Nécrologie/Africa N°1 : Louis-Marie Lourou tel qu’il nous paraissait

vendredi 14 juin 2019 Société & environnement


L’on a souvent coutume d’épiloguer lorsque la mort frappe une personnalité très en vue du fait de son statut social, oubliant qu’il est des femmes et des hommes qui méritent que leur décès soit tout aussi commenter que le leur. Devant en effet le triste sort de l’humanité, chacun devait pouvoir se poser la question de l’utilité pour la société du passage sur terre de chaque individu sans restriction, car s’il est des gens occupant les premières loges et par conséquent plus visibles que d’autres, il en est également dans la plèbe qui méritent d’être pris en considération pour les actes posés de leur vivant, actes ayant souvent contribué autant que d’autres à l’évolution et à la quiétude sociale, nous allions dire au développement. Tel semble être à notre humble avis le cas de l’agent de liaison Louis-Marie Lourou que le Seigneur vient de rappeler à lui très certainement pour lui garantir la paix éternelle à laquelle il n’aurait jamais aspiré ici bas.

Nous l’avons connu à Africa n°I et les souvenirs que nous avons encore de lui sont tellement vivaces que nous avons du mal à croire qu’il nous a définitivement quittés. Louis-Marie Lourou fascinait par sa sobriété et son efficacité. Son sourire en coin vous laissait croire qu’il banalisait ce qui se disait, y compris sur sa propre personne, et pourtant, il arrivait parfois à cet être peu loquace de vous surprendre lorsqu’il répondait aux propos que vous teniez.

Toujours dans un ton calme, lent et mesuré sans doute dans le souci de ne pas frustrer les esprits sensibles, Dieu seul sait s’il y en a dans les milieux des médias prompts à des commentaires de toutes natures sur tous les sujets évoqués en leur présence ou en leur connaissance. Caractéristique transparente de l’homme qui nous a quittés récemment, il ne refusait aucun service d’où qu’il provienne, c’est dire qu’il savait se mettre à la disposition de tous selon son emploi du temps. Ce qui faisait de lui un compagnon plutôt agréable, disponible et affable.

Arrivé à Africa n°I à l’époque où les autorités de la radio africaine lançaient l’opération de gabonisation des agents de liaison, Louis-Marie fut parmi les rares dont le profil tant professionnel qu’éthique satisfaisait, celui à propos duquel l’on disait moins de mal comme s’il avait été soumis au préalable à une minutieuse enquête de moralité. Toujours à l’heure au petit-matin, tranche accaparante allant de trois heures du matin à neuf, voire dix heures, à laquelle il a servi de longues années durant, il ne daignait pas vous déranger en dehors du fait qu’il vous informait une heure au moins à l’avance de sa venue chez vous, mais vous attendait patiemment à bord du véhicule avec les risques que cela comportait et ne venait très poliment cogner à votre porte que lorsqu’il constatait que vous preniez du retard dans la préparation ou au réveil. Ce qui constituait un sujet de discussion et de raillerie lorsque vous veniez prendre place à bord du véhicule dans la bonne humeur et le respect mutuel qu’il affectionnait.

En dehors des heures de travail, Louis-Marie poursuivait dans la bonne humeur et le respect d’autrui. Sa sobriété dans tous les domaines avait de quoi surprendre des compagnons plutôt portés vers les libations et les mondanités qui constituent la caractéristique principale des hommes des médias non pas seulement au Gabon, mais à travers l’Afrique et le monde. Nous ne l’avons jamais entendu hausser le ton quelque soit son degré d’insatisfaction, ce qui nous laissait dire qu’il avait hérité de la sagesse légendaire des grands Africains.

Catalyseur de la bonne humeur

Louis-Marie savait tempérer les ardeurs des uns et des autres lorsque constatant qu’une altercation était sur le point de survenir et était de nature à nuire à l’harmonie du groupe, il usait de psychologie, vous dissuadant de ne pas verser dans la palabre stérile ou au pire des cas dans l’affrontement, ce qu’il redoutait. Juste après qu’il ait réussi à vous réconcilier, il vous souriait, histoire de vous convaincre de l’inutilité de votre dispute et de vous ramener à de meilleurs sentiments. Après quoi, il veillait à raccompagner chacun jusqu’à son domicile profitant du temps et de l’attention que vous lui accordiez pour vous convaincre qu’il ne servait à rien de s’opposer alors que vous étiez appelé à partager trop de choses en commun.

En fait, il voulait ici signifier, comme il avait coutume de nous le dire, que nous passions beaucoup plus de temps sur notre lieu de travail qu’à la maison pour qu’il ait été nécessaire de créer la division entre nous, plutôt fallait-il, selon lui, que nous développions des relations fraternelles, ce d’autant plus qu’il arrive souvent que chacun fasse face à des situations difficiles pour qu’il ne veuille pas solliciter l’intervention de son prochain.

Avec Lourou, nous avons passé de très bons moments avant qu’en 2008 lors du rachat de la radio par la Libye, nous nous séparâmes et qu’il soit allé servir contre son gré à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS), son dernier employeur chez lequel il a finalement tiré sa révérence. Sûr que là-bas aussi, il s’est fait remarquer par ses mêmes qualités, en attestent les rapports qui nous parvenaient de ses nouveaux collègues. Depuis, nos rencontres étaient fortuites, même si elles continuaient de donner lieu à des salves de rire ponctuées d’amusements rappelant la candeur des relations qui nous avaient toujours unis.

C’est donc dire si nous ne sommes pas aujourd’hui orphelins d’un homme qui a passé le plus clair de son temps à insuffler la bonne humeur chez les membres de son entourage et à faire prévaloir l’utilité et la nécessité d’une entente cordiale entre humains.

Chrétien-pratiquant, il l’était, ce pourquoi il veillait à ce que les dix commandements de Moise guident chaque jour que Dieu fait les pas de ses semblables en tête desquels ceux qu’il côtoyait au quotidien et avec lesquels il avait tissé des liens éternels et familiaux. Nous prions le Seigneur de l’accueillir dignement auprès de lui dans son royaume et les hommes de s’investir dans la quête de la paix et l’harmonie entre eux pour que la terre que nous partageons tous soit légère au moment où nous aussi allons la quitter nul n’étant éternel. Puisse l’exemple de Louis-Marie Lourou nous interpeller pour que nous aussi veuillons servir de modèles aux autres en contribuant comme lui l’a fait avec brio de son vivant à resserrer les liens entre humains et à bâtir une terre pacifiée et digne d’être considérée comme un espace où il fait bon vivre et se développer.


Dounguenzolou

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