Mortalité néonatale : Perpétuer le recul de la prématurité

mercredi 18 juillet 2018 Santé


Le petit Larousse définit la Néonatalogie ou Néonatologie comme la discipline médicale qui a pour objet l’étude des nouveau-nés et le traitement de leurs maladies. Malgré l’appui de l’Organisation Mondiale de la Santé, du fonds des nations-unies pour l’enfance, du fonds des nations-unies pour la population et de la Première Dame, plusieurs femmes continuent cependant de mourir dans notre pays en donnant la vie. L’élection pour la seconde fois du Gabon au comité exécutif de l’OMS est le prétexte qui justifie notre analyse.

Le ratio estimé à 316 décès maternels pour 100.000 naissances demeure encore élevé bien qu’il ait connu une réduction de 4%, en tenant compte du rapport national des décès maternels de l’enquête effectuée dans 63 formations sanitaires publiques. Il y a 37 ans, la banque mondiale établissait pour sa part 79 morts sur 1000 naissances au Gabon où une adolescente âgée de 12-19 ans sur sept est déjà mère. La prématurité ou naissance avant terme de la grossesse normale (Ndlr : avant 37 semaines d’aménorrhée) demeure au hit-parade des décès. Tant et si bien que la Société Gabonaise de Néonatologie, SGN, tient notamment au respect de l’un des objectifs de développement durable, consacré à l’élimination des décès évitables des nouveau-nés et des enfants de moins de cinq ans.

La présidente de la SGN, Muriel Owono Megnier-Mbo, Professeur agrégée de pédiatrie-néonatologie, croyait si bien dire dernièrement à la faveur des premières journées nationales de néonatologie, que la primauté en mettant le cap vers 2030 serait de réduire de 12% le taux de mortalité en terre gabonaise. L’assertion du Chef de service de Néonatologie de l’hôpital d’instructions des armées Omar Bongo Ondimba arrivait à point nommé, surtout que le Ministre chargé des Relations avec les Institutions constitutionnelles de l’époque, assurant l’intérim de son collègue de la santé avait fort justement à propos, insisté sur cette problématique à l’amphithéâtre de l’école d’application du service de santé militaire de Libreville. A ce jour, certaines réalités quoique par moments cocasses interpellent en effet tout un chacun.

Le cas de cette jeune gabonaise sans ressources vivant à N’no Ayong sur la route de Cocobeach dans la province de l’Estuaire. Au septième mois de sa première grossesse, elle ressent subitement des contractions douloureuses intermittentes suivies d’un écoulement des eaux. Au petit matin de ce mardi qui coïncidait avec le début des travaux champêtres, elle décide alors de rallier Libreville mais déchante très vite, du fait du désarroi de son gynécologue plus prosaïquement, le fondateur du modeste cabinet de soins infirmiers dont les coûts des prestations étaient jugés très abordables. Son pouls s’accélère, la situation devient davantage préoccupante. C’est en dernier ressort que l’option d’une structure de référence est arrêtée par son concubin expatrié. Tout se passe bien à l’accueil, la parturiente enfante le lendemain par césarienne. Passons les détails : non-assurée à la CNAMGS, absence de layette, de médicaments, de poches de sang…

A bien y regarder, ce récit se veut révélateur des dangers en zones reculées. L’élaboration d’un nouveau plan national de développement sanitaire sert de levier à la nouvelle donne, en réduisant le poids des maladies évoquées plus haut qui causent encore du tort à la nation derrière le paludisme. La ministre d’Etat en charge de la santé, Denise Mekamne a d’ailleurs mis à profit son séjour à la maison des Nations-Unies à Genève, pour décliner dernièrement les grands axes du système national de santé qui intègre trois déclinaisons : la réforme de la gouvernance du secteur santé, l’amélioration de l’offre et la qualité des soins par la modernisation des infrastructures puis le développement des ressources humaines.

Défi majeur

Si l’on tient compte de certaines carences dans l’arrière-pays, le tétanos chez le nouveau-né peut par exemple être provoqué parce que l’objet utilisé pour couper le cordon ombilical n’a pas été préalablement stérilisé ou que le cordon ombilical n’a pas été aéré. Un praticien local est formel. Ce dernier soutient qu’il est très important de commencer à soigner le tétanos dès les premiers signes chez le nouveau-né ; surtout si celui-ci pleure sans arrêt et ne peut plus téter. L’absence à la naissance ou la présence anormale de réflexes (agrippement, marche automatique, succion) fait en revanche suspecter un déficit lié à l’état général du nouveau-né. En amont, moins la sage-femme intervient, plus il y a des chances que tout aille bien.

En revanche, des accouchements difficiles peuvent subvenir au moment où la future mère commence à saigner. Si d’aventure elle venait à perdre les eaux avant le début du « travail » ou si l’enfant dans le ventre n’est pas en position normale. Dans ce cas, mieux vaut la présence d’un spécialiste. La lutte contre la mortalité néo-natale demeure un défi majeur, malgré la reconstruction de la fondation Jeanne Ebori, mais également l’ouverture de services de néonatalogies dans les établissements publics civils et militaires d’une part et l’apport louable d’initiatives privées à l’image des polycliniques Chambrier et El Rapha d’autre part, il reste que la célébration le 17 novembre prochain de la 10e journée mondiale de prématurité devrait donner l’occasion à la SGN de procéder on peut aisément l’imaginer à une évaluation à mi-parcours, avec l’appui de la marraine Sylvia Bongo Ondimba, la Première dame.

Il va néanmoins sans dire que la limitation de naissances de prématurés passerait surtout par l’élaboration des moyens permettant, non seulement à la future mère d’attendre son bébé en bonne santé mais en sus, d’avoir accès à un suivi adapté. La caisse nationale de sécurité sociale s’y emploie certes en partie dans l’un de ses volets. La gratuité depuis peu des frais du bilan prénatal, d’accouchements et de soins postnataux, ajoutée à l’octroi de kits ( ensemble comprenant le nécessaire d’accouchement, une bassine et une layette) s’inscrit fort justement dans cette optique pour celles des femmes régulièrement assurées par la caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale. Il n’en faudrait pas plus pour déplorer malgré tout, les faiblesses de certaines de nos compatriotes devant quelques usagers dans le désarroi. Les écrits de Confucius ne s’énoncent-ils pas pour elles comme une invite ?

Le philosophe chinois semble les interpeller, pour ainsi dire à travers cette pensée qui en dit long : « Agis avec gentillesse, mais n’attend pas de la reconnaissance ». Si l’on se réfère au Mali, la maternité sans risque repose depuis plus d’une décennie sur l’amélioration de la référence et les évacuations avec en corollaire, la bienveillance des accoucheuses traditionnelles recyclées sur la base de l’initiative de Bamako. Au Cameroun voisin, le programme national multisectoriel contre la mortalité maternelle, néo-natale et infanto-juvénile conforte la baisse des chiffres. Selon cet organisme, Ils sont passés de 37 décès pour 1000 naissances en 1998 à 28 en 2014. 22000 nouveaux nés meurent chaque année, soit 61 par jour. En revanche, 6000 femmes décèdent chaque année en voulant donner la vie.


P.B

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