Portrait post-mortem : Atoz parti, « Macho » tu n’auras pas vécu inutilement !

mercredi 4 juillet 2018 Culture & people


C’est lorsque j’ai appris soudainement la mort de celui que j’appelais affectueusement, avec moi de nombreux autres de ses disciples des années 80, « Macho » que je me suis souvenu de la maxime latine « Nec pluribus impar », entendez « non égal au grand nombre »qu’il avait demandé que l’on affiche sur les tee-shirts de l’ancien Centre Universitaire des Sciences Politiques et du Développement, CUSPOD. Établissement, pour être franc dans lequel j’ai appris à véritablement connaître l’homme quoique son histoire me fut déjà suffisamment conté par de nombreuses personnes qui avaient l’habitude de l’homme depuis son Ogooué- maritime natal à son retour au Gabon en passant par son passage à la tête de certaines institutions scolaires à l’instar du Lycée d’État de l’Estuaire. Mais le temps importait-il pour juger un homme dont le comportement est resté toute sa vie l’un des plus stables de la République ?

S’il est effectivement des Hommes changeants, Anges-François Ratanga Atoz n’en faisait pas partie, lui, pour qui la lutte contre les inégalités, l’injustice, la calomnie et bien d’autres vices constituait la raison de vivre pouvions-nous affirmer. Combien dans ce siècle commençant sont-ils, les Gabonais, qui sont prêts à consacrer l’essentiel de leur vie à la défense des intérêts du grand nombre ? Pas démagogique ce propos lorsque l’on a connu l’illustre disparu ! En effet, combien de générations de jeunes Gabonais « D.G » n’a-t-il pas inspiré ? Combien de générations n’a-t-il pas aidé à s’affirmer ? Combien de générations ne l’ont- elles pas suivi ? Tel un chef militaire aimé et respecté en effet, le tribun qu’était Atoz drainait des foules acquises à sa cause et prêtes à accomplir le geste qu’il exigeait d’elles pour leur bien et la réalisation de leur destin parfois enfoui dans le doute persistant qu’occasionnaient les frottements hostiles avec des personnages dont la seule intention était de nuire.

Devant « ses troupes », l’illustre disparu qui avait le sens de la répartie affrontait le tout-venant avec des termes appropriés. Nous nous souviendrons par exemple qu’au plus fort de la concurrence entre les deux institutions supérieures qu’étaient l’Université Omar Bongo et le Centre universitaire des sciences politiques et du développement, CUSPOD, Anges-François Atoz Ratanga, alors Directeur général de la dernière des institutions citées, répondait aux détracteurs avançant que les enseignements dispensés dans celle-ci par des formateurs venant de l’UOB, en dehors de reposer sur le seul « Livre vert », ce qui était totalement faux, étaient bâclés, que comment admettre qu’en traversant le marché de N’kembo à mi-chemin entre les deux établissements, quelqu’un ait pu perdre sa science au point d’arriver de l’autre côté complètement inculte ?

Quel ne fut pas également le combat d’Atoz lorsqu’il fallu convaincre les autorités de la permanence nationale du Parti démocratique gabonais en tête desquelles Léon Augé, Ministre en charge des organismes spécialisés de la formation politique, d’admettre qu’il était plus qu’urgent et nécessaire que l’École des cadres du parti se mua en Centre universitaire des Sciences politiques et du développement, CUSPOD, et que surtout ses programmes subirent les aménagements qui s’imposaient ?L’histoire lui aura et pourtant donné quelques temps après raison quand de nombreux étudiants dudit centre universitaire rivalisait avec d’autres issus de tous les horizons pendant par exemple les concours d’entrée à l’École nationale d’Administration, ENA, et l’Institut de l’Économie et des Finances, IEF, pour ne citer que ces exemples parlant sur le territoire gabonais.

Comment ne pas évoquer les partenariats scellés avec de prestigieuses universités occidentales, françaises en particulier, dont celles de Paris I (Sorbonne), de Bordeaux III et de Reims qui accueillirent avec succès certains apprenants de l’ancienne École des cadres du Parti ? Que dire des séminaires dispensés ici même à Libreville par d’éminents professeurs desdites universités, nous ne citerons à titre d’exemple qu’André Jean Tudesq et Marc Jimenez, sans vouloir nous étendre sur des interventions tout aussi remarquables, nous ne citerons que celle de l’ancien Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Gabon auprès du Royaume de Belgique et près la Communauté économique européenne, André Mangongo-Nzambi sur les Accords de Lomé.

Anges-François Ratanga Atoz insufflait partout où il passait une dynamique nouvelle. Ceux qui l’ont connu en tant que proviseur du Lycée d’État de l’Estuaire ne nous démentiront pas, eux, qui ont, tous les jours, vu l’illustre disparu les entretenir comme il le faisait quotidiennement au CUSPOD sur la tenue, arguant que l’habit ne faisait pas le moine, mais que l’on reconnaissait le moine à son habit. Auprès de lui, de nombreux jeunes Gabonais pour ne pas dire compatriotes ont donc appris à se valoriser en prenant au sérieux leurs études et leur port vestimentaire et s’affichant désormais comme des gens élégants plaisants à voir et pouvant de ce fait bénéficier de la considération des autres. Atoz était homme décomplexé qui tenait à tout prix à partager ses vues avec tous ceux qui le côtoyaient. Cette attitude, il l’affichait partout, de l’institution où il donnait cours comme à l’Université Omar Bongo, UOB, au restaurant en passant par la rue où il était si souvent vu en compagnie de connaissances, d’amis, d’admirateurs ou de passionnés de culture qui l’approchaient chacun pour ses raisons souterraines parfois.

Qu’elles sont nombreuses, les générations qui garderont de lui un souvenir impérissable non seulement dans la province qui l’a vu naître, mais aussi partout où il est passé sur le territoire gabonais et l’extérieur, car Atoz n’avait pas de secret, s’affichant comme un homme « citoyen du monde » qui était prêt à apporter et à recevoir dans la plus stricte des humilités, même s’il lui arrivait d’affirmer son appartenance à une certaine aristocratie pour amuser ou pour rappeler à tous ceux qui en doutaient qu’il n’était pas né de la dernière pluie. Toutes ces lignes, loin de présenter l’homme en entier, ne constituent qu’un modeste appel à la reconnaissance d’un homme qui a brillé beaucoup plus par sa magnanimité que par ses mauvais actes. Ceci constitue une invite à l’endroit de tous ceux que la vie d’honnêtes Gabonais aura marqués pour qu’ils s’investissent sur la description de leur parcours. Histoire de paraphraser Eméry Patrice Lumumba lorsqu’il affirmait qu’un jour l’Afrique écrira sa propre histoire.


Dounguenzolou

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