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Le président de l'ONG Brainforest, Marc Ona Essangui, Prix Goldman 2009 de l'Environnement |
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Après la disparition d’Omar Bongo, comment voyez-vous l’évolution du climat socio politique du pays ?
«La grande inconnue est de savoir ce qui va se passer après l’enterrement. Le pire qui puisse arriver est qu’un certain groupe de personnes, parmi les barons du pouvoir, ait un comportement qui tranche avec la situation de calme qui prévaut actuellement. Est-ce que le respect strict de la Constitution - symbolisé par la fonction de chef d’État intérimaire assumé par Rose Francine Rogombé, la présidente du Sénat - se poursuivra ? Je suis dans l’incapacité de donner une réponse catégorique. Il faut attendre pour voir comment la situation évoluera après les obsèques.
Des élections anticipées sont programmées dans un délai de quarante-cinq jours après le décès du chef de l’État gabonais, dont trente jours de deuil national. Mais il se murmure déjà qu’elles pourraient être reportées…
Un tel délai ne tient pas compte des problèmes que nous avons connus dans le passé relativement au fichier électoral lui-même. Pour que tout se déroule normalement, que, le moment venu, il n’y ait pas de contestation possible, il faut au moins deux conditions préalables. Un, le délai doit être plus long afin de procéder à l’indispensable nettoyage du fichier électoral. Deux, que cette élection puisse se dérouler dans la transparence la plus totale pour permettre d’effectuer une transition dans la douceur et sans cacophonie.
Et l’hypothèse d’une candidature d’un des enfants du président ?
Ma première réaction consiste à dire que le Gabon n’est pas une monarchie. Le problème ne saurait être posé en termes de fille ou de fils de Bongo ; au nom de quoi devrions-nous subir pendant encore des années la loi des enfants après avoir subi pendant plus de quatre décennies la loi du père ? Certes chaque citoyen gabonais a le droit de se présenter, un éventuel proche du président défunt comme les autres. À condition qu’une telle candidature trouve l’assentiment de la population. Par contre, si ce qui les anime est simplement d’appartenir à la famille Bongo, et qu’à ce titre leur candidature est «naturelle», je crois qu’ils feraient fausse route.
Sarkozy et Chirac sont attendus à Libreville pour les obsèques…
Si messieurs Chirac et Sarkozy viennent aux obsèques du président Bongo, c’est simplement parce que ce dernier a été un allié inconditionnel de la France jusqu’à sa mort. Et je puis vous dire que Sarkozy a été à l’école du président Bongo. Quand on regarde sa manière de gouverner, avec l’application de ce que vous appelez à Paris l’ouverture qui n’est autre que du débauchage des opposants, avec les cas Kouchner et Bockel… Ici, au Gabon, le président Bongo a savamment pratiqué cette soi-disant ouverture en retournant les opposants, qui ont quasiment tous rejoint la majorité présidentielle. Donc cet hommage français ne me surprend nullement car, pendant quarante ans, la puissance occidentale qui a le plus soutenu le président Bongo et lui a permis d’atteindre cette longévité record, c’est la France…
Quelles sont les raisons qui ont justifié votre incarcération en janvier dernier ?
J’ai été officiellement arrêté pour avoir détenu une lettre ouverte adressée au président Bongo par un ami d’enfance (Bruno Ben Moubamba, résidant en France) ; ledit document était qualifié ici par les autorités par un chef d’accusation à l’énoncé tellement kilométrique que je renonce à le résumer.
Comment peut-on arrêter une personne au Gabon pour une lettre qui avait été déjà largement diffusée sur Internet ? Et nous avons été surpris d’entendre le ministre de l’Intérieur, parlant à un média panafricain, expliquer mon arrestation non par la détention de cette fameuse lettre, mais à cause de la plainte des «biens mal acquis» déposée à Paris. Or je n’ai jamais été impliqué dans ce processus… Il y avait dans mon arrestation la volonté manifeste de museler les acteurs libres de la société civile, ceux qui s’en prennent aux travers de nos dirigeants.