Plan d’austérité : Un dialogue social pour faire avaler la pilule !

mardi 23 avril 2019 Politique


Dénoncé comme inégalitaire et dévastateur du tissu social, le plan d’ajustement budgétaire du gouvernement, dicté par le Fond monétaire international (FMI), est vivement rejeté par la plupart des partenaires sociaux. Ces derniers multiplient des grèves et autres marches, en refusant de payer la facture de la mauvaise gouvernance dont ils ne sont en rien responsables. C’est au milieu de ce feu de critiques que le premier ministre, Julien Nkoghe Bekale, a convoqué, mardi 23 avril 2019, un dialogue avec les responsables syndicaux pour tenter de trouver une trêve sociale.

L’image est forte de symboles. D’un côté, un gouvernement contraint par les bailleurs internationaux aux réformes, afin de trouver un équilibre budgétaire dans un contexte économique difficile. De l’autre, les représentants des organisations syndicales qui rejettent vivement ces réformes visant, disent-ils à « précariser davantage » les travailleurs. Surtout qu’il s’agit des travailleurs qui n’ont participé, ni de loin ni de près à ce qui s’apparente aujourd’hui à une asphyxie financière de l’Etat. Dans ce contexte de tensions extrêmes, le gouvernement sait qu’il lui est impossible d’appliquer ces réformes obligées, s’il ne dispose pas d’une administration qui accepte de se mettre au pas. Puisque l’application des premières mesures comme la réforme de bourses, prévoyant un âge éligible de 19 ans maximum et une moyenne égale ou supérieure à 12/20 au baccalauréat, a déjà sonné le tocsin de la contestation des élèves contre ces mesures dites d’austérité.

Le tout, avec le soutien des parents, syndicats, mais aussi des politiques, qui ont tous dénoncé une « fuite en avant » du gouvernement. Lequel, faute d’avoir assis des conditions préalables, notamment la construction des établissements et la formation des enseignants, cherche par tous les moyens à supprimer la bourse à des milliers d’élèves en décrétant des conditions d’excellence difficiles à réunir dans l’état actuel de l’école gabonaise. Acculé et poussé ainsi en minorité, Nkoghe Bekalé joue désormais la carte de la négociation pour essayer de trouver une trêve sociale sans laquelle il lui sera impossible de travailler. Car il sait qu’une reculade de son équipe devant cette grogne sociale serait signe d’un échec que le FMI, le grand argentier mondial n’accepterait certainement pas. Mais que peut-on attendre d’un dialogue apparemment de trop, alors que les conclusions de ceux tenus en 2012 et 2014 souffrent encore d’un défaut d’application ?

A cette question, les partenaires sociaux qui doutent encore de la bonne volonté du gouvernement, savent que celui-ci ne négocie très souvent que quand il se trouve dos au mur. Une façon de gagner du temps. Mais par-dessus cette mauvaise volonté du gouvernement, ils veulent croire que cette fois sera la bonne. Et leur participation presqu’inclusive à cette table ronde n’est pas une façon de se faire avoir, une fois de plus, mais plutôt un moyen de placer Nkoghe Bekalé et son équipe devant leur responsabilité. La grande inconnue désormais reste de savoir si le gouvernement va reculer sur certains détails de son plan d’austérité, dans le souci d’obtenir une trêve sociale, ou va-t-il au contraire, comme il sait le faire, jouer sur la division de la pléthore des syndicats à ces discussions pour passer en force. Dans tous les cas, quel que soit le résultat des négociations, et au regard des enjeux, le premier ministre sait qu’il est dans une position délicate, qui n’exige ni fourberie ni passage en force, mais réalisme, la négociation étant l’art de faire des concessions.


Leno KOLEBA

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