Politique étrangère : Etienne Tshisekedi Wa Mulumba, immortel !

jeudi 6 juin 2019 Politique


Nous entendons par immortel quelqu’un qui est éternel, c’est-à- dire qui vit pour toujours. Non pas qu’il soit physiquement de ce monde à travers les siècles, mais que sa mémoire soit présente à travers les générations, ce qui suppose que parce qu’il reste présent dans les esprits, nombreux sont ceux qui peuvent s’inspirer de lui et bâtir des nations portées vers l’excellence. En suivant, il y a quelques lunes, les obsèques d’Etienne Tshisekedi Wa Mulumba, nous avons appris ce qu’il a représenté en réalité pour le Congo et pour son peuple et nous nous sommes mis à croire que finalement, il est des jugements de valeur que l’histoire révèle au grand jour et dont les peuples se défont facilement lorsqu’à la place des théories ou des paroles mensongères distillées très souvent par les gouvernants de nos États, se substituent celles qui, quoique faisant mal parce que ne satisfaisant pas certains détracteurs mus par leur mauvaise foi, sont de nature à apporter l’information, la vraie, et rassurer dans un environnement qui accorde plus de place à la fausseté, aux ragots, au « kongossa », surtout lorsque ceux-ci sont portés contre une personnalité leur faisant ombrage et les empêchant de tourner en rond.

Voici l’une des personnalités africaines les plus en vue qui a « commis l’erreur » de s’être rangée du côté du peuple dont la souveraineté n’est encore que factice pour, comme cela s’était passé dans l’histoire de la libération des nations de nos anciens colonisateurs, lui faire prendre conscience de son rôle non-négligeable et de sa responsabilité historique dans le devenir de son pays. Comment ne pas tenir pareil propos quand l’on sait que du temps de Mobutu Sese Seko, s’opposer à la philosophie du « roi léopard » était, nous l’avons appris entre autres actes par la condamnation à mort dans les années 70 de Ngunz’ Karl’-I-Bond, son chef de la diplomatie de l’époque, risqué la potence ? Mobutu était intransigeant, lui, qui tenait à ce que tous aillent se prosterner à ses pieds et se soumettre à son dictat même quand il était évident que les droits de la personne humaine étaient menacés pour ne pas dire violés.

Cependant, Etienne Tshisekedi Wa Mulumba fut l’un des très rares citoyens zaïrois, congolais devenus, à faire parler sa conscience et sa raison au point de sortir du monolithisme ambiant caractérisé par l’appartenance et la soumission au Mouvement Populaire de la Révolution (MPR) que l’on qualifiait dans les milieux éclairés de « Mourir Pour Rien », pour créer l’inamovible « Union pour la Démocratie et le Progrès Social » (UDPS) pour laquelle il a consacré le restant de sa vie en quête de justice sociale, de démocratie et de liberté. Ce qu’il a obtenu, l’histoire lui ayant donné raison, en favorisant l’arrivée au pouvoir d’un régime de transition symbolisé par le Dzee Laurent-Désiré Kabila dont la mémoire a failli être trahie par son fils de successeur Joseph Kabila Kabangué auprès des Congolais du fait de sa volonté de se cramponner au pouvoir n’eut été l’entêtement de ces derniers et le rôle de régulation et d’autorité morale joué pleinement par l’épiscopat profondément influencé par monseigneur Laurent Mosengo Pasinya.

Si certains esprits obtus, peut-on affirmer à l’analyse, considèrent que Joseph Kabila Kabangué est le père de la démocratie congolaise, plus de 80, sinon 90% des Congolais, quoique nos sociétés ne supportent pas les sondages leur préférant l’observation empirique, pensent le contraire parce qu’ils ne comprennent pas qu’alors qu’ils revendiquaient leur droit à la liberté, ce dernier s’y opposait, optant à la place de la clarté des débats qui lui était exigé, se murer soit derrière un silence, soit derrière des menaces, soit encore derrière des subterfuges, histoire de gagner du temps et adapter sa stratégie aux réalités du moment pensant peut-être que les puissances occidentales soutenant les régimes dictatoriaux d’Afrique devaient lui suggérer d’autres méthodes pour continuer de maintenir dans l’asservissement des populations qui croyaient qu’avec le « mobutisme », l’histoire du Congo, ancien Zaïre, était partie pour s’écrire sous de nouvelles auspices.

L’exemple venant d’en-haut, le Congolais retiendra qu’il a hérité d’un repère, Etienne Tshisekedi Wa Mulumba, plusieurs fois emprisonné pour « délit d’opinion » et ayant souffert le martyr sans se déjuger comme cela se voit partout ailleurs en Afrique à l’exception de l’Afrique du sud de Mandela ou sous certains cieux, fait rarissime, où d’autres patriotes convaincus ont cru véritablement en leur pays et continent et ont tenté d’amener d’autres restés dans leur minorité à comprendre l’essentiel d’une cohabitation entre Africains et d’une solidification de leurs liens au cas où ils tenaient à ce qu’ils entrent dans le concert des nations mondiales par la grande porte.

A chacun selon son aura

Tshisekedi Wa Mulumba reste et restera à coup sûr l’homme qui aura, comme les Rousseau et autres Montesquieu du XVIIIème français, permis à la majorité de ses compatriotes de prendre en mains leur destin afin de revendiquer contre vents et marées leurs droits fondamentaux tant qu’ils n’auraient pas obtenu l’assurance que leurs points de vue étaient pris en compte par les décideurs qui, avouons-le, ont de tout temps milité, en dépit d’un discours flatteur, en faveur de leurs intérêts personnels. La maison de Tshisekedi, allez- y la visiter au quartier Limété de Kinshasa, est demeurée celle dans laquelle le Docteur a toujours vécu, sans folie de grandeur, sommaire, pour démontrer sans doute à tous qu’il n’est rien de plus grand que de garder son régime naturel, le mimétisme qu’il combattait ne payant point, il suffit de se poser la question de savoir où repose la dépouille mortelle du maréchal Mobutu et de voir dans quel état se trouve Gbadolité aujourd’hui pour s’en convaincre.

Lui, malgré l’attitude néfaste adoptée avant que Félix Tchiyombo Tshisekedi n’accède au pouvoir par Joseph Kabila Kabangué, ayant eu droit à des obsèques nationales comme on n’en voit que pour des personnalités qui ont réellement marqué l’histoire. On se souviendra toujours de Nelson Mandela qui au soir de sa vie avait réussi l’exploit de voir transformer sa demeure en lieu de pèlerinage et de léguer par testament le produit de la vente de ses biens à des organismes humanitaires. Ses obsèques avaient mobilisé des journalistes venus du monde entier des semaines, voire des mois durant, qui avaient élu pratiquement domicile à la devanture de sa demeure considérant que sa mort constituait un évènement de portée planétaire. Il n’en n’a pas été autrement pour Tshisekedi Wa Mulumba qui, du stade des martyrs à sa dernière demeure de la N’Sélé, a eu droit à un traitement presque similaire. Ce qu’il faut surtout retenir, c’est l’affirmation de l’illustre disparu pour ses idéaux qu’il a rappelé maintes fois jusqu’à ce qu’il ait senti la mort le menacer.

Des idéaux qu’il a vulgarisés en guise d’invite soutenue aux populations pour les pousser à comprendre et surtout s’approprier l’idée selon laquelle la lutte engagée par lui devait demeurer un combat de tous les instants eu égard au fait que rien ne s’obtient en restant passif et inconscient. Et les confortant dans la thèse selon laquelle, paraphrasons le grand musicien congolais des époques des indépendances, Franklin Boukaka, « …sur terre tout le monde doit mourir, mais toutes les morts n’ont pas la même signification ». La disparition d’Etienne Tshisekedi Wa Mulumba en effet, ne doit pas être banalisée, ce d’autant plus qu’elle peut être assimilée à celle avant lui de nombre d’Africains qui ont sué sang et eau pour obtenir de leurs bourreaux qu’ils se soustraient aux idées des Lévy Brühl pour qui, en substance, « le nègre n’avait pas de conscience ».

Mieux, cette mort devrait constituer une occasion pour « ces fous qui nous gouvernent » de réfléchir au rôle qui devait être le leur dans la réalisation de projets de société qu’ils clament sans cesse, mais dont la réalisation reste problématique.


Dounguenzolou

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