Réforme des bourses d’études : La fuite en avant du gouvernement

mercredi 10 avril 2019 Politique


Adoptées en conseil des ministres du 29 mars dernier, les nouvelles règles d’attribution des bourses d’études sont rejetées aussi bien par les syndicats de l’éducation, les parents que par les élèves eux-mêmes. Lesquels élèves organisent des marches depuis le début de la semaine pour dire NON aux conditions imposées par le gouvernement afin de bénéficier désormais de cette aide. Puis qu’il faudra désormais avoir 19 ans maximum et une moyenne égale ou supérieure à 12/20 au baccalauréat.

Comme mus par un destin collectif, les élèves sont, dans la plupart des villes du Gabon, descendus dans la rue pour dire NON à la décision aveugle du gouvernement. Lequel, au lieu d’asseoir préalablement les conditions d’excellence, a choisi, comme piqué au vif par l’asphyxie financière, de supprimer la bourse à des milliers des petits gabonais.
Et cela, avec des conditions dont on sait qu’elles seront très difficiles à remplir, non pas par faiblesse intellectuelle des apprenants, mais plutôt au regard des conditions d’apprentissage dans la presque totalité de l’école gabonaise.

Une école paralysée par des grèves permanentes des enseignants, réclamant des meilleures conditions de vie et de travail. Toute chose qui hypothèque les calendriers scolaires avec des années rafistolées et des programmes bâclés. A cela s’ajoute le déficit d’enseignants dans des disciplines jugées pourtant capitales, l’insuffisance de salles de classe où certains élèves en effectifs pléthoriques s’asseyent à même le sol, avec des tables-bancs cassés, etc...

La liste des maux qui accablent l’école gabonaise est loin d’être close et il faut être pire aveugle que le gouvernement pour imposer des conditions d’excellence à pas forcés, sans un travail de fond en amont.

Quid des états généraux de l’éducation ?

Pour faire face à la grogne des écoliers, le premier ministre, Julien Nkoghe Bekale et ses ministres accusent les enseignants et les parents d’élèves d’être responsables de ces mesures, lors des états généraux de l’éducation de 2010. Accusation que rejettent naturellement les syndicats de l’éducation. Et même s’il reconnait avoir participé à l’adoption des conclusions de ces états généraux, le président du SENA, le syndicat de l’éducation nationale, Fridolin Mve Messa, explique que l’application de ces mesures doit obéir à un certain nombre de préalables arrêtés lors de ces travaux.

Ces préalables dont l’exécution obéissait à un plan décennal jusqu’en 2020, allaient de la construction des écoles, à la formation et au recyclage des enseignants. Or, depuis quelques années, l’Etat a gelé les concours dans les écoles qui forment les enseignants.

Il avait été aussi décidé de l’introduction de l’Anglais dès le pré-primaire. Et ce n’était seulement au bout de ce plan décennal que devait s’appliquer cette prime à l’excellence dont la barre a été placée à 12 de moyenne.
Pour Mve Messa, il s’agit donc d’une fuite en avant du gouvernement qui, faute d’avoir honoré tous ses engagements, cherche à appliquer un élément de ces états généraux. Il y a manifestement une mauvaise interprétation par le gouvernement des états généraux de l’éducation dont il jette désormais l’anathème sur les syndicats et les parents d’élèves.

Voilà une mesure qui, loin de régler le souci d’excellence du gouvernement, est en train d’exacerber un climat social déjà surchauffé par des revendications multisectorielles. Le tout sur fond de licenciement massif du gouvernement, avec la décision de réduire de moitié, les effectifs de la main d’œuvre non permanente dans la plupart des administrations publiques, pour mettre au chômage, des milliers de pères et de mères famille, alors que leurs enfants, désormais sans bourses, voient leur avenir s’assombrir à l’horizon. Sauf à espérer que le gouvernement entende raison en se rétractant comme il l’avait fait en 2013, avec la réforme du Bac de Séraphin Moundounga.


Leno Koleba

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