Mercuriale/Immobilier : « Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs » !

lundi 2 juillet 2018 Economie


Le gouvernement gabonais vient d’exhumer l’ordonnance 2/75 du 16 janvier 1975, modifiée par l’ordonnance 1/87 du 26 février 1987, qui fixe les prix de location au Gabon. Tenue d’être appliquée par la Direction générale de la concurrence et de la consommation (DGCC), cette ordonnance fait débat à travers le pays alors que le problème du coût de la vie se pose.

Au Gabon, le montant des loyers sera désormais régi par la loi. Dans une note publiée, il y a quelques jours, par le Ministère de l’Economie, une ordonnance de janvier 1975 modifiée en février 1987 a été exhumée pour servir de référence dans la fixation des prix des loyers au Gabon. Selon le communiqué du Ministère de l’Economie, « les prix des loyers des immeubles ou locaux à usage d’habitation, à usage mixte d’habitation et professionnelle ou à usage commercial sont régis par des réglementations nationales et communautaires ». Le ministère n’invente donc pas la roue. Bien au contraire, il ressuscite une mesure tombée en désuétude, il y a plusieurs années. Les « parties aux différents contrats de bail » ont donc trois mois pour se rapprocher de la Direction générale de la concurrence et de la consommation (DGCC), structure publique chargée de l’implémentation de cette mesure, pour se conformer.

Pour Emmanuel Eyeghé Nze, le directeur général de la DGCC, il n’y a pas matière à débat sur cette ordonnance. « L’obligation faite par l’ordonnance est de viser les baux d’un montant supérieur ou égal à 200 000 francs CFA ». Et sa finalité est très claire : réduire les coûts du loyer au Gabon.
Certes, lutter contre la surfacturation dans le secteur de l’immobilier est une action salutaire, mais cette mesure ne peut-être implémentée avec autant de légèreté puisque plusieurs paramètres rentrent en compte. D’une part, il y a sa faillibilité vis-à-vis de l’actuel contexte socio-économique, (Ndlr : alors qu’elle existe depuis plus de 40 ans). D’autre part, se pose le problème du coût des matériaux de construction qui devient un goulot d’étranglement pour les Gabonais.

Adaptabilité temporelle

La mesure récemment ressuscitée et dont la volonté gouvernementale de mise en application ne peut-être sujet à débat, selon les autorités a été pondu il y a plus de 40 ans aujourd’hui. Durant ces années, elle a été muette laissant ainsi le marché s’organiser à sa manière. Si aujourd’hui, la conciliation entre gouvernance et social imprime une nouvelle direction, cette exigence ne peut se départir de la logique fondamentale. Le coût de la vie, il y a quarante ans était bien en deçà du niveau actuel. Nous étions alors à l’aube du boom pétrolier et le Gabon vivait des instants de gloire financière. Aujourd’hui d’une part, avec l’augmentation démographique, l’urbanisation avancée des villes et le facteur endogène de l’économie gabonaise lié à la crise pétrolière qui, pose un autre substantiel inhérent au coût de vie, pose en effet un problème d’adaptabilité de cette mesure vis-à-vis du temps. Le Gabon de 2018 n’est plus celui des années 70-80 par conséquent, les décisions et actions ne peuvent pas être orientées de la même manière. Ce qui pourrait peut-être expliquer les réserves émises depuis son annonce.

Entorse à la décision

Le marché de la construction connaît au Gabon d’importantes mutations qui ont au fil du temps a affecté la structure des prix des matériaux de construction et par conséquent le montant des loyers. Alors que la matière première de ces produits, planches de 5 mètres (6500 francs CFA), chevrons 5m (4500 francs CFA), lattes, contreplaqués, briques (entre 350 et 500 francs CFA), portes, fenêtres, barres de fer etc... sont fabriqués au niveau local, leurs prix dépassent la moyenne de ceux pratiqués dans certaines zone d’Afrique comme le Cameroun. Certes, la différence démographique peut en partie expliquer les coûts mais au niveau du continent, le Gabon figure certainement parmi les pays où les dépenses en matière de construction sont très élevées.

Le fossé entre les prix pratiqués sur les loyers entre le Gabon et les autres pays du continent notamment, au Cameroun voisin peut permettre de comprendre la cause immédiate à cette situation. Les tracasseries d’accès au terrain, à l’eau et à l’électricité influencent la mesure des prix. Pour un maçon interrogé sur le sujet, « l’Etat doit avant toute chose baisser les prix de matériaux de construction s’il veut espérer faire passer sa mesure ». Un avis partagé par l’opinion publique dont la critique est orientée vers les problèmes des coûts des matériaux de construction.

Créer un réel marché du logement

L’augmentation démographique combinée à l’exode rural a amplifié le problème du logement et conduit à une crise qui ne dit pas son nom. Avec un taux d’accroissement de sa population urbaine de 2,5% par an, le Gabon a depuis quelques années l’exigence de produire 6 149 parcelles chaque année pour construire 7 682 logements. Ce qui n’est pas le cas. L’offre disponible en foncier urbain aménagé ne représente que 1,8% des besoins du marché entre 2004-2008. Et depuis, les besoins en matière de logement ne cessent de croître et ce, malgré la présence des promoteurs immobiliers comme la Société nationale immobilière (SNI) et la société nationale de logement sociaux (SNLS) qui veulent semblerait-il inverser cette tendance.

Toutefois, la présence de ces acteurs n’a pas permis de réguler l’offre en matière de prix. Bien au contraire, elle a envenimé la situation en dopant le marché avec des prix d’acquisition de logements qui s’avèrent inaccessibles pour des citoyens lambda. Conséquence, cela a fait les beaux jours des promoteurs particuliers qui profitent aujourd’hui de la situation de désordre existant. Plus que jamais, il serait temps pour l’Etat de mener une enquête sur ce secteur pour mieux comprendre les besoins du marché.


Michaël Moukouangui Moukala

Répondre à cet article

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom

Articles relatifs