Le "grand retour" d’Ali Bongo Ondimba : Le débat est-il désormais clos ?

lundi 25 mars 2019 Politique


Voilà la question qu’on est en droit de se poser après le retour en fanfare du Chef de l’Etat gabonais samedi 23 mars dernier, au terme de sa convalescence à Rabat au Maroc, convalescence consécutive à son accident vasculaire cérébral (AVC), le 24 octobre 2018 à Ryad en Arabie Saoudite.

Après deux retours à la dérobée en janvier et février dernier, Ali Bongo Ondimba a, pour la fin de sa convalescence, décidé de rentrer triomphalement dans son pays. La stratégie vise en principe à démontrer à l’opposition et à certaines organisations de la société civile, qui réclament la constatation de la vacance du pouvoir et la tenue d’une élection présidentielle anticipée, que le Chef de l’Etat est bel et bien vivant. Et que de ce fait, l’idée même d’une vacance du pouvoir est hérétique comme on l’a entendu scander par de nombreux "partisans" mobilisés à grands frais pour aller accueillir le président à l’aéroport de Libreville samedi dernier.

Et comme on pouvait l’imaginer pour pareil événement, le pouvoir de Libreville, le parti démocratique gabonais (PDG), les partis alliés de la galaxie présidentielle, les associations à l’exemple de l’association des jeunes émergents volontaire (AJEV) de son directeur de cabinet, aidés en cela par quelques jeunes ramassés ça et là, ont tous mouillé le maillot pour réserver au Chef de l’Etat, un accueil digne de l’enjeu, bien qu’ils aient été tenus à bonne distance du dirigeant. Et l’enjeu incontestablement était de prouver à la face de ses détracteurs qu’Ali Bongo accueilli en liesse samedi, n’est pas une mascotte comme le pense l’opposition, mais plutôt le vrai, lui-même en chair et en os, avec toutes ses capacités physiques et intellectuelles.

Le doute persiste…

Sauf que pour tous ceux qui ont observé attentivement la démarche presque robotisée du président de la République, s’appuyant difficilement sur sa canne de la main gauche, celle de droite ne se mouvant qu’avec difficulté, une élocution à peine nette et un regard toujours dans le vide, visiblement, c’est un chef livide que de nombreux Gabonais ont vu le week-end dernier. Fallait-il pour autant agiter comme une marionnette téléguidée, un président aussi mal en point, marchant difficilement dans le seul but de faire taire ses adversaires à l’affût d’une vacance du pouvoir ? N’aurait-il pas valu mieux de l’accueillir avec un simple protocole réduit aux seuls officiels ? Avait-on besoin d’autant de mobilisation et de fanfare pour au finish, présenter à la face du pays et du monde, un dirigeant affaibli et marqué par les stigmates encore visibles de la maladie et incapable d’aller prendre son bain de foule habituel ? Les réponses à ces questions, pointent directement les erreurs de la communication présidentielle, qui n’a cessé d’étaler au grand jour, des maladresses de novice dans la gestion même de cette crise depuis le 24 octobre dernier.

Car malgré tous ces efforts de théâtralisation ostentatoire, de nombreux Gabonais, à la vue, même éloignée du président de la république, ont fini par se rendre compte que quelque chose s’est peut-être définitivement cassé. Et que le président Ali Bongo Ondimba, qui n’avait pourtant pas besoin d’une telle mise en scène folklorique, ne serait-ce que pour le respect qui lui est dû et celui de l’institution présidentielle qu’il incarne, n’est plus ou ne sera plus le même. C’est donc dire que la présidence de la république en voulant si bien faire les choses par la guerre des images en trompette, a fini par mal faire en mettant en scène, un scénario qui, loin de convaincre, va certainement relancer de plus bel, le débat sur la vacance du pouvoir.


Leno KOLEBA

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