Francophonie : Côté cour, côté jardin

mercredi 20 mars 2019 Culture & people


Le terme prononcé pour la première fois en 1880 par la géographe français Onésime Reclus pour désigner l’ensemble de pays et peuples parlant la langue française, avant que de prendre une allure institutionnelle, a été vulgarisé par trois hommes de culture africains dont l’ancien président sénégalais Léopold Sédar Senghor et son homologue nigérien d’alors Hamani Diori. Il n’est pas faux d’avancer qu’il rappelle une époque particulière de l’histoire de la France, beaucoup plus préoccupée à panser les plaies de sa débâcle en Indochine et en Algérie qu’à rêver à l’expansion de la langue et de la culture qu’elle véhicule à travers les anciennes colonies aspirant à l’indépendance. Précieux coup de pouce peut-on affirmer que cette action d’Africains « francophiles » qui estimaient qu’il n’était peut-être pas sage et altruiste de rompre sévèrement et inélégamment le lien historique avec la France quoiqu’ils furent déterminés à s’affranchir du joug colonial. La Francophonie a donc tout d’abord un socle socio-historico-politique avant que de constituer la chapelle sur laquelle se dressent aujourd’hui diverses réalisations.

Symbole de la rencontre entre peuples français et africains lorsque l’on se situe au dessous du sahara, la Francophonie répond au souhait de l’académicien Léopold Sédar Senghor de voir l’Afrique, continent riche par sa diversité, participer au-delà de ses terres au rendez-vous du donner et du recevoir. Et de pourquoi pas écrire la révolution à laquelle la conviait Aimé Césaire qui ironisait en ces termes « heureux ceux qui n’ont rien inventé » par référence à l’Homme noir, au nègre. Pour bon nombre, la Francophonie est perçue comme un instrument de domination culturelle vu qu’elle repose sur l’usage du Français et se manifeste par la vulgarisation de cette langue dans tout l’espace francophone, y compris en dehors d’Afrique.

Certes, la langue française permet à des personnes parlant différents idiomes de se comprendre, cohabiter, resserrer leurs liens et travailler en harmonie, mais il n’est pas illusoire de penser que le caractère central que revêt pour elles ladite langue les aliène quand elle ne complique pas, selon certains linguistes, sa maîtrise. Le fait que l’on ait beaucoup plus accordé la primauté à la langue française pour des raisons civilisatrices et de développement selon l’argumentaire du colon, détourne davantage l’Africain de ses idiomes, acte qui n’est pas de nature non seulement à valoriser les dialectes locaux, mais aussi et surtout à faciliter, à en croire toujours une race de linguistes, l’apprentissage des langues maternelles.

Au plan politique, la Francophonie participe depuis, avec d’abord l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT) et ensuite l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), à la formation de cadres africains dans divers domaines dont le culturel. Elle soutient à titre d’exemple l’organisation et le financement d’activités tels le Marché des Arts du spectacle africain (MASA) initié par la Côte- d’Ivoire depuis les années 80, le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) se déroulant au Burkina Faso depuis 1969 et le Festival international de la mode africaine (FIMA) sur lequel parie le nigérien Alphady. On note que la Francophonie contribue également à travers l’Université de la Francophonie à l’élaboration de certaines œuvres scientifiques tout en motivant l’éclosion d’élites du continent africain.

L’Université Senghor d’Alexandrie en Égypte constitue, elle aussi, un témoignage éloquent de l’apport culturel de la Francophonie sans compter que celle-ci essaime en Afrique également, notamment dans de grands foyers intellectuels, des campus numériques permettant aux étudiants, enseignants et chercheurs de se familiariser avec l’outil informatique, faciliter les recherches, être plus productifs, avoir des productions de qualité et donc être utiles aux sociétés qu’ils servent au quotidien.
Comme bon nombre, nous aimerions la voir aller plus loin dans le soutien qu’elle apporte à l’Afrique qui s’éveille en, ce qui peut paraître un leurre, s’affranchissant de la coloration politique et par trop institutionnelle qu’elle semble très souvent prendre et empruntant assez souvent le terrain de la culture et de la science sur lequel l’Afrique a encore beaucoup à prouver en même temps qu’elle a à apprendre.

A l’instar d’autres organisations, la Francophonie ne mérite-t-elle pas de suivre la courbe de l’histoire et sortir des sentiers battus pour ne plus être perçue par nombre d’Africains comme un instrument au service de la restauration de rapports anciens basés sur l’assimilation ? Simple inquiétude ou réalité, cela reste à démontrer. Les Africains pourraient-ils au moyen de la Francophonie travailler à la valorisation de leurs cultures en les rendant dans un contexte de mondialisation compétitive aux côtés de celles de tous les autres continents dont les produits inondent par exemple les écrans et le net ?

La question constitue une problématique dont les hypothèses sont à rechercher dans le sens donné par ces derniers à leurs politiques culturelles et au combat véritable qu’ils mènent face aux autres peuples du monde pour qu’il leur soit accordé le respect qu’ils méritent. Cela ne signifie en aucun cas qu’il faille se recroqueviller sur soi-même, bien au contraire, mais qu’il faille plutôt voir dans l’apport d’autrui une complémentarité utile à la confection de notre être en ce sens qu’elle nous permet de grandir pour mieux nous opposer à l’autre dans le strict respect des valeurs démocratiques.


Dounguenzolou

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