Rupture du contrat de concession de Veolia : La guerre des nerfs !

mercredi 28 février 2018 Economie


Après l’entente passée en 1997, entre l’état gabonais et Veolia (Ndlr : actionnaire majoritaire de la Société d’Energie et d’Eau du Gabon, SEEG, avec 51% d’actions), place aux invectives et menaces. Chaque partie tire la couverture de son côté. De quoi jeter un sérieux coup de froid sur l’axe Paris-Libreville.

Depuis l’année dernière déjà, alors que la concession du groupe Veolia arrivait à terme, les relations sentaient déjà le roussi. Guy-Bertrand Mapangou, Ministre de l’Eau et de l’Energie de l’époque avait même qualifié de « catastrophique » le bilan de ladite concession. Malgré cela, les autorités gabonaises avaient tout de même consenti à prolonger de cinq la concession de Veolia prétextant qu’il s’agissait « d’un moindre mal » ! Entre temps, les choses se sont empirées. Et pour cause, les deux parties n’arrivent pas à accorder leurs violons sur le montant des impayés de l’Etat à la SEEG.

En fin 2016, le directeur général de la SEEG avançait 65 milliards de FCfa d’impayés. Un chiffre balayé d’un revers de la main par Guy-Bertrand Mapangou qui pour sa part annonçait 44,8 milliards. Les représentants de la SEEG s’étaient braqués, pire avaient quitté la table des négociations. Un crime de lèse-majesté, pour la partie gabonaise qui quelques mois plus tard, a procédé à « une réquisition exceptionnelle temporaire » de la SEEG. Ainsi le 16 février dernier, Patrick Eyogo Edzang, l’actuel Ministre de l’Eau et de l’Energie a acté la rupture.

Motifs du divorce ?

C’est un truisme d’affirmer que d’années en année années la qualité de service de la SEEG s’est considérablement dégradée. En atteste les coupures intempestives d’électricité et l’absence d’eau dans de nombreux quartiers de la capitale gabonaise. D’où le sit-in observé par des consommateurs courroucés, devant les locaux du siège social de la SEEG, quelques jours avant la rupture.

« Les raisons évoquées sont entre autres, la dégradation du service rendu aux usagers, les efforts financiers consentis par l’Etat non suivis d’effets escomptés et les plaintes récurrentes des populations », argumente Patrick Eyogo Edzang pour justifier la mesure prise. S’ensuivra la mise en place d’un organe ad hoc chargé de « finaliser la rupture contractuelle dans les règles de l’art ».

La riposte de Veolia

Comme il fallait s’y attendre, le Groupe Veolia n’est pas resté aphone. Le PDG de Veolia, Antoine Frérot n’y est pas allé avec le dos de la cuillère. Il dénonce « une décision politique et populiste » et a annoncé par la même occasion qu’il allait saisir les tribunaux internationaux. Le communiqué pondu par Veolia est clair. « Le Groupe Veolia proteste vigoureusement contre cette action brutale menée en dehors de toute règle de droit et met tout en œuvre pour soutenir ses employés au Gabon, engagés depuis deux décennies pour fournir le meilleur service public d’eau et d’électricité aux citoyens gabonais ».

La pomme de discorde ?

Nul besoin d’être expert économiste pour comprendre que le véritable problème est avant tout d’ordre pécuniaire. En effet, la partie gabonaise soutient que Veolia engrange d’énormes bénéfices, tout en investissant a minima dans les infrastructures, désormais obsolètes.’’ Faux ! ’’ rétorque Veolia qui soutient avoir investi de 1997 à ce jour, pas moins de 500 millions d’euro, environs 3 250 000 000 Fcfa.

Le Groupe français déplore également la négligence des autorités gabonaises. « (…) Sur ces dix dernières années, il ne s’est pas passé grand chose. Cela fait par exemple des années que le gouvernement aurait dû construire une nouvelle usine de production d’eau », fait remarquer Veolia. A cela s’ajoute la dette de l’état auprès de la SEEG. Là où Veolia avance le chiffre de 41 milliards, la partie gabonaise soutient mordicus que ladite évaluation est « mensongère ». Le Gabon reconnaît plutôt devoir 4 milliards de Fcfa.

Quid de l’axe Paris-Libreville ?

Antoine Frérot à la tête d’un groupe présent dans 15 pays africains est très remonté et décidé à en découdre avec le Gabon voire l’Afrique. « Cela signifie que les investisseurs étrangers, en particulier dans notre domaine qui est une industrie à long terme (…) vont certainement geler beaucoup d’investissements ». Pour tenter de calmer le jeu, le Conseiller en charge de la Communication présidentielle, par ailleurs Porte-parole de la Présidence de la République, Ike Ngouoni a été dépêché à Paris pour rassurer les investisseurs français.


Yannick Franz IGOHO

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