Médias/Nécrologie : Jean-Bernard Ikania n’est plus !

lundi 4 mars 2019 Société & environnement


Il faisait partie d’une des générations des journalistes gabonais qui avaient séduit énormément les amoureux du petit écran dans les années 80. Et comme beaucoup d’autres avant lui, Jean-Bernard Ikania vient de tirer sa révérence, après avoir longtemps souffert.

La nouvelle a de quoi surprendre même si nombre d’entre ceux qui le croisaient ou le côtoyaient le savaient malade. Souffrant de ces maladies que l’on qualifie à tort ou à raison chez nous de « maladies de civilisation », l’hypertension artérielle, ce journaliste émérite formé au Centre d’études des sciences et techniques de l’information (CESTI) de Dakar au Sénégal, a su donner avec abnégation tout ce qu’il avait tout au long de sa vie et de sa carrière exemplaire, avec sourire et humour. Jean-Bernard aimait la plaisanterie de bon goût et prodiguer de sages conseils aux générations montantes, ce qui faisait de lui ce que l’on qualifie ici de « bon grand » auprès de qui les plus jeunes avaient du plaisir à travailler. Ainsi, a-t- l permis à nombre d’entre eux d’être passionnés par le métier de journaliste.

Autre trait de caractère et non des moindres, J.B avait tout d’un homme éduqué dans le respect des valeurs traditionnelles, car il affichait respectueux face à chacun de ses interlocuteurs qu’il écoutait religieusement avant que de demander poliment s’il pouvait ensuite prendre la parole. Il prenait le soin de réfléchir mûrement avant que de donner sa version des faits ou de répondre à ses interlocuteurs. Ce qui n’était pas partagé par une bonne frange de ses contemporains. L’homme qui vient d’être donc arraché à notre affection était un être qui se distinguait de beaucoup d’autres par son immense politesse, sa droiture et son goût du service bien fait. Ce qui lui a valu d’être souvent appelé à des fonctions honorables auprès d’autorités ministérielles ou de responsables d’institutions constitutionnelles. Affable, il savait se faire oublier au point de nous laisser dire qu’il appliquait la fameuse formule « ce qui n’est pas moi vaut mieux que moi, je suis une force qui part ».

Son éducation transparaissait dans sa conduite au quotidien. Il donnait l’impression d’avoir été destiné à la carrière sacerdotale tant son expression était mesurée et sa quête de consensus l’habitait à tous les instants. Il était difficile de savoir quand est-ce qu’il s’opposait à un propos ou une intervention, seule sa réaction renseignait sur son point de vue par rapport à un sujet qui faisait polémique au point de diviser foncièrement certains de ses compatriotes. Jean- Bernard Ikania aura presque souvent joué un rôle d’arbitre parmi ceux-ci. C’est la même attitude qu’il n’avait cessé d’afficher au sein des rédactions qu’il a fréquentées à la Radio Télévision gabonaise.(RTG Chaîne nationale) et à Africa N°I où il figura parmi les tous premiers journalistes ayant lancé la radio au tout début des années 80. J.B n’était pas avare de compliments quand il reconnaissait en quelqu’un des qualités, ce qui est plutôt rare dans le milieu de la presse gabonaise où des confrères passent le plus clair de leur temps à parler dans le dos des autres ; les couvrant de toutes les insanités et proférant à leur endroit des propos peu amen.

On lui aurait souhaité longévité !

Le professionnel aguerri qui vient de nous quitter n’hésitait pas, non pas qu’il se rabaissait, mais parce qu’il savait toute œuvre humaine incomplète et perfectible, à recourir, y compris à un plus jeune ou à un nouvel arrivant dans la profession pour recueillir une information utile, ce que la pratique de son métier recommande d’ailleurs. C’était plutôt rassurant pour tous ceux avec qui il partageait la rédaction. Son humilité lui a certainement servi car on peut affirmer avec certitude que les portes s’ouvraient devant lui partout où il passait au lieu de se refermer comme c’est le cas pour bon nombre. Quoique se sachant malade, il faisait l’effort de continuer à vivre normalement, abandonnant cependant certains excès, tout ceci pour ne pas déranger, Dieu seul sait s’ils n’étaient pas nombreux, ceux dont le désir était de partager du temps avec lui pour tirer le meilleur de ce conseiller-né et de ce confrère sans problèmes à la vue de qui, l’on avait l’impression que la mauvaise humeur et la déception n’étaient pas de ce monde.

L’on notait également chez J.B, fait rarissime, une certaine constance dans le comportement, ce qui était surprenant. Jean-Bernard Ikania renvoie à tous ceux de notre génération l’image d’une époque où le journalisme était d’un grand attrait, car les professionnels nous donnaient l’impression de ne point souffrir par leur gaieté quasi- légendaire, alors qu’ils faisaient souvent face à de sombres réalités qu’ils devaient surmonter s’ils ne tenaient pas à abdiquer ou à être affectés par une certaine aigreur. Avec ses confrères de cette époque-là sous la houlette d’anciens très avisés, J.B s’est forgé un caractère au point de nous laisser dire qu’il n’est pas abusif sans flatteries de parler de lui en termes d’exemple et de repère. Dommage que, comme le souhaitent encore des journalistes de notre génération, ces « anciens » n’aient pas eu l’occasion à l’instar de nombre de leurs confrères européens de revenir prester à nouveau sur le petit écran pour voir s’ils n’étaient plus capables de faire des émules dans une société certes en pleine mutation, mais qui a encore un réel besoin de ces derniers, ne serait-ce que parce qu’ils sont pétris de qualité et peuvent s’investir dans la formation des plus jeunes.

Avec le départ de Jean-Bernard pleuvent ainsi des interrogations sur le statut des « anciens » que nous avons intérêt à ménager par tous les moyens, plutôt que d’accepter de leur faire vivre le calvaire imposé parfois extra-muros. Nous le disons parce qu’il nous arrive de croiser certains d’entre eux qui émettent le désir de reprendre langue avec les rédactions qui hélas ne leur accordent que très peu d’intérêt, dire que comme le vin, ils devraient devenir bons en vieillissant.


Dounguenzolou

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