 |
| ©
D.R: Loubna Ahmed al-Hussein |
|
| |
|
«Je suis prête à recevoir non pas 40 mais 40 000 coups de fouet», a lancé la journaliste soudanaise Loubna Ahmed al-Hussein, qui attend son audience ce 4 août.
Jugée pour avoir mis un pantalon et risquant la flagellation, Loubna Ahmed al-Hussein a réaffirmé sa détermination à faire changer les conditions de traitement des femmes dans son pays.
Arrêtée le 3 juillet dernier à Khartoum en même temps que 12 autres femmes pour «tenue indécente», alors qu'elle portait un pantalon large et une longue blouse, madame Hussein, qui travaille à la section communication de la mission de l'ONU au Soudan, avait alors refusé d'utiliser son droit d'immunité pour échapper au châtiment.
Au contraire, la journaliste a présenté sa démission pour que son procès, dont la prochaine audience est prévue aujourd’hui puisse suivre son cours.
«Je suis prête à toutes les possibilités», assure-t-elle. «Je n'ai absolument pas peur du verdict» qui prévoit, selon l’article 152 du code pénal soudanais, une peine de 40 coups de fouet pour quiconque «commet un acte indécent ou un acte qui viole la moralité publique ou porte des vêtements indécents».
«Mon principal objectif, c'est de supprimer l'article 152», dit-elle, car il est «contraire à la Constitution et à la Charia. (...) Si certains se réclament de la Charia pour flageller les femmes en raison de ce qu'elles portent, qu'ils me montrent les sourates du Coran ou les hadith (paroles du prophète Mahomet) qui le stipulent. Je ne les ai pas trouvés», affirme la journaliste.
«Si je suis condamnée (...) je ferai appel. J'irai jusque devant la Cour constitutionnelle s'il le faut. (...) Et si la Cour constitutionnelle juge que l'article est conforme à la Constitution, je suis prête à recevoir non pas 40, mais 40. 000 coups de fouet», proclame-t-elle.
Selon elle, dix des femmes arrêtées avaient été convoquées par la police deux jours plus tard et fouettées dix fois chacune, alors que parmi elles figurent des Soudanaises du Sud, majoritairement chrétiennes ou animistes, où la charia n'est pas en vigueur.
«Des dizaines de milliers de femmes et de jeunes filles ont été flagellées à cause de leurs vêtements ces vingt dernières années (...) Simplement, aucune d'entre elles n'ose se plaindre, car (...) elles ont peur du scandale, des doutes sur leurs mœurs», déclare la journaliste.
En ayant révélé au public cette pratique, la journaliste estime avoir «remporté la moitié de la bataille». Mais elle n’est point à l’abri de menaces, à l’exemple de l’homme à moto qui lui a lancé un matin qu’elle finirait comme Marwa el-Cherbini, une jeune égyptienne récemment assassinée dans un tribunal allemand.
Mais madame Hussein compte bien mener son combat jusqu’au bout, et ira même jusqu’à se présenter avec les vêtements qui l’ont menée devant la justice.