Gouvernance : « On ne mange pas la paix ! »

lundi 25 février 2019 Politique


Un jour de l’an 1990, un jeune Gabonais dont le propos fut tourné en railleries par les gouvernants beaucoup plus préoccupés à asseoir leurs arrières et se succéder à eux-mêmes à la tête de l’État, prit son courage à deux mains et s’exclama « on ne mange pas la paix ! », se faisant à ses risques et péril le porte-voix des habitants des « mapanes », quartiers sous-intégrés où le quotidien des populations est fait de paupérisation croissante qui mêle des problèmes vitaux de tous genres : malnutrition, insalubrité, déscolarisation, manque d’éducation, violence, que sais-je ? Certes, l’on ne peut rien accomplir en temps de guerre ou de déstabilisation de l’État si c’est seulement cela que l’on entend par absence de paix, mais faut-il pour cette raison parfois simpliste que les autorités ne veuillent fournir aucun effort ou n’affichent aucune volonté face aux exigences populaires de plus en plus nombreuses et surtout fondées ?

Les exemples des autres doivent pouvoir nous servir tant ce qui se passe ailleurs que chez nous peut devenir dans un avenir proche ou lointain notre lot à nous également. Parler à notre humble avis de la paix suppose que celle-ci est assise sur un socle assez solide ou solide reposant sur les conditions d’existence qui sont la condition sine- qua-non de sa pérennité. C’est dire qu’il sera plus difficile à des populations qui se posent tous les jours la question de savoir de quoi demain sera fait d’éternellement se tenir tranquilles et d’accepter de continuer à subir un traitement à la limite inhumain : « ventre affamé n’a point d’oreilles », surtout lorsqu’elles identifient les causes de leur souffrance et les attribuent en grande partie à ceux qui ont en mains leur destin commun.

L’on nous apprend sur les bancs de l’école qu’il y a deux formes de crises : les crises dites structurelles liées en partie aux choix des Hommes, à la gouvernance, au manque de volonté ou de travail politique et les crises conjoncturelles qui, elles, relèvent beaucoup plus des effets de l’économie moderne qui vont de l’imposition des prix des produits tels les matières premières sur le marché international par les plus grandes puissances du globe au fait de régenter le monde selon le principe de « centre/périphérie » qui s’explique par une obligation qu’ont les pays de l’hémisphère sud quoique l’on dise de ne se limiter par exemple qu’à la fourniture des matières premières citées plus haut qui les privent de la réalisation de plus-values considérables, même s’il faut reconnaître la faiblesse dont ils sont eux-mêmes responsables dans la mise en place de politiques de formation adéquates qui viendraient minimiser l’écart existant entre la formation et l’emploi ou encore des calamités naturelles.

Toujours est-il que presque partout pour ne pas dire partout, le Gabon n’y échappe pas en vérité, plus du tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté indépendamment des périodes, dire que le rythme de croissance est soutenu et donc élevé à nos jours avec ceci de particulier que d’ici les dix prochaines années, les jeunes en quête d’un premier emploi constitueront l’essentiel, si ce n’est déjà le cas, des habitants dans les cités urbaines où ils sont attirés par l’école et le travail et leurs parents y vivant en grand nombre. Ce qui ne fera qu’accroître les difficultés auxquelles ils font face quand on sait nombre d’entre eux frappés de plein fouet par le phénomène du chômage qui engendre des comportements indiscutablement nuisibles. D’où ceux qui ont en charge la gestion des pays devraient travailler à répondre efficacement aux maux qui minent la société pour amenuiser les velléités d’observation de mouvements sociaux qui sont le reflet d’un malaise persistant dont les conséquences peuvent parfois être incalculables.

Combattre la crise à tout prix

Si l’on ne peut pour certaines raisons prévenir le mal qui affecte notre équilibre socio-économique, il faut peut être se résoudre à réfléchir aux moyens d’y faire face par des méthodes de simulation s’appuyant sur les expériences déjà vécues ailleurs que chez nous. Personne en effet n’avancera qu’il n’est pas connu de tous aujourd’hui puisque densément relayé par les réseaux sociaux que de nombreux États sur la planète, faute d’avoir été gérés avec orthodoxie, finissent au bord de la banqueroute. C’est le cas de la Grèce qui s’est lourdement endettée au point d’être inéligible aux yeux de ses bailleurs de fonds, y compris traditionnels, du Venezuela où Nicolas Maduro fait actuellement face à la fronde d’un président auto-proclamé en la personne de Juan Guaido, mais s’entête à maintenir, a-t-il le choix, la population dans un état de dénuement très avancé, du Mexique qui voit chaque jour des centaines de ses citoyens choisir de s’exiler vers les États- Unis notamment, obligeant le chef de l’Exécutif américain Donald Trump à justifier en dépit du shutdown la construction d’un mur de trois mille kilomètres à la frontière avec ce pays pour non seulement permettre aux forces US de mieux la contrôler, mais aussi dissuader les migrants potentiels d’opter pour se rendre aux States et même de la France plus que jamais engluée dans une manifestation hebdomadaire depuis le mois de novembre en guise de réclamation par ceux qui y participent pour ne pas dire une bonne frange de citoyens d’un référendum d’initiative citoyenne (RIF) qui mettrait la France d’en-haut face à celle d’en bas qui se plaint de ne pas être suffisamment écoutée et de se voir spoliée sans cesse sans avoir à donner son avis sur les mesures prises « pour elle sans elle », vous connaissez la suite.

« On ne mange pas la paix ! », oui, car la paix n’est pas un aliment physique quand bien même elle constitue pour l’esprit ce qu’est l’aliment au corps. Elle est à la base de tout développement, nous n’en disconvenons pas, mais elle ne doit pas être brandie comme une menace pour maintenir presqu’en captivité des personnes qui rêvent tout autant que d’autres d’affirmer leur liberté et de vivre des instants plus paisibles que ceux qu’elles traversent. Le propos du jeune Gabonais auquel nous avons fait allusion devrait être interprété comme l’expression du ras-le-bol de « damnés » qui attendent impatiemment de sortir de leur condition, quitte à ce qu’on leur donne les moyens d’y arriver en lieu et place de discours vaseux contrastant avec la réalité, discours propres à faire naître la migraine et le désintéressement, dire que le rêve devrait être permis, s’il est vrai et démontré que le soleil luit pour tout le monde.


Dounguenzolou

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