Forum des fonds souverains : Les PPP comme alternative au déficit d’investissements au Gabon

lundi 14 mai 2018 Economie


Depuis le recul de sa croissance économique et le choc post-électoral de 2016, le Gabon éprouve de grandes difficultés à convaincre les investisseurs. Cette situation qui affecte aujourd’hui le développement des projets publics implique d’opter pour une nouvelle forme de financement basée sur les Partenariats publics privé (PPP) tel que proposé par les parties prenantes au Forum des fonds souverains organisé par la Banque islamique de Développement (BID), il y a quelques jours.

Le cadre des affaires pour attirer plus d’investisseurs a été assoupli au Gabon avec la mise en place des nouvelles réformes implémentées par l’Agence nationale de la promotion des investissements (ANPI) mais la situation des affaires demeure cependant encore critique. Alors qu’il faut au Gabon environ 7400 milliards de francs CFA pour matérialiser son Schéma directeur national d’infrastructures dont le délai d’exécution est évalué à 2025, 47% du financement de ce projet devrait être tiré du secteur privé. Or, cet argent manque à l’appel du fait des réticences de ces derniers et pour que le pays se développe à la dimension souhaitée par les autorités, il faut à tout prix un engouement autour du développement des infrastructures, ce segment perçu comme le catalyseur de la croissance et du développement de manière globale.

Mais par quel moyen y parvenir ? C’est la question que se posent, depuis la chute des cours du pétrole, les autorités gabonaises qui multiplient les sollicitations auprès des bailleurs de fonds internationaux pour le financement de certains de leurs projets de développement. Pour les participants à la 4e édition du Forum des fonds souverains de la Banque islamique de développement (BID), la solution est toute trouvée par l’entremise des Partenariats publics privé (PPP) devenus une alternative incontournable pour le financement des projets d’envergures. « Un choix qui s’impose à nous », estime Madeleine Berre, la ministre de la promotion des investissements et du partenariat public-privé.

Les PPP, de quoi parle-t-on ?

Bien que les organismes internationaux (FMI) émettent quelques réticences sur l’usage des Partenariats publics privé (PPP) comme mode financement des projets, ce modèle accroche significativement en Afrique. Au Gabon, selon une étude réalisé dans le cadre du Forum des fonds souverains de la BID organisé récemment au complexe hôtelier Radisson Blu de Libreville, environ 56% des personnes interrogées présentent le modèle comme la meilleur voie de financement des projets au niveau national. Certes, moins contraignants que la dette classique, les PPP sont en substance des contrats de longue durée conclus entre une partie privée et une entité publique aux fins de fournir un actif ou un service public.

En pratique, le privé fournit le financement, conçoit le projet, le réalise et exploite l’actif jusqu’à expiration du contrat mais ces contrats ne sont pas sans conséquences pour les économies surtout africaines. En effet, selon le Fonds Monétaire International (FMI), ces modèles de partenariat « pourraient contribuer à améliorer la qualité des infrastructures essentielles (…) apporter au secteur privé l’expertise requise pour accroître l’efficience des infrastructures et atténuer certaines contraintes financières pesant sur l’investissement ».

Mais cela suppose en amont, une bonne maîtrise des risques budgétaires et la mise en place des cadres institutionnels et juridiques appropriés. Ces prérequis sont d’autant plus importants que contrairement au reste du monde, en Afrique, en partie en Afrique subsaharienne le ratio moyen de la valeur des PPP/PIB est plus élevé depuis 2000 soit, 1,4/ contre 1% pour le reste du monde. Cet afflux d’investisseurs vers ce modèle économique se conjugue par endroit du continent avec des litiges. Améliorer selon le FMI, la gestion des investissements publics et la transparence budgétaire pourrait réduire ces litiges.

GSEZ, un cas d’école

Au Gabon, ce modèle de partenariat a déjà été expérimenté avec l’implantation de la multinationale singapourienne Olam, par le canal de sa filiale Gabon special economic zone (GSEZ) dont les activités sont éparpillées dans les secteurs de l’agriculture avec les plantations des palmiers à huile, l’hévéaculture, la fabrication d’huile et de savon et la logistique pour un coût total de 2,3 milliards de francs CFA. Toutefois, le cas le plus explicite de ce modèle économique souhaité(PPP) est la mise en place de la zone économique spéciale de Nkok (ZES de Nkok) dans la zone sud de Libreville fruit du partenariat entre le groupe Olam, l’Etat gabonais et Africa finance corporation (AFC).

Grâce à cette implication reconnait Gagan Gupta, le directeur général de GSEZ, l’environnement économique national a changé, offrant ainsi des nouvelles perspectives. « Les activités dans le secteur privé ont changé le budget du secteur public », souligne-t-il. Mais la plus-value de ce partenariat selon le directeur général, c’est surtout l’œuvre des PPP qui permettent aujourd’hui au Gabon d’entrer en compétition avec les grands marchés. Les PPP sont de fait, « une valeur ajoutée » selon Gagan Gupta puisqu’ils permettent à l’Etat de penser un cadre des affaires bénéfique pour les parties prenantes aux PPP.


Michaël Moukouangui Moukala

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