Nécrologie : Ce que nous inspire la mort de Jacques Chirac

vendredi 27 septembre 2019 Politique


Le général de gaulle dont on connaissait la diatribe et la volonté de maintenir l’Afrique sous le joug colonial avait en son temps « averti » en substance : « la France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts ». Qu’était-ce alors la France–Afrique ? Difficile de répondre à la question tellement celle-ci cache des nébuleuses qui ne relèvent pourtant plus du secret puisqu’en Afrique tout comme en Europe, il est des gens de plus en plus sensibilisés sur les questions des rapports de leur continent avec l’Europe sachant distinguer le mal du bien au point de ne plus s’interroger sur l’origine de leurs malheurs. Qu’est-ce qui a changé entre Jacques Chirac et ses prédécesseurs ? Rien sauf sa présentation par l’opinion nationale comme un homme populaire, « un bon français » pour reprendre en substance l’expression d’Emmanuel Macron, un autre Françafricain ayant donné l’impression de respecter ce qui au demeurant a contribué à la crédibilité de la France à travers le monde.

Jacques Chirac avait visiblement des comptes à rendre à ses compatriotes français, mais certainement pas aux Africains du fait qu’il incarnait la continuité de la Vème République qui n’a pas connu de bouleversement fondamental en dépit de l’accession de François Mitterrand à la présidence de la République en 1981 et de sa réélection une fois son premier mandat achevé.

Certes comme nombre de ses devanciers, le président de la « Patrie des droits de l’homme » avait juré la main sur le cœur qu’il ne s’engagerait plus à soumettre les populations africaines au dictat de la France, « mère civilisatrice et régente administrative des anciennes colonies pourtant devenues dans les textes indépendantes », c’était sans compter avec la real politik qui lui exigeait de d’abord prendre en compte les problèmes auxquels font face les Français avant que de penser satisfaire ceux qui préoccupent les Gabonais en particulier, les Africains en général.

Si, ainsi que l’affirment à juste titre et sincèrement très certainement de nombreux Français, qui le présentent comme un homme populaire à l’écoute de ses compatriotes, Jacques Chirac a été l’homme de la situation, que pensez d’un général de Gaulle, d’un Georges Pompidou, d’un François Mitterrand pour ne citer que ces grandes figures de l’histoire politique française ? Qu’ont les Africains tiré de leur magistère pour que l’on en soit à encenser celui de Chirac qui, à notre humble avis, ne s’est inscrit que dans la continuité avec ceci de particulier qu’il apportait une touche toute particulière qui était celle du contact direct qui donnait l’impression d’être totalement affranchi du protocole et de la gestion militarisée d’une tournée ou sortie présidentielle, alors que le fonds restait le même.

Nul n’ignore la relation étroite nouée entre les Chirac et les Bongo au Gabon, relations répondant sans aucun doute à une volonté, mieux à une détermination séculaire de la France, ancienne puissance coloniale, de sauvegarder ce qu’il lui était encore possible de faire, installant dans certaines zones des « roitelets », pour reprendre une expression que nous devons à feu Omar Bongo Ondimba, au pouvoir. Avant Chirac, l’Afrique tout entière a suivi avec un intérêt particulier le mot de la Baule de François Mitterrand qui conditionnait l’aide publique de la France aux pays du sud à l’instauration de la démocratie, qu’en a-t-il été jusqu’à sa disparition ?

De même, Chirac qui s’accommodait de ses relations avec les chefs d’État africains et qui se présentait comme « l’ami des Africains » comme il semblait l’être d’ailleurs pour les Français, a épuisé sa présence à l’Élysée sans rien apporter de concret aux peuples de l’Hémisphère sud en matière d’émancipation, de prise en compte de leur destin, pour ne pas dire de démocratie, ce pourquoi ils sont encore nombreux sur le continent à se poser la question de savoir si, en dépit des changements intervenant au sommet de l’Exécutif en France, cela suffit à croire que les promesses des fils d’Astérix le Gaulois sont à prendre pour argent comptant.

Il est facile de comprendre à cet instant l’argument de l’ancien président français tenu à Dakar au Sénégal lors d’une de ses tournées africaines, présentant la démocratie comme étant un luxe pour les Africains ! Ne devrait-on pas se poser des questions sur le retardement de l’alternance appelée pourtant de tous ses vœux depuis des décennies par les Africains ? Surtout quand on sait les alliances nouées et aujourd’hui connues de tous entre membres des fratries universellement reconnues qui tentent de se dissimuler y compris dans des œuvres dites caritatives couvrant leurs activités malfaisantes, eu égard au fait que les populations éprouvent toujours le grand mal du monde à trouver satisfaction dans les politiques entreprises par les décideurs apparemment télécommandés de l’extérieur.

S’il est un bilan que les Africains doivent retenir de Jacques Chirac, lequel serait-il puisqu’ils ne semblent pas avoir vu leurs ambitions réalisées et leur volonté de changer de mode de gestion bénéficier d’un accompagnement international venant surtout de la France en raison des liens historiques qui lient ce pays au Gabon pour ne citer que cet exemple. Comme pour dire que les Africains pleurent, pour ceux qui ont encore des larmes, un homme d’État qui s’est investi pour son pays comme ils auraient voulu que les leurs le fassent pour eux, mais certainement pas un ami quoiqu’il se soit ainsi présenté face à eux.

Après tout, l’idée selon laquelle « rien n’est éternel » n’est pas vaine pour qu’on l’oublie, histoire de dire qu’il faut à chaque être humain qu’il soit du nord, du sud, de l’est ou de l’ouest, s’interroger sur ce qu’est l’humanité pour qu’il soit aidé utilement dans l’accomplissement de ses missions.


Dounguenzolou

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