Histoire : Comment le Gabon a failli être une colonie anglaise

jeudi 3 mai 2018 Culture & people


Une histoire du temps colonial dépoussiérée par Samperode Mba Allogo et consignée dans ses « Notes d’histoire du Gabon », puis relayée par Libération démontre comment entre 1869 et 1873, le Gabon a failli devenir une colonie anglaise.

L’histoire remonte au 19e siècle, entre 1869 et 1873. Le Gabon en ce temps, colonie française n’est qu’un petit coin perdu du monde peuplé par des indigènes. Un bout de terre, aussi petit que la Gambie qui sera l’objet d’un deal entre la Grande Bretagne et la France. En 1869, à la recherche de terres fertiles et vastes, le Royaume britannique propose à la France de lui céder la « Mellacorée » et d’y ajouter le Gabon. Ce que la France accepta. Mais des circonstances particulières mettront le projet en sommeil.
En 1870, la France entre en guerre contre la Prusse. La même année, le gouvernement français recommande d’évacuer la colonie du Gabon afin d’assainir les finances publiques fragilisées par la guerre. Cette recommandation du gouvernement ne sera pas exécutée. L’évacuation traina en raison des lenteurs des ministres Charles Louvet et Pierre Magnin, (Ndlr : réciproquement ministre du commerce et de la Marine). Une décision du gouvernement certes retardée qui ne fut malheureusement pas au goût des missionnaires notamment Mgr Bessieux et le Père Le Berre pour qui, la préférence de « rester français » au Gabon était importante.

Plusieurs raisons expliquent la position du clergé. Au Gabon, les missionnaires étaient financés par la France et un départ de celle-ci de la colonie signifiait la mort de « la vache laitière ». En 1871, la guerre s’acheva, le traumatisme économique est important pour la France et l’abandon de certaines colonies qui dépendaient financièrement de la France fut plus qu’une solution immédiate. La même année, alors que fut confié à l’Amiral Bourgois l’évacuation du personnel, ce dernier proposa simplement de réduire le personnel en poste pour faire des économies. Cette proposition retarda l’évacuation alors qu’au sortir de la guerre, la proposition de la Grandes Bretagne fut remise sur la sellette.

En 1873, alors que le personnel en poste au Gabon avait été partiellement évacué, le ministre de la Marine et des Colonies, Louis Pierre Alexis Pothau fait constaté que « la situation qui pèse sur nos finances impose à tous nos services le devoir de réduire aux chiffres les plus stricts les sacrifices qu’ils occasionnent au pays. Ces nécessités se font sentir également sur notre politique coloniale et nous obligent à limiter nos dépenses aux seuls points où notre pavillon peut flotter avec honneur et au profit de a France ». L’idée d’évacuation refait surface y compris le deal passé entre les Anglais et la représentation de la France au Gabon. En juillet 1873, le directeur des colonies, Benoist d’Azy prolonge les discussions autour de la question en mentionnant la possibilité d’abandon des « bâtiments de la colonie » et le legs de « titre de Résident » à la Mission catholique. Ce que refuse la Mission.

En octobre de l’année précitée, le ministre de la Marine, replaçant de Louis Pierre Alexis Pothau, D’Hornoy écrivait à l’Amiral Du Quilio en acceptant la proposition de la Grandes Bretagne de posséder la Méllacorée, le Grand Bassam et d’Assinie. Selon les termes de la correspondance, « si ces offres n’étaient pas jugées suffisantes, nous pourrions peut-être en y ajoutant le Gabon, vaincre les résistances du Gouvernement anglais et arriver ainsi à un échange qui présente pour les deux pays, un intérêt de premier ordre ». Malheureusement, en 1874 une information issue de l’institut de recherche en géographique vient briser les fondements de cet échange en montrant le rôle stratégique que pouvait jouer le Gabon dans le commerce international du fait de sa position géographique sur la côte du continent.

Des éléments pris en compte par le ministre de colonies qui changèrent le cours de l’histoire. Dès lors, il n’était plus question de céder ce territoire d’Afrique qui durant des dizaines d’années a participé à l’essor économique de la France. Et c’est ainsi que depuis l’échec de ce deal, le Gabon demeura une colonie française.


Michaël Moukouangui Moukala

Répondre à cet article

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom

Articles relatifs