Portrait posthume : L’extinction de la voix mielleuse !

lundi 24 décembre 2018 Société & environnement


Yves Antonio Ogoula avait le don de marquer à tout jamais l’existence de ses congénères. L’homme, débordant de bonne humeur, croquait la vie à pleine dent. Ce journaliste émérite vient malheureusement de franchir la « porte du non retour », emporté par une courte maladie, le 21 décembre dernier. Klaus, YAO, Ogoula, Mougoule, Yves de Paris… laisse derrière lui des milliers d’âmes éplorées dont une concubine et 3 enfants. Il fut mon frère, ami et collègue, que les puristes de l’éthique et de la déontologie journalistique ne me tiennent pas rigueur pour la longueur de l’hommage.

Une voix angélique, un micro, une plume qui savait avec des mots révéler les maux. Yves Antonio Ogoula était épris de justice. En 1986, comme il aimait à le rappeler, il reçut une révélation divine, l’exhortant à devenir journaliste. Attentif à ce message ésotérique, YAO va commencer à regarder d’un autre œil les médias de Port-Gentil, ville dans laquelle il réside en raison du parcours professionnel de sa défunte maman.
« Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre d’années », le jeune lycéen inscrit en classe de 5ème, intègre Radio Liberté où il anime l’émission : « A l’écoute du Monde ». La fougue de la jeunesse et le désir ardent de briser le plafond de verre aidant, Yves de Paris gagne en popularité. Véritable diamant à l’état brut, YAO, tout en poursuivant ses études, va par la suite officier à Radio Unité, avant de rejoindre, après son baccalauréat, le pays de Léopold Sedar Senghor, le Sénégal.

RFM, la révélation…

Petit-à-petit la prophétie se concrétise, il est admis au Centre d’Etudes des Sciences et Technique de l’Information, CESTI, de Dakar au Sénégal. L’amateur devient un professionnel aguerri de l’information. En 2000, il est recruté à Sport FM dans la localité de Thiès. Une aventure qui va durer trois ans. Puis Sport FM se mue en Radio Futurs Médias, RFM. Une aubaine pour ce jeune gabonais pétri de talents. Yves Antonio Ogoula taquine désormais une audience beaucoup plus grande. Lève-tôt, Ogoula va présenter l’édition d’information de 7h pendant très longtemps, réveillant la capitale sénégalaise avec sa bonne humeur contagieuse. Mais là où il aura plus marqué le Sénégal, c’est dans les commentaires des matchs de football, un registre qu’il affectionnait particulièrement.

D’où son périple international avec l’équipe nationale de football, « Les Lions de la Téranga ». Ce gabonais a pu ainsi découvrir des pays tel le Malawi et tant d’autres. A son actif également la couverture de nombreuses CAN et le Mondial de 2002, pour ne citer que ces exemples. En 2009, il rentre au pays pour raisons familiales. De contraintes en contraintes, il ne peut regagner le Sénégal. Gêné par des « démangeaisons radiophoniques », il va pour « ne pas perdre la main », disait-il, intégrer Top Bendje à Port-Gentil, et c’est précisément là-bas que j’ai commencé à le côtoyer. Ayant tous deux étudiés au Sénégal, la connexion fut immédiate et nous devînmes très proches. Par la suite, le destin nous conduira d’abord à Africa n1 où il a laissé son empreinte indélébile dans la tranche horaire de la Matinale (Ndlr : 5h30-9h30) et au desk sport, puis à Gaboneco.com.

Mougoule, l’ami fidèle !

Toutes les personnes qui ont côtoyées Mougoule sont unanimes. Le défunt avait le don de briser la glace en un laps de temps. Sa célèbre question « Tu m’aimes ? » faisait toujours de l’effet même après l’avoir entendu mille et une fois. Pour lui, l’amour entre êtres humains devait être magnifié à tous vents et sans arrière-pensée. Il était d’avis que l’amour était multiforme. Ogoula savait mettre tout le monde à l’aise. « Abo y’a pas une bière ? », « Si tu es gentil avec moi, je t’offre une bière », me disait-il souvent. Difficile de contenir son rire lorsque d’une voix stridente, il faisait des vocalises, tout en grimaçant. « Hiiiiihi », telle était sa principale note, certainement inspirée de son éducation catholique, lui l’ancien enfant de cœur à l’église Sainte Barbe de Port-Gentil.

Il vantait à qui voulait l’entendre la sortie imminente de son disque avec le célèbre refrain : « Dans la famille, dans la famille, les uns innocents, les autres coupables… ». Dans le même registre, il ne manquait pas de signifier qu’il serait le premier artiste à faire payer 25Fcfa le ticket d’entrée de son concert, jamais fixé à une date et lieu précis. Ogoula qui avait la blague facile rappelait que les plus grands artistes à l’image de Pierre-Claver Akendengué, qu’il affectionnait au passage, lui « faisait la cour » pour une collaboration musicale, mais qu’à chaque fois il déclinait l’offre.

Difficile également d’oublier son désir de révolutionner l’art culinaire. Il se voyait grand Chef cuisinier et proposerai des gratins de sanglier, du singe au petit-pois et bien d’autre mets venu du plus profond de son imagination fertile. Bref, la compagnie de l’homme était agréable. Toutefois, Yves Antonio Ogoula avait aussi un franc-parler dérangeant, une « grande gueule » pour ceux qui ne l’ont pas véritablement connu. Il avait une sainte horreur de l’injustice, de la tricherie, de la mal-gouvernance. C’est pourquoi, il ne manquait pas de rappeler à l’ordre toute personne qui ramait à contre-courant, tant dans le milieu professionnel que familial.

YAO, le spirituel

« Derrière les choses se cachent les choses », une citation de Léopold Sedar Senghor que YAO aimait tellement. Toujours en quête de « guirlandes verbales », une de ses expressions favorites, son inspiration puisait sa source dans la culture. En effet, il se présentait comme un « miénologue », (Ndlr : un de ses néologismes pour qualifier celui qui maîtrisait sa langue vernaculaire le miénè), accompli. D’où sa passion pour les albums de Pierre-Claver Akendengué, Martin Rompavé, Serges Egniga et tous les autres artistes de son groupe ethnique maternel.

Orateur coutumier et maître de cérémonie hors pair, Yves Antonio Ogoula a officié dans près de 300 mariages. Il en était très fier ! A côté de cela, il s’intéressait à la face cachée du monde. En atteste sa passion pour la musique et autre canaux permettant d’atteindre le monde astral. Objectif : découvrir ce que l’œil humain ne pouvait percevoir naturellement. Repose en paix mon journaliste sportif et culturel, collègue d’Africa N1, frère et ami !


Yannick Franz IGOHO

Vos commentaires

  • Le 24 décembre 2018 à 09:16, par Henri Moussavou En réponse à : Portrait posthume : L’extinction de la voix mielleuse !

    Très bel hommage et ta plume reste le reflet de ta pensée profonde et sincere. Tu as l’âme et tu es l’âme d’une génération mon frère, Yves était un être exceptionnel mais toi tu sais rendre les êtres exceptionnels et personne mieux que toi ne pouvait ou ne devait rendre ce dernier hommage à notre regret Yves de Paris. Merci pour ce portrait, il est encore plus vivant dans notre pensée collective. A tes yeux nous avons cette valeur inestimable et tu le fais très bien. Merci

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