’ivoirité » ou par des querelles bassement ethniques, l’après Coupe d’Afrique remportée par ses joueurs fit partie des éléments déclencheurs de la paix et de l’entente que les footballeurs ont été conviés d’étendre au reste de la population à la manière d’ambassadeurs. Il faut lire les comportements au second degré pour l’admettre. La conséquence est que tous sont aujourd’hui convaincus qu’il n’y a qu’une seule Côte-d’Ivoire pour tous.


Dounguenzolou

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