Littérature/ La Plume post-mortem de Frédéric Meyo Bibang : Ars longa, vita brevis*

jeudi 12 juillet 2018 Culture & people


Ce qui frappe véritablement, c’est ce qui se définit comme l’invite à une plongée passionnante, dans les manuscrits de l’homme décédé en 2015. Parmi les écrits à titre posthume, figure la réflexion sur l’Africain des temps modernes « Passons » rédigée au milieu des années 70. Le titre « Pensons » consacré aux mémoires dont il a toujours souhaité la publication après sa mort contient notamment des anecdotes parfois cocasses qui s’étendent de son passage au centre de formation des instituteurs de Mitzic en passant par Brazzaville et Abidjan jusqu’à des faits qui auront marqué la nation.

La politique n’étant nullement en reste pour le grand commis de l’Etat qu’il fut. Tant à la primature qu’au sein du comité national d’organisation des fêtes et conférences. Le dernier atout dans sa production d’œuvres littéraires, aura sans conteste été sa présence à Niamey lors de la signature le 20 mars 1970, de la convention portant création de l’agence de coopération culturelle et technique. Il en deviendra le premier correspondant national. L’ACCT était l’ancêtre de l’agence de la Francophonie devenue par la suite l’organisation internationale de la Francophonie d’aujourd’hui.
Tout aussi sensible, l’étude des proverbes et adages tirés du patrimoine culturel d’Elat-Ayong. Le premier rassemblement, vers 1925 au Cameroun des peuples Fang, Bulu et Ntumu desquels découlent les groupes linguistiques vivant au Cameroun, en République centrafricaine , au Congo, au Gabon, en Guinée Equatoriale et Sao Tomé et Principe.

La place de l’arbre généalogique pour la descendance d’Assame-Mvie de la tribu Nguè-Yemedzime, appelée Essankogha dans le Moyen-Ogooué ou Essatop en Guinée Equatoriale mérite également à être éditée. Ce qui peut représenter une véritable interpellation, dans un monde en perpétuel mutation. Sitôt affecté en 1967 à l’institut pédagogique national, Frédéric Meyo Bibang décidait de son propre chef d’adapter aux réalités locales, les contenus des manuels scolaires. Trois publications donneront au pédagogue de s’appesantir sur une réalité jusqu’alors occultée : l’expansion de la France sur le continent africain et singulièrement au Gabon. La première, un « Aperçu historique du Gabon » de 141 pages en 1973. Suivi d’un répertoire de nouveaux programmes de l’histoire africaine de l’OCAM, organisation commune africaine et malgache pour les classes de troisièmes du second cycle. La troisième, quelques années avant l’expérience réussie en géographie avec l’inspecteur Jean Martin Nzamba.

Le livre d’histoire de 79 pages publié chez Hatier qui le propulsera comme on le sait sur le devant de la scène. Le titre « Le Gabon le Monde » scellait ainsi la réappropriation d’une matière où la formule née sous la troisième République française était de rigueur dans nos établissements d’enseignement du premier cycle : Nos ancêtres les Gaulois.

Leadership

Par delà et fort de sa nomination à la tête de la direction des programmes et manuels scolaires quelques années plus tard, il créé des commissions spécialisées des professeurs d’histoire, de géographie, de chimie et de mathématiques. Confortant par la même occasion la thèse de plusieurs historiens français qui assimilaient ladite formule à une véritable fiction jugée sans caractère scientifique. Faisant ainsi sienne la pensée de Fustel de Coulanges, pour qui « l’histoire est l’étude des sociétés des Hommes ». A fortiori, Fréderic Meyo Bibang catholique pratiquant qui a notamment œuvré pour la construction de l’église Notre-Dame de la route à N’koltang a-t-il été un impertinent ? On ne peut vraiment l’imaginer, comme ce fut le cas pour certains responsables français de l’IPN un moment donné.

Parler en revanche d’un model de leadership n’en serait pas exagéré. Si l’on tient compte des actes relevés plus haut et même de la création de l’uniforme scolaire en 1962 à Makokou dans la province de l’Ogooué-Ivindo. L’une des deux provinces (avec le Woleu-Ntem) que l’on pourrait qualifier de charnière dans sa vie car au-delà de l’entame de la carrière d’instituteur, c’est à Mékambo qu’a vu le jour Désiré, l’aîné de sa descendance prématurément rappelé à Dieu. Place donc à l’édition et tout porte à croire qu’aussitôt publiés, les prochains ouvrages vont comme les précédents, intéresser le grand public. Sauf si bien entendu l’accueil est identique au manuel porté sur le civisme en 1989.

« Le Citoyen et la Nation » publié par la célèbre maison d’édition française EDICEF avait en effet coïncidé avec le retour du Gabon au multipartisme, rendant ainsi plusieurs chapitres caducs. Un détail qui ne saurait toutefois justifier le fait que le nom de Fréderic Meyo Bibang ne figure toujours pas Ad honores sur du papier-en tête, encore moins sur une rue de Libreville notre capitale.


PB
* L’art est long, la vie est courte du latin

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