Gel des recrutements dans la fonction publique : Quand la déclaration de Nkoghe Bekalé manque d’originalité…

jeudi 28 février 2019 Politique


Annoncée dans la déclaration de politique générale du premier ministre, Julien Nkoghe Bekalé, mardi 26 février dernier devant les députés, la suspension pour trois ans des emplois dans la fonction publique semble être une mesure nouvelle. Pourtant, la décision prise en 2017, figure en bonne place dans l’action de son prédécesseur, Emmanuel Issoze-Ngondet.

Elle a été applaudie mardi dernier comme une des mesures phares de Julien Nkoghe Bekalé. L’étalage de son timing a même été accueilli comme un programme nouveau, tout fraîchement élaboré par le l’actuel Premier ministre. Pourtant, la suspension des recrutements dans la fonction publique, si on s’en souvient bien de la date de septembre 2017 quand, le gouvernement a plié sous la pression du FMI, le fonds monétaire international qui lui exigeait trois ans de gel des recrutements dans le secteur public, au regard des effectifs pléthoriques et de la masse salariale jugée intenable pour le gouvernement. Car avec plus de cent mille fonctionnaires, la masse salariale publique avait dépassé le seuil de la limite de 35% de la CEMAC, la communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, pour se situer autour de 65% des recettes de l’Etat.

Ne voulant pas s’en tenir totalement aux exigences du FMI qui réclamait trois ans de suspension des recrutements, le gouvernement gabonais, à l’époque dirigé par Issoze-Ngondet a donc entrepris de geler les recrutements pour une durée d’un an en septembre 2017. Il faudra attendre juin 2018, alors que ce calendrier arrivait progressivement à son terme, pour que le gouvernement, toujours sous la pression du FMI décide d’ajouter deux ans de plus à ce gel dans son programme d’austérité. Ce qui a porté cette suspension à trois ans au total.

Pour les élèves et autres étudiants qui sortent nantis de leurs diplômes des écoles et autres instituts de formation, il faudra attendre septembre 2020 pour espérer voir être levée la mesure, si entre temps, le gouvernement ne décide pas de la proroger au-delà de trois ans comme initialement prévu. Or, en annonçant mardi dernier, lors de sa déclaration de politique générale, que les recrutements seront gelés pour une durée de trois ans, sans détails précis, cela sème la confusion dans l’esprits des populations et laisse croire qu’il s’agit de trois ans supplémentaires. Sauf à croire qu’il ne s’agit pas des trois ans déjà annoncés par l’équipe de son prédécesseur, mais plutôt de trois ans de plus, ses trois ans à lui. Ce qui devrait décrédibiliser la parole publique et porter mathématiquement le délai de suspension à plus de quatre ans, la suspension ayant déjà comptabilisé un an et cinq mois au total.

On sera alors largement au-delà même du délai requis par le FMI en 2017. Et la conséquence d’une telle suspension prolongée sera sans doute l’aggravation du chômage dont la courbe est déjà bien au rouge dans le pays. Surtout qu’en face d’un secteur privé encore quasiment embryonnaire, l’Etat reste le plus gros pourvoyeur d’emplois stables. En l’absence de détails précis, l’annonce de Nkoghe Bekalé prête donc flan au doute et à la confusion.


Leno KOLEBA

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