Taekwondo : « Il faut professionnaliser le taekwondo africain », d’après Me Davy Mbembo Mouandza

lundi 10 juillet 2017 Sport


Le Gabonais, Me Davy Mbembo Mouandza figure parmi les 100 meilleurs arbitres de taekwondo au monde. De retour de Muju en Corée du Sud où vient de se dérouler le 23e championnat du monde de taekwondo, l’arbitre se félicite d’être le premier gabonais à avoir officié en Coupe du monde de la discipline. Me Davy Mbembo Mouandza souhaite vivement que le Gabon, en particulier, et l’Afrique en général travaillent d’arrache-pied pour combler le gap existant comparé à d’autres continents. Entretien.

Gaboneco (Ge) : Me Davy Mbembo Mouandza, vous rentrez de Corée du Sud ou s’est déroulé le 23e championnat du monde de Taekwondo. Que vous retenez de cette compétition ?

Davy Mbembo Mouandza (DMM) : C’est la première fois qu’un Gabonais participe au championnat du monde en tant qu’arbitre. La compétition a rassemblé près de 183 pays avec 983 athlètes sur la terre où le taekwondo a été crée. C’était intense et j’ai beaucoup appris durant ce grand rendez-vous.

Ge : Est-ce que vous n’avez pas été dépassé par l’enjeu de la compétition ?

DMM : Non, mais comme pour tout challenge au début il y avait du stress. On a invité les 100 meilleurs arbitres du monde. Je suis le premier gabonais, le seul en Afrique centrale. On a fait des stages en Côte d’Ivoire sur les nouvelles techniques d’arbitrage. C’est sur la base du travail effectué que j’ai été retenu. En arrivant en Corée du Sud, on a fait 3 jours de recyclage pour se mettre dans le bain.

Ge : Me, vous êtes parmi les 100 meilleurs arbitres du monde, le seul gabonais, le seul issu d’ Afrique centrale et l’un des rares au sud du Sahara, ce n’est pas trop de pression sur vos épaules ?

DMM  : Si, mais je rappelle que je suis d’abord un ancien combattant et capitaine des Panthères du Gabon. Je gère donc ce genre de défi depuis longtemps. J’étais un peu stressé parce que je suis humain et c’était la première fois. C’est vrai que j’ai participé à plusieurs reprises à des compétitions internationales, mais là c’était la Coupe du Monde. La première fois que j’ai officié, quand je suis rentré sur le tatami j’étais sous pression mais au fil du temps j’ai pris la mesure de la chose. Et la compétition s’est très bienbdéroulée.

Ge : Me, durant les combats est-ce que les nouvelles techniques d’arbitrage n’ont pas défavorisé certains combattants ?

DMM : Si, il y a eu des problèmes pour plusieurs combattants, surtout ceux qui viennent d’Afrique parce que n’ayant pas été mis à jour. Si vous êtes en Afrique comme au Gabon et si on n’envoie pas les entraineurs et autres techniciens en stage pour être au courant des nouvelles techniques, c’est clair que vous serez surpris par les nouvelles règles. Et cela entraine rapidement l’élimination. Il faut donc que les Africains aillent se former pour être au top. Durant ce championnat du monde, on a changé les règles d’arbitrage. Beaucoup de combattants vivant en Afrique ont été éliminés à cause de cette méconnaissance des nouvelles règles d’arbitrage.

Ge : Quelle est votre analyse de l’élimination du gabonais Anthony Obame en ½ finale dans la catégorie des + de 87 kg ?

DMM : Ce n’est pas la première fois qu’Anthony croise le champion du monde Issoufou Alfaga Abdoulrazak du Niger, ils en sont à leur 4e rencontre. Anthony ne s’est imposé qu’une seule fois en Tunisie, mais toutes les trois autres rencontres sont au bénéfice d’Alfaga. Je n’ai pas trouvé Anthony très entreprenant et offensif. Je n’ai pas vu le compétiteur qui veut se battre. Il était là il n’y avait pas la réserve. Issoufou Abdoulrazak a été plus efficace et prompt, il s’est imposé. Mais je crois que si Anthony se remet sur le créneau des compétitions internationales, il est capable de nous surprendre encore.

Ge : Après Anthony c’est le désert au Gabon pour le taekwondo ?

DMM  : Non ce n’est pas le désert. Il faut juste travailler de manière professionnelle. Le haut niveau a des exigences telles qu’il n’y a pas de place pour l’improvisation ou encore moins l’amateurisme. Le Gabon est un champ d’élite et dans toutes les 9 provinces il y a des jeunes talentueux. Il faut que la fédération et le ministère des Sports agissent de manière professionnelle pour faire émerger d’autres Anthony Obame.

Ge : L’Afrique avec plus de 38 pays a participé au championnat du monde avec au finish moins de 5 médailles. Pourquoi il y a cet écart entre les Africains et les autres ?

DMM : Ce n’est pas le fait du hasard, si certains ont des médailles. Il faut tourner et participer à plusieurs compétitions. Tous les africains qui ont eu des médailles évoluent dans un environnement professionnel. Mieux, ils sont au fait des nouvelles techniques d’arbitrage. Anthony Obame vit en Espagne. Issoufou Abdoulrazak du Niger vit en Allemagne. Je vous prends l’exemple du deuxième gabonais Bibang qui vit en Corée, mais pourtant il n’était pas au courant des nouvelles techniques d’arbitrage. C’est pour cela qu’il a été éliminé au premier tour. Les entraineurs au Cameroun suivent aussi et cela est important. Le combattant camerounais est tombé au 2e tour. Au niveau national, il faut expérimenter les nouvelles règles. Il faut se familiariser avec elles, en Afrique pour ne pas être surpris lors des championnats du monde. L’Afrique ne meurt pas il faut agir vite et bien pour être compétitifs.

Ge : Me, serez-vous candidat à la présidence de la fédération gabonaise de Taekwondo ?

DMM  : Oui j’ai un vaste programme pour développer cette discipline. Je suis candidat pour l’élection le 23 juillet prochain à Libreville.

Ge : Que comptez-vous apporter au taekwondo gabonais ?

DMM : Le taekwondo ce n’est pas comme le football. Pour être arbitre de taekwondo, il faut obligatoirement être pratiquant. Alors qu’en football ce n’est pas le cas. Il faut avoir au moins 2 dan. Pour aller arbitrer au championnat du monde, il faut avoir au moins 4 dan. J’ai déjà une voix au niveau de l’union Africaine de Taekwondo. Je vais demander à mes collègues africains, présidents des fédérations qu’on nous donne une compétition dans les 4 zones du continent. Pourquoi nous devons toujours aller chercher des points ailleurs dans les autres continents ? C’est coûteux ! Le taekwondo est mondial il y a plus de 200 pays affiliés. Les autres doivent aussi venir en Afrique, au Sud du Sahara pour chercher des points. Les compétitions peuvent bien se dérouler au Cameroun, en Côte-d’Ivoire ou au Gabon. Il nous faut viser les meilleures compétitions du monde.

Je vais apporter une dynamique nouvelle pour avoir une fédération solide. Nous allons orienter nos sportifs dans un processus d’élite. Le talent et la discipline vont payer. On ne va pas le faire à la José Mourinho, c’est-à-dire on n’a pas joué au football mais on n’est un bon entraineur. En taekwondo ce n’est pas possible. Le nouveau président de la fédération gabonaise de taekwondo doit avoir une maîtrise claire et nette des techniques d’arbitrage et du management qui évoluent tous les jours. On doit former des arbitres parce que pour avoir des bons combattants, il faut avoir des arbitres et des entraineurs qui sont à la pointe de la connaissance. Le président de la fédération doit avoir une vue panoramique.


Entretien réalisé par YAO

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