Education/Réforme des bourses : Le gouvernement vers la capitulation ?

lundi 15 avril 2019 Politique


Sauf entêtement irraisonné de dernière minute, tous les indicatifs à ce jour convergent vers un rétropédalage de Michel Menga, ministre de l’Education nationale. Lequel, plutôt que de revoir simplement sa copie devant le haro général sur sa réforme des bourses, cherche une sortie honorable à travers un simulacre de dialogue avec les partenaires de l’Education, qu’il n’avait pourtant pas consultés au moment de la prise de la décision.

La pression est trop forte pour que le gouvernent s’arc-boute coute-que-coute à sa décision. Car parents, élèves, syndicats, partis politiques, et même certains responsables religieux, continuent de donner de la voix en appelant à la responsabilité de l’équipe de Julien Nkoghe Bekale, afin qu’elle reconsidère une mesure jugée impopulaire et inopportune. Et si le gouvernement, comme on pouvait l’imaginer dans ses fuites en avant habituelles, a vite fait de brandir les conclusions des états généraux de l’éducation de 2010, les syndicalistes, eux, affirment qu’il n’a jamais été question d’une moyenne de 12/20 et d’un âge éligible de 19 ans maximum. Surtout que l’Etat depuis 2010 n’a pas construit des écoles. Pire, il a gelé les concours et autres recyclages des enseignants.

Acculé sur ce manque criard d’investissements dans le domaine de l’éducation, et piqué au vif par le président du syndicat de l’éducation nationale (SENA), Fridolin Mve Messa, qui l’accuse de faire une mauvaise interprétation de ces états généraux, le ministre de l’Enseignement supérieur, Jean de Dieu Moukagni Iwangou, lui même a d’ailleurs reconnu sur Gabon 1ère que même si l’Etat n’avait pas en amont construit des écoles pour favoriser cette excellence, le coût des bourses était devenu intenable pour le gouvernement. Surtout au regard de la situation économique du pays, qui connaît des tensions de trésorerie énormes depuis 2014, attendu que le paiement des bourses coûte à l’Etat un peu plus de 40 milliards par an.

De là, il s’ensuit que cette décision n’est donc pas guidée par la recherche de l’excellence prônée aveuglement par le pouvoir, mais simplement par l’asphyxie financière d’un gouvernement qui cherche, par tous les moyens à répercuter sa gabegie financière sur le sort des élèves, qui eux ne demandent que des conditions d’apprentissage acceptables. Au fond, même si le gouvernement affirme que le Bac à 19 ans est devenu une norme au Gabon, avec une moyenne de 12/20, il sait qu’en plaçant la barre aussi haut, les bénéficières ne seraient pas nombreux. Car s’il est vrai que le Bac est de plus en plus l’affaire de la tranche d’âge comprise entre 17 et 20 ans, au regard des chiffres brandis par Moukagni Iwangou et Menga M’essone, décrocher son examen avec 12 de moyenne est encore une autre paire de manche dans les réalités de l’école gabonaise.

Vers l’annulation ?

Mis ainsi en minorité, car critiqué toutes parts, le gouvernement n’a plus d’autre choix que de constater l’impopularité notoire de sa mesure et jeter l’éponge. Mais au lieu d’annuler simplement sa décision comme il l’avait fait avec la réforme du Bac de Moundounga en 2013, il lui faut donc trouver un paravent de dialogue avec les partenaires. Dialogue au terme duquel il pourrait décider d’abandonner la réforme, sinon la reporter à une date qui reste à déterminer. Vu sous cet angle de la médiation forcée, il devrait sortir la tête haute, avec l’image d’un gouvernement faisant des concessions.

Pour avoir compris la supercherie, les syndicalistes ont vite fait de libérer la salle des discussions dimanche dernier, jugeant le cadre informel. Avec la menace de la grève qu’ils brandissent désormais puisque leur préavis expire le 17 avril prochain, on imagine mal comment le gouvernement pourrait encore tenir ferme devant cette pression conjuguée. Autant dire que Nkoghe Bekale et son équipe sont désormais dos au mur et ce ne serait plus qu’une question de temps avant la capitulation.


Leno KOLEBA

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