Médias : En voie de liquidation, AFRICA N°1 meurt avec ses agents

mercredi 26 décembre 2018 Société & environnement


C’est le constat désormais établi, alors que la radio panafricaine, est en difficultés depuis le départ en 2000 de la France avec ses 40% des capitaux et de l’assassinat en 2011 de Mouammar Kadhafi (52%). L’Etat gabonais ne représentant que 35% des parts d’actions n’a pu faire tourner, à lui seul, ce média qui a pourtant fait sa grandeur, en faisant résonner sa voix au-delà des limites du continent africain. Désormais programmé pour la liquidation, et comme signe d’une intimité profonde dans la misère et l’oubli, le tam-tam africain entraîne dans son extinction, les batteurs qui ont porté loin sa voix, les uns après les autres.

Créée le 7 février 1981 dans le cadre de la coopération radiophonique entre la France et le Gabon, AFRICA N°1 est de loin, la seule radio panafricaine qui a très vite fait connaître le Gabon à travers le continent et au-delà. Avec plus de 30 millions d’auditeurs par semaine à travers l’Afrique, la radio se signale très vite comme le bouclier dont dispose désormais les Africains pour contrebalancer le flux d’informations souvent tendancieuses des médias étrangers en direction du continent noir. Alors qu’elle a à peine 10 ans en 1991, la radio est classée comme la plus écoutée dans sa zone de couverture sur un total de 17 fréquences à travers l’Afrique francophone par le classement Marcomer Gallup.

Dans cette zone de couverture justement, elle devance toutes les autres radios internationales comme RFI et BBC Afrique. Et les Africains au sud du Sahara peuvent en être fiers puisqu’avec son réseau de correspondants repartis dans plusieurs capitales africaines, c’est par cette radio qu’ils apprendront les heures glorieuses et sombres de l’histoire du continent comme l’Assassinat de Thomas Sankara, la libération de Nelson Mandela, l’indépendance de la Namibie, pour ne citer que ces exemples.

Le déclin

Mais le succès ne durera pas longtemps puisqu’après le départ, au début des années 2000 de la France qui détenait 40% des capitaux à travers la société financière des radios diffusion (SOFIRAD), commence alors la descente aux enfers de l’entreprise. Si l’arrivée de la Libye avec ses 52% des parts d’actions est vécue comme un début de soulagement, le soulagement ne tardera pas à apporter, lui aussi, des problèmes avec le conflit libyen ayant conduit à l’assassinat de Kadhafi. Le malheur recommence de plus bel et s’accélère à la vitesse V. Des mois des salaires impayés s’accumulent. Certains agents ne pouvant plus supporter le bénévolat de circonstance, démissionnent. A ce jour, plus de 15 mois d’arriérés de salaires sont dus aux agents qui arrêtent le travail pour entre autres vétusté du matériel.

Dans cette ambiance de mort, l’unique fréquence encore jusque-là fonctionnelle, (94.5 FM) qui desservait la ville de Libreville est retirée, signe de l’extinction totale. Pour l’Etat gabonais, il n’y a plus d’autre solution que la liquidation. Mais alors que la procédure de la liquidation est lancée, les agents, toutes catégories confondues, et comme liés intimement dans le dénuement et l’oubli avec la radio, faute de moyens pour se soigner, se loger, se nourrir et scolariser leurs enfants, eux meurent progressivement avant d’avoir perçu leurs salaires et le règlement de leurs droits légaux, parce que les choses traînent depuis des années.

Le dernier en date est Yves Antonio Ogoula, qui vient de s’éteindre à Port-Gentil des suites d’une courte maladie. Décès survenu à la suite de celui de Lionel Gaston Ndombi Mbadinga fin novembre dernier. Même si la mort est parfois naturelle, la disparition de ces voix remarquables qui s’éteignent les unes après les autres, laissent pantois les autres agents encore en vie. Eux qui, cloués au même sort, s’inquiètent en se demandant désormais impuissamment, à qui le tour ?


Leno KOLEBA

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