Front social : Une plénière et toujours des incertitudes

lundi 10 février 2020 Politique


Alors que gouvernement, patronat et organisations syndicales ont adopté hier dimanche 9 février en plénière, les modifications de toutes les parties sur le nouveau code du travail, largement critiqué par les partenaires sociaux comme précarisant l’emploi au Gabon, une question demeure cependant : cet « accord » suffira-t-il à refroidir un climat social incandescent ?

Question capitale quand on sait que les différentes trêves obtenues jusqu’ici entre gouvernement et syndicats n’ont presque pas fait long feu dans leur respect par le gouvernement. Surtout que le code du travail ne semble pas être le seul motif de l’ébullition du front social. Le problème est plus profond qu’on pourrait l’imaginer.

Car après Emmanuel Issoze Ngondet qui a ouvert, dans la tourmente post-électorale, le deuxième mandat du président Ali Bongo Ondimba en 2016, l’arrivée de son successeur, Julien Nkoghe Bekale à la primature en janvier 2019 a suscité des espoirs néanmoins mesurés dans les rangs de la population. Mais sous le principe de la continuité de l’administration, et devant les tensions de trésorerie que traverse le pays depuis fin 2014 en raison de la chute et des fluctuations des cours du pétrole sur le marché international, Nkoghe Bekalé avait décidé de poursuivre les efforts des réformes budgétaires, notamment le maintien du gel des recrutements dans la fonction publique. Cette mesure avait été exigée par le Fonds monétaire internationale (FMI) en 2017 au titre de ses conditionnalités pour le redressement des économies en faillites.

A ce niveau, Nkoghe Bekale avait promis, dans sa première déclaration de politique générale de février 2019, la régularisation des situations administratives bloquées depuis des années, alors que de nombreux fonctionnaires qui tirent le diable par la queue à cause de la modicité de leurs salaires, ne savent plus où donner la tête.

Là aussi, cette promesse avait suscité l’espoir de nombreux Gabonais qui attendent depuis le dégel des recrutements, surtout dans un pays où le manque d’envol véritable du secteur privé et tous ses aléas, fait de la fonction publique le seul pourvoyeur d’emplois fiables.

Seulement, un an après, le gouvernement n’ayant tenu presqu’aucun engagement parmi ceux énoncés dans cette déclaration de politique générale, le tout polarisé par des remaniements intempestifs (cinq au total en moins d’une année), la valse continue des ministres a fini par créer un malaise dans une administration qui n’aura passé le clair de son temps à se réformer qu’à travailler normalement pour la concrétisation des promesses, favorisant un contexte social de plus en plus tendu par la grogne des partenaires sociaux qui rappellent au gouvernement sa responsabilité dans le non respect des accords obtenus et maintes fois violés.

Comme un air de déjà vu

Et comme en termes de responsabilité du gouvernement il ne manque pas de matière pour l’accuser, les partenaires sociaux ont trouvé aujourd’hui le moyen de l’accabler encore plus : le projet du nouveau code du travail. Un code qui, selon elles, donne plus de droits aux employeurs qu’il n’en donne aux employés. Il est donc clair pour les syndicats que le gouvernement veut précariser l’emploi au Gabon. Mais alors que gouvernement, patronat et organisations syndicales viennent de boucler leurs discussions entamées en plénière depuis le 3 février dernier, peut-on espérer que cela suffira à refroidir un climat social en ébullition ?
A cette question les syndicats avancent que tout dépendra de la volonté du gouvernement à répondre à leurs revendications, dont la principale est le recrutement immédiat de toutes les personnes sorties des écoles et qui attendent depuis des intégrations.

Comment fera-t-on alors pour adapter ce recrutement qui s’annonce massif, au regard des piles de dossiers en attente, et l’exigence de maitriser le fichier solde de l’Etat comme l’exige le FMI ? La question reste entière.


Leno Koleba

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